La Reine Elizabeth II est morte dans une Europe mourante

La Reine Elizabeth II est morte, c’est officiel…

On pourra raconter tout ce que l’on voudra pour défouler – et croire panser – sa détresse matérielle contre « l’oisiveté millionnaire » de la reine d’Angleterre – en fait du Royaume-Uni. Il n’empêche, c’était la plus grande figure historique qui nous restait d’un temps révolu et massacré par ce nouvel ordre mondial qui nous précipite dans l’abîme depuis des décennies.

Elizabeth II, inutile d’en rédiger la biographie, tout le monde la connaît, depuis la jeune princesse qui rejoignit l’Auxiliary Territorial Service au cours de la Seconde Guerre, avant de convoler en justes noces avec Philip Mountbatten, fait duc d’Edimbourg par le père de la mariée. Au cours d’une tournée avec son époux, alors qu’ils font escale au Kenya, la jeune duchesse d’Edimbourg fait son entrée dans l’Histoire en apprenant qu’elle est désormais reine, le 6 février 1952. Dès lors, son destin prendra une ampleur sans équivalent.

Contre vents et marées – tant intérieurs avec les frasques de sa famille, qu’extérieurs avec les plus véhéments adversaires de la monarchie britannique –, Elizabeth II tiendra le cap et deviendra, de son vivant, un mythe non seulement outre-Manche mais encore dans le monde entier, notamment à travers les pays du Commonwealth, dont elle était aussi la reine. Elle sera d’ailleurs la plus grande star, elle qui approcha aussi bien les Beatles, James Bond – incarné alors par Daniel Craig –, l’ours Paddington que les puissants du monde.

Elizabeth II était surtout un phare pour son peuple, une figure tutélaire vers qui ils pouvaient se tourner et qui était inamovible, donc rassurante. Le temps pouvait en effet passer, comme les gouvernements successifs, mais la reine demeurait, même si chahutée par des événements, dont le plus marquant fut la mort de Diana. Une Diana qui eut à subir le clanisme implacable des Windsor et fit vaciller comme jamais la monarchie britannique.

Et ne parlons pas de l’implication de son fils, le prince Andrew, dans la sordide affaire Jeffrey Epstein. Toutefois, on n’est pas toujours responsable du destin de ses enfants. Les parents de Dennis Rader ne sont ainsi pour rien dans le choix de vie de leur fils, l’un des plus sadiques tueurs en série.

Désormais qu’elle n’est plus nous pouvons, sans trop nous avancer, affirmer qu’il y aura un avant et un après Elizabeth II, comme il y eut un avant et un après De Gaulle chez nous. Parce qu’elle était de ces personnages qui non seulement remplissent une époque de leur stature mais encore la définissent. Qui peut se comparer, dans la culture populaire, à Elizabeth II ?

Nonobstant les réserves des uns et des autres, nous ressentirons cette disparition comme celle d’une femme d’exception – bien mal secondée par une famille n’ayant jamais vraiment pris la mesure du rôle qui lui était dévolu, contrairement à la Reine qui demanda par exemple que le tissu de sa robe de mariée fût payé avec des tickets de rationnement, par respect pour le peuple britannique exsangue après-guerre.

Enfin, « la Maman des Britanniques », suivant la définition d’Elton John, aura rapporté nettement plus d’argent à son pays qu’elle n’en aura coûté. Et l’on mesurera bientôt cela, car son fils ou ses petits-enfants n’atteindront jamais, à mon avis, la notoriété de l’arrière-arrière-petite-fille de Victoria. Pire, elle s’en va tandis que la Vieille Europe poursuit son agonie, avant de mourir à son tour. Il m’a fallu du temps pour comprendre ces choses-là et je les comprends trop tard…

Songez que j’ai 51 ans. Eh bien, je pense aujourd’hui à des Anglais qui auraient le même âge que moi et qui ont toujours connu la reine. Je les plains, tout en les enviant, moi qui, en un demi-siècle, ai connu pas moins de sept Présidents et je ne sais plus combien de Premiers ministres. Rien à quoi me raccrocher de solide.

Elizabeth II s’est éteinte là où elle l’aurait souhaité – à Balmoral, en Écosse, sa résidence préférée –, après avoir supporté les lourdeurs écrasantes de sa charge. Une charge dont elle pouvait légitimement dire, à l’instar de William Shakespeare : « Il vaut mieux être né dans une condition obscure et vivre heureux dans une humble atmosphère, que de porter sur le trône l’auréole d’une éclatante infortune et de cacher la douleur sous l’or d’une couronne » (Henri VIII).

Mais puisqu’il en est ainsi, prononçons la phrase rituelle : « The Queen is dead. God save the King ! »

Charles Demassieux

(PS : en passant en revue les chaîne d’information, je suis tombé sur un champion du monde prétendant que la République c’était préférable à la Monarchie parce que – tenez-vous bien ! – on était mieux informés sur l’état de santé de nos dirigeants. Pompidou et Mitterrand en sont la preuve éclatante !)

https://ripostelaique.com/la-reine-elizabeth-ii-est-morte-dans-une-europe-mourante.html

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17 Commentaires

  1. J’ai pas compris,elle a demandé á ce que sa robe de mariée soit tissée avec des ticquets de rationnement ?tient …en vla une drôle d’affaire.

  2. C’est toute une époque qui fout le camp.
    Son fils, le prince Charles n’arrive pas à l’orteil de sa mère.
    Il a déjà pris position en faveur des migrants.
    Un type bouché qui ne comprend rien aux enjeux de notre vieille Europe.

  3. Merci pour votre article, malheureusement je suis furieux quand je lis des commentaires injurieux sur cette grande dame. Ils n’ont pas leur place sur Résistance Républicaine, que fait le modérateur ?

    • En effet, il y a un troll assez ridicule avec ses réflexions bas de front, il est là pour se donner l’illusion d’exister.

    • Ce ne sont pas les premiers commentaires injurieux, des dérapages incontrôlés on va dire, que je vois, malheureusement, sur RR.

  4. Merci pour ce beau message Charles Demassieux, c’était effectivement une femme digne, courageuse et qui avait le sens de l’honneur sur fond d’une belle sensibilité, même si je ne suis pas précisément pour une monarchie…

    Quoique…. quand je vois les baltringues au pouvoir et ceux qui osent se présenter au poste suprême voire les mentalités qui font peur déployées grâce au dieu internet auxquelles on n’aurait pas envie de confier nos vies, le tout sur fond d’une soit-disant république qui n’a plus de sens… je ne sais plus.

    Elle représentait, quoiqu’il en soit, un symbole fort mais les gens ne savent même plus ce qu’est la puissance d’un « symbole » pour donner l’envie de vivre et de rêver, c’est cela qui nous perd. Elle représentait le pouvoir et l’on sait à quel point certains ont des conflits internes rien que d’y penser.

    Témoignage tristement d’un passé maintenant qui s’envole. Elle la bien mérité la paix et je l’espère heureuse auprès de son époux.

  5. Une grande dame est partie. Une époque se termine. Le XXIème siècle sera la poubelle de l’histoire du monde.

  6. On peut dire qu’elle et sa clique ont su se vendre. Mais en dehors de ça, regardez donc l’état de leur pays. Ses foutus corgis la rejoindront en enfer.

  7. Pourvu que cela ne donne pas l’envie à Minus de s’autoproclamer roi sous le nom d’Emmanuel Ier. Roi de quoi, de qui au fait? J’ai bien une petite idée…

    • c’est con á dire, ça fait quelquechose.Bon,les français qui ont décapités tant et plus aimaient cette grande dame pas bègueule ,allez comprendre .
      La reine est morte ,snif.

    • roi des nains de jardin ou d’autre choses …un C point de suspension comme dirait Reggiani !

  8. C’était une Reine qui était d’une grande beauté, de son époque, avec une incroyable destinée ,sans pareil , c’était encore l’illustration d’une mémoire vivante historique ,dont la page à ce jour se ferme avec elle ,le titre à la une , est terriblement évocateur !!! restera une phrase lourde de sens !! mes condoléances à nos amis Anglais

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