Quand Gaston Leroux était chroniqueur des troubles de 1905 en Russie

L’Agonie de la Russie blanche

Gaston Leroux (Auteur)

“Le Mystère de la chambre jaune”, “Le Fantôme de l’Opéra”, “La Poupée sanglante”…

Le cuirassé Potemkine, les émeutes de Cronstadt… Nous sommes en 1905 et le père de Rouletabille et de Chéri-Bibi est envoyé par son journal, Le Matin, comme reporter sur la guerre russo-japonaise.

A la surprise de tout l’Occident, le Japon en ressort vainqueur. Cette défaite, ajoutée au pourrissement du pouvoir, plongera l’Empire russe dans une tourmente qui le conduira à la révolution de 1917 et dont le journaliste nous conte l’extrême violence.

Prédécesseur des Londres et Kessel, cherchant sans repos, en dépit des grèves et des affrontements, le télégraphe qui fonctionnera encore quelques heures pour envoyer sa dépêche, courant les trains de la mer Noire à Moscou et de Saint-Pétersbourg à Bakou pour y saisir l’événement, Gaston Leroux vit avec passion les événements qu’il retranscrit de jour en jour sans reprendre son souffle.

Sa plume toujours précise et vive nous livre ici un témoignage palpitant sur ces journées qui minèrent en profondeur le vieil Empire russe.

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L’agonie de la Russie blanche

Extraits, pp 119 à 121 :

Les drames effroyables de Kieff, de Kichineff et d’Odessa avec leurs massacres de juifs font craindre à certains des journées aussi sanglantes dans la capitale de l’empire.

Sur les murs de la ville on avait affiché, hier, la mort en masse des juifs et des intellectuels. L’affaire a été, parait-il, renvoyée à cette nuit. Les juifs, en grand nombre, ont quitté Saint-Pétersbourg.

La gare de Finlande est envahie; les trains ne sont pas assez nombreux pour les transporter. Chacun s’arme; les magasins d’armuriers ont été vidés, il n’y a plus un revolver à vendre. Les étudiants s’organisent pour parer aux attaques prévues de la contre-révolution, et les ouvriers eux-mêmes ont fait savoir que, si les massacres annoncés se produisaient ils se précipiteraient dans la ville et sauraient bien rétablir l’ordre.

Mais il est certain qu’on n’aura pas besoin d’eux pour cela, et mon opinion, après mon enquête de cet après-midi, est qu’aucune collision ne se produira. Les heures rouges qui ont vu le crime antisémite dans les lointaines provinces ne sauraient sonner ici.

L’administration, qui pouvait, à cette distance, se dire impuissante, n’aurait point, ici, cette excuse toujours prête. Une telle abomination dans la capitale serait, vis-à-vis de l’Europe, un aveu si formidable de définitive désorganisation du pouvoir, que je suis persuadé qu’il n’y a rien à craindre…

A Moscou, les marchands ont créé une milice spéciale. Les brèves dépêches qui nous parviennent de Bakou et du Caucase sont sinistres.

En Pologne, nous sommes à la veille d’un soulèvement tellement formidable que le gouvernement, par la bouche de M. Witte, vient, aujourd’hui même, de promettre aux délégués polonais une quasi-autonomie qui confinerait à l’indépendance.

La situation apparaît des plus tristes dans toute l’étendue de l’empire. Les assassinats, les massacres, les pillages et les incendies ne se comptent plus. Des troupes de loqueteux aux mines hâves et apeurées errent de tous côtés à la recherche de quoi vivre et d’un abri. Dans tout le pays, c’est la misère et la désolation. Bientôt, ce sera la famine avec l’hiver.

Octobre 1905

 

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4 Commentaires

  1. Gaston Leroux est un écrivain et un chroniqueur de son temps. Avec la Guerre Russo Japonaise de 1904 1905 où l’armée et la marine impériale du Tsar Nicolas 2 a subi une défaite humiliante face à des Japs qui sont intelligents, astucieux et très bons tacticiens montre qu’à l’époque un pays Asiatique peut battre un pays Européen qui appartient à l’Eurasie en occurence la Russie. Cette défaite militaire entraîne la révolte de la population Russe et des militaires Russes contre le régime Tsariste avec l’épisode de la mutinerie du Cuirassé Potemkine en 1905 mais il faudra attendre les révolutions Russe de 1917 avec Kerensky qui voulait prolonger la guerre contre l’Allemagne Impérial puis en Octobre 1917 avec les Bolcheviks mener par Lénine qui a négocié la paix avec les Teutons pour aboutir aux accords de Brest Litovsk en 1918 ce qui avait contribuer à la constitution de l’URSS jusqu’à sa dislocation en 1991 …

    • Bonjour Térence Gros : bravo et merci, toujours un superbe sens de la synthèse !

    • Notez que Ch. Dedet, dans “les fleurs d’acier du mikado”, évoque Jules Brunet, le militaire ingénieur établi au Japon, qui a participé à la mise à niveau de leur flotte.

  2. Merci Jules Ferry pour ce rappel. Après, le peuple russe a connu la famine organisée, les camps de travail, les exécutions sommaires, la misère, la peur, la pauvreté, la dictature.

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