Le défi d’être… JUIF de Thérèse Zrihen-Dvir : une alerte nécessaire, une espérance intacte.

Une recension par SERGE SIKSIK

Dans son essai romancé Le défi d’être… JUIF, Thérèse Zrihen-Dvir interroge une question que l’on croit ancienne et pourtant toujours brûlante : comment être juif aujourd’hui ?

Comment rester fidèle à une histoire plurimillénaire, tout en habitant un monde où l’identité se dilue, se négocie, parfois se renie ?

L’autrice, née à Marrakech, plonge au cœur de cette tension existentielle avec une écriture directe, sans voile, et le courage discret de ceux pour qui l’enjeu n’est pas théorique mais vital. Par ailleurs, T.Z.D nous replonge dans une actualité israélienne récente notamment, la fracture engagée durant les mois qui précédèrent le 07 octobre et même plus loin, aux années 2000 et la tragique affaire Al-Dura. T.Z.D analyse la société israélienne sous différents angles ce qui fait également de ce texte une étude sociologique.

Deux destins comme miroir de notre condition, le livre met en scène deux trajectoires croisées :

  • Un jeune homme élevé dans la laïcité, loin de toute observance, qui se découvre une soif d’absolu et se rapproche pas à pas de la foi jusqu’à devenir rabbin
  • Un autre, au contraire, issu d’un milieu religieux très structuré, qui se détache progressivement de la pratique pour rejoindre le camp de la « modernité » laïque

Ces deux personnages sont des archétypes assumés : ils incarnent les forces qui, au sein de chaque génération juive, se répondent, se disputent et parfois se heurtent. Ils ne sont pas seulement deux individus, ils sont deux lectures du destin juif : l’une ancrée dans la fidélité aux racines, l’autre séduite par une liberté sans héritage.

Thérèse Zrihen-Dvir n’écrit pas pour raconter une histoire mais pour dresser un diagnostic. Elle dit avec vigueur ce qu’elle voit : une assimilation galopante, une rupture de transmission, des identités juives effacées sous les lumières aveuglantes de l’Occident.

Son cri est clair : on ne peut survivre en cessant d’être soi.

L’ombre et la lumière de la modernité, la thèse est forte : elle affirme qu’une part majeure du peuple juif vit désormais dans une amnésie volontaire, un effacement de l’héritage, un désir d’être “comme tout le monde”, c’est-à-dire personne.

Ce constat résonne. Qui n’a pas vu ces familles où le judaïsme se résume à des souvenirs flous, de lointains “rituels de grand-mère” ? Qui n’a pas croisé ces élites juives revendiquant d’abord leur universalité jusqu’à faire disparaître tout ce qui les distingue ?

Le livre intrigue à juste titre :

  • Il refuse les compromissions
  • Il refuse l’excuse commode du monde qui change
  • Il nous rappelle qu’un peuple ne demeure peuple qu’à la condition d’assumer ce qui le singularise

Et c’est là que son propos touche juste : le judaïsme n’est pas une « culture » interchangeable, il est une alliance, une responsabilité, une vocation.

Je dois dire que quelques passages semblent exprimer un certain pessimisme, mais peut-être ne s’agit-il que de pensées à tiroirs pour interpeller le lecteur et « réveiller » l’ensommeillé ?

La sécularisation est une réalité. Certes, une partie du peuple juif cherche l’effacement. Mais la résilience du judaïsme est prodigieuse et l’Histoire vient de le rappeler avec une brutalité inouïe.

Après le 7 octobre, le monde juif a connu un réveil sans précédent :

  • Des milliers de jeunes se sont mis à porter kippa et talith katane avec fierté
  • Des familles se sont retrouvées autour du Chabbat
  • L’étude de la Torah a repris une place centrale dans des foyers qui ne l’avaient jamais connue
  • Israël est redevenu un centre magnétique, un point de ralliement moral et spirituel.

Là où certains ne voyaient qu’un peuple fragmenté, je vois au contraire des forces de retour. L’identité juive, dès qu’elle est menacée, se redresse. Elle se révèle comme une braise ardente sous la cendre.

Je crois fermement et l’histoire le confirme que le judaïsme renaît de ses failles, qu’il se tient debout même au bord de la rupture, et que la crise actuelle n’est pas un signe de déclin, mais un appel.

Israël est une réponse vivante. Le livre évoque Israël, non comme une simple option géopolitique, mais comme un pilier identitaire. Là encore, je veux appuyer mais aussi nuancer.

  • Oui, Israël est un miracle politique et spirituel
  • Oui, l’existence d’un État juif change tout, le regard sur nous-mêmes comme celui du monde

Mais Israël n’est pas le défi unique : être juif en diaspora demeure un acte de courage, une proclamation publique d’un destin singulier. Là aussi, la vie juive se renforce. Les centres d’étude se multiplient. Des synagogues revivent. Des jeunes redécouvrent les prières de leurs ancêtres avec une émotion qui ne trompe pas. Mais attention, le destin juif n’est pas la Galoute.

On ne revient pas au judaïsme par nostalgie, mais par soif de sens, ce livre le rappelle admirablement.

Plaidoyer et invitation, Thérèse Zrihen-Dvir nous tend un miroir qui ne flatte pas. Elle force chacun à se poser la question fondamentale : Suis-je encore le maillon d’une chaîne ou ai-je déjà renoncé ?

Cette interpellation est précieuse. Elle nous sort du confort d’être juif « par défaut ».

Lire ce livre, c’est accepter d’être dérangé. Et si l’on se sent mis en cause, c’est peut-être bon signe…

J’ajouterai cependant : le judaïsme n’est pas seulement un défi, c’est une joie, une force, une promesse. Et c’est là qu’un lecteur comme moi veut compléter le propos. La foi juive n’est pas une citadelle assiégée, c’est un chant, celui d’un peuple qui traverse la nuit et retrouve l’aurore.

Le 7 octobre a réveillé la douleur, mais aussi la flamme.

La continuité juive n’est pas une inquiétude, c’est un fait.

Il faut lire Le Défi d’être …JUIF, parce que ce livre :

  • Secoue
  • Interpelle
  • Réveille la fierté
  • Redonne à la question « Qui suis-je ? » une urgence existentielle

On peut discuter avec l’autrice. On peut répondre à son cri par notre propre confiance dans l’avenir du peuple juif, mais on ne peut pas ressortir indifférent.

Thérèse Zrihen-Dvir rappelle que le judaïsme n’est pas un héritage mort, mais une responsabilité vivante.

Et que renoncer à être juif, c’est perdre plus que sa différence : c’est perdre sa vocation.

En cela aussi, son livre est utile, parfois abrupt, mais nécessaire.

Au fond, le défi n’est peut-être pas d’être juif, le défi est de ne pas trahir la lumière que nous portons.

Serge Siksik

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3 Commentaires

  1. La lecture du chapitre 11 de l’Epitre aux Romains écrit par un Juif érudit,l’Apôtre Paul, aide à comprendre la condition, la place et la mission dans le monde, tant des Juifs que d’Israël et des chrétiens: https://www.biblegateway.com/passage/?search=Romains%2011&version=LSG
    Je recommande aussi à ceux qui veulent avancer dans la compréhension la lecture du chapitre 2 d’Ephésiens, les versets 11 à 18:https://www.biblegateway.com/passage/?search=%C3%89ph%C3%A9siens%202%3A11-18&version=LSG
    Cordialement,

  2. bonne nouvelle pour nos amis juifs,,le president milei d’argentine leur cede la patagonie,,,les antisemites enragent

  3. Il ne faut jamais renier ni oublier ses racines. Les Français l’ont fait. On voit ce qu’il en est aujourd’hui : un peuple sans forces morales, soumis à la pire des invasions de son histoire.