
L’AfD dénonce la corruption et le népotisme au sein des autres partis. Or, il s’avère qu’elle-même place des membres de sa famille au Parlement.
Les soi-disant Monsieur Propre de l’AfD se retrouvent dans le bourbier du népotisme. L’AfD fustige la corruption et les magouilles chez les autres partis. Il s’avère à présent qu’elle procure elle-même des postes parlementaires à des proches de ses membres.
Simon Widmer
Ulrich Siegmund, candidat tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt, est dans l’oeil du cyclone.
• L’AfD se retrouve sous pression pour népotisme bien que critiquant elle-même de telles pratiques chez les autres partis.
• Ulrich Siegmund, candidat tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt, se retrouve dans l’embarras par suite de l’embauche de son père.
• Juridiquement, le parti n’est pas attaquable, parce que Siegmund lui-même ne siège pas au Bundestag.
Ils prêchent l’eau et boivent le vin – l’AfD doit justement faire face à ce reproche. Le parti politique, partiellement d’extrême droite, attaque volontiers les « partis du système » haïs pour cause de népotisme, de magouilles et de gaspillage de fonds publics.
Cette attitude produit ses effets : à l’échelle nationale, l’AfD se retrouve à égalité avec la CDU dans les sondages. En Saxe-Anhalt, où des élections auront lieu en septembre, elle pourrait même l’emporter.
Mais le parti affiche à présent le même comportement qu’il fustige chez les autres. Plusieurs médias allemands relatent que des proches et des familles entières travaillent pour le groupe parlementaire de l’AfD ou pour des représentants dans les parlements régionaux ou au Bundestag. L’un des bénéficiaires est le père d’Ulrich Siegmund, la candidat tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt. Il toucherait plus de 7 000 euros par mois.
Abattre le mur coupe-feu en Saxe-Anhalt
Cette affaire touche ainsi précisément l’homme qui doit mener le parti au sommet. Siegmund veut devenir ministre-président en Saxe-Anhalt, une majorité absolue de l’AfD doit arracher le mur coupe-feu.
Une fois arrivé au pouvoir, Siegmund veut supprimer le droit d’asile, rechercher la proximité avec la Russie et empêcher la « mort du peuple » allemand. Les migrants sont à expulser à cet effet, les bébés allemands subventionnés par des primes de naissance allant jusqu’à 4 000 euros.
Mais ce n’est là que le début. « La volte-face politique dont l’Allemagne a tant besoin doit partir de Saxe-Anhalt », a déclaré Siegmund l’an dernier. « Rien ne doit rester comme cela l’était. »
Siegmund tient les reproches pour une campagne diffamatoire. Sur son canal Tiktok, il a déclaré que ce n’était pas du tout un problème d’engager un membre de la famille d’un ami du parti, tant que les prescriptions de l’État de droit sont respectées. Il est simplement logique d’obtenir des gens dignes de confiance. Il ne s’est pas exprimé concernant son père.
Sur un plan juridique, on ne peut rien reprocher au parti. Les députés ne doivent pas employer des proches aux frais de l’État – cela s’applique toutefois uniquement pour le même parlement. Comme Siegmund ne siège pas au Bundestag, l’engagement de son père par un parlementaire de l’AfD est absolument légal.
La critique dont fait l’objet l’AfD est désastreuse
Les dommages politiques devraient toutefois être importants. L’AfD s’est toujours démarquée par des attaques sévères contre des liens délicats de politiciens et a promis de procéder absolument différemment. Un exemple à cet égard est le secrétaire général de la CDU, Jens Spahn, lequel en tant que ministre de la Santé avait chargé une société qu’il connaissait de fournir des masques de protection – contrairement aux conseils d’experts.
Un autre exemple en est « l’affaire des témoins de mariage » à laquelle était mêlé le ministre de l’Économie de l’époque, Robert Habeck, des Verts. Son collaborateur le plus proche avait proposé un témoin de mariage pour un poste clé et a été obligé de démissionner après une seconde atteinte à la conformité – il s’agissait cette fois de sa sœur.
La critique dont fait l’objet l’AfD dans les médias allemands, de droite comme de gauche, est désastreuse. Le quotidien de gauche TAZ a recherché d’autres cas, dans lesquels des députés auraient engagé de proches parents d’autres politiciens de l’AfD.
Même le chef de l’AfD parle d’un « arrière-goût »
La pression monte également au plan intérieur. Le coprésident du parti, Tino Chrupalla a parlé à la AFD d’un « arrière-goût », après avoir au préalable défendu la pratique. De manière surprenante l’éditeur de la nouvelle droite, Götz Kubitschek a lui aussi tiré dans le dos du candidat tête de liste de l’AfD. Kubitschek, un stratège influent et familier de l’aile droite du parti a écrit dans sa revue « Sécession » : « La crédibilité est lézardée. »
Kubitschek met en garde : « Il vaut mieux ne pas aller voter du tout, si les nouveaux sont absolument pareils que les apparatchiks des anciens partis. » Selon Kubitschek, l’AfD peut à peine être menacée sérieusement de l’extérieur. Mais de l’intérieur, estime-t-il, elle menace de s’autodétruire.
Pour éviter des dommages politiques supplémentaires, il ne reste sans doute rien d’autre à l’AfD que ce qu’elle exige volontiers de la part des autres : faire le ménage.
Traduction de Jean Schoving pour Résistance républicaine
2 total views, 1 views today

Soyez le premier à commenter