Inoui : des milliers de vaches dans le désert saoudien !

La Cour des comptes recommande dans un rapport de réduire le nombre de vaches présentes sur le territoire pour respecter les engagements climatiques de la France. Selon elle, « le bilan de l’élevage bovin pour le climat est défavorable ». D’autre part, les « écolos-dingos » de l’ONG environnementale Greenpeace s’opposent à la construction ou à l’agrandissement de « fermes-usines » [1] d’élevage. Selon cette ONG, l’élevage industriel est un « fléau » pour les animaux, « entassés dans des bâtiments, sans respect pour leurs comportements naturels, ni leur bien-être », mais aussi pour l’environnement, pour notre santé, ou même pour les paysans. Greenpeace pointe ainsi du doigt l’industrialisation de l’élevage et prône le retour vers un modèle local plus écologique.

Leur regard se focalise sur la France et tout ce qui se passe à l’étranger ne les intéresse pas. Pas un mot sur ces « méga-fermes » [2] qui se trouvent en Chine, Australie… mais aussi en Arabie saoudite ! Leurs dimensions sont si gigantesques qu’on a du mal à y croire.

Des milliers de vaches dans le désert saoudien !

Ce que peu de gens savent c’est que l’Arabie saoudite possède, avec la Chine, les plus grandes fermes laitières du monde. Faute de pâturages verdoyants comme en Chine, des dizaines de milliers de vaches se retrouvent dans des étables climatisées au milieu du désert !

Pour en comprendre la logique, il faut remonter à l’embargo sur le pétrole imposé par les Arabes aux pays occidentaux en 1973 qui en représailles menaçait d’utiliser la nourriture comme une arme en coupant les exportations de blé et de lait vers les États arabes qu’ils jugeaient hostiles. L’Arabie saoudite, qui était très dépendante des importations de denrées alimentaires, a voulu s’en affranchir en lançant un vaste programme pour l’agriculture afin d’obtenir l’autosuffisance alimentaire.

Il fallait aller vite et pour stimuler la production, les fermes ont été largement subventionnées par les pétrodollars et l’État a autorisé les fermiers à puiser généreusement dans les immenses réserves d’eau souterraine. D’immenses projets ont alors vu le jour si bien que dans les années 1980, l’Arabie saoudite est passée du statut d’importateur de denrées alimentaires à celui d’exportateur, devenant par moments le sixième exportateur de blé au monde. En revanche, cela a eu de graves conséquences sur l’environnement et sur le niveau de la nappe phréatique.

La ferme laitière Al Safi-Danone

Le désert de Rub al-Chali en Arabie Saoudite est avec ses 780 000 kilomètres carrés (soit la taille de la Turquie) le plus grand désert de sable du monde. Il y fait 60 degrés et à des kilomètres à la ronde… que du sable… c’est l’une des régions les plus arides de la planète. Ici, on pense qu’il y a surtout des scorpions, des serpents, des araignées… mais non, on voit des dizaines de milliers de vaches noires et blanches qui s’alignent à l’ombre d’une étable. Au milieu de ce sable infini, à une centaine de kilomètres de Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite, se trouve depuis plus de 40 ans, l’immense ferme laitière Al Safi-Danone construite par la famille royale saoudienne qui voulait alors rendre le pays autosuffisant dans le domaine la de production alimentaire. La ferme comprend aussi une usine laitière.

Ici sont regroupées, en plein cœur du désert, jusqu’à 50 000 vaches « à la robe noire », des vaches laitières Holstein [3]. Al-Safi est reconnue internationalement par le Livre Guinness des records (édition de 1998) comme la plus grande ferme laitière intégrée du monde. La ferme Almarai, non loin de là, compte même plus de 180 000 vaches.

Pour permettre aux vaches de vivre dans cet environnement hostile, des climatiseurs maintiennent en permanence la température dans les étables à moins de 27 °C (meilleure température pour obtenir beaucoup de lait) ; des panneaux mobiles protègent les bêtes d’un soleil brûlant. Chaque étable climatisée mesure 500 mètres de long et abrite 1 500 vaches. Environ 65 veaux naissent chaque jour. Les veaux mâles sont tués et fournissent de la viande, les femelles deviendront des laitières.

Le fourrage pour les vaches est en partie importé, il provient du monde entier (même des corn-flakes en provenance des États-Unis). Dans le désert, il n’est plus guère possible de cultiver des plantes fourragères en raison de la pénurie d’eau qui se fait sévèrement sentir. Les vaches ont besoin chaque jour de 1 300 tonnes de nourriture. Elles boivent environ 150 litres d’eau chacune par jour. Des buses d’arrosage pulvérisent en permanence des milliers de litres d’eau pour donner aux vaches l’impression de « pâturer » comme au Schleswig-Holstein. Chaque vache se rend quatre fois par jour à la station de traite entièrement automatique et produit environ 40 litres de lait. La station de traite fonctionne pratiquement 24 heures sur 24. Au total, cela représente jusqu’à 800 000 litres de lait par jour. Le responsable de la ferme parle même de plus d’un million de litres de lait par jour.

En 2001, l’entreprise française Danone a pris une participation de 50,1 % dans la ferme laitière saoudienne. Le lait est utilisé pour produire des boissons lactées, des yaourts et du fromage sous la marque Al Safi Danone, soit plus de 80 produits laitiers au total. L’entreprise les fournit à l’Arabie Saoudite et les exporte vers 12 pays du Moyen-Orient.

Pour produire ce lait, la méga-ferme consomme des volumes astronomiques d’eau. Dans un pays où l’eau coûte deux fois plus cher que l’essence, le bilan en matière d’utilisation d’eau pose un vrai problème : entre l’irrigation des cultures, l’aspersion régulière des stalles pour maintenir un climat acceptable et les quantités bues par les vaches, plus de 100 litres d’eau sont nécessaires pour produire un litre de lait.

Comme il est possible de le constater sur cette photo aérienne récente, après des décennies de pompage excessif, les nappes peu profondes (200 mètres) se sont épuisées et les champs ont été déplacés à plusieurs centaines de kilomètres où il faut désormais forer à plus de 2 000 mètres de profondeur pour trouver de l’eau. Elle sort à 70 degrés et doit d’abord être refroidie. Cette situation est aggravée par le gaspillage dû au mauvais état du réseau qui entraîne une perte de 20 % à 50 % dans certaines régions. Selon les Nations unies, le niveau des nappes phréatiques a baissé pratiquement de six mètres par an depuis les années 1980. Comme il pleut très peu, les nappes d’eau souterraine ne sont guère réapprovisionnées.

On peut légitimement se demander combien de temps ce modèle économique pourra encore tenir sans mettre en péril la production alimentaire et surtout l’environnement. La tentative de fertiliser le désert a tourné court après deux décennies de surexploitation des nappes phréatiques.

Dans les années à venir, les besoins alimentaires devraient encore augmenter et faute de pouvoir produire sur place, le royaume wahhabite a lancé une politique de « land grabbing » [4] qui consiste à acheter des terres agricoles à l’étranger pour atteindre une forme d’autosuffisance alimentaire délocalisée. Parmi les pays qui se sont lancés dans les transactions internationales de terres, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar détiennent en effet les indices de rareté de l’eau les plus élevés au monde.

Avec l’augmentation de la chaleur et l’accroissement de la population humaine, la demande en eau va devenir un sujet extrêmement sensible, et sujette aux conflits et migrations, au cours des prochaines années. Le changement climatique pourrait même menacer le pèlerinage à la Mecque l’été.

« Le trop de confiance attire le danger. » (Pierre Corneille — Le Cid)

Johan Zwietakter

https://ripostelaique.com/inoui-des-milliers-de-vaches-dans-le-desert-saoudien.html


Sources d’inspiration : Bild du 13 janvier 2024 ainsi que les sites www.paulmesnager.com et https://www.n-tv.de (en allemand)


[1] Il n’existe pas de définition officielle. Les chiffres souvent avancés indiquent que ce sont des fermes de plus de 800 bovins destinés à la production de viande, 400 vaches pour la production laitière, 20 000 lapins, 40 000 volailles ou encore 2 000 porcs.
[2] Il n’existe pas de définition internationale officielle. Les mégafermes sont des unités de production concentrant plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers d’animaux sur un même site d’élevage. Ces fermes sont pilotées par des ingénieurs et des techniciens et s’appuient sur des hautes technologies.
[3] Connue pour sa forte production laitière, la qualité de ses mamelles et de ses membres et pour son efficience alimentaire, la vache Holstein fait depuis des décennies l’objet d’une sélection rigoureuse afin de produire du lait dans un environnement relativement intensif. 90 pour cent du lait produit dans le monde provient de ces vaches.
[4] L’accaparement des terres désigne de manière péjorative l’acquisition légale, et parfois controversée, de grandes étendues de terrains. Il s’agit souvent de terres agricoles dans des pays en développement, par des entreprises transnationales et gouvernementales. (source : Wikipedia)

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4 Commentaires

  1. Ahurissant. Pourtant, le 1er avril n’est pas encore là.
    Petit à petit, nous nous nous privons des armes que nous avions contre ces pays hostiles, leur permettons grâce à notre technologie et nos frico-collabos (Danone) de s’en doter, mais encore, c’est nous que la tyrannie globale en formation rend volontairement dépendant des circuits financiers mondiaux, mais cerise sur le gâteau, les criminels écologistes nous culpabilisent d’un imaginaire (mais volontairement criminel) réchauffement climatique anthropique pendant que les vrais saccageurs d’environnement (chez eux, c’est vrai) sont ailleurs.
    Billard à plusieurs bandes puisque quand la famine viendra chez leurs peuples, ils auront un prétexte fonder pour prétendre se “rapefugier” chez nous.
    Génocide accompli.
    Les Blancs doivent se révolter ou accepter l’esclavage et le métissage/viol pour leurs descendants.

  2. Si ces écolo-dingos fanatisés se donnaient la peine de lire ils sauraient que nous vivons à la deuxième période de l’humanité avec le CO2 le plus bas et que leur hypothèse du réchauffement climatique qui serait dû au CO2 produit par l’homme, n’est qu’une hypothèse. Il faut être vraiment ignorant pour dépenser l’argent des autres soit des contribuables en se fondant sur une hypothèse !!!

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