Japon : c’est la fin pour deux librairies et un cinéma qui faisaient rayonner la culture française

C’est la fin d’une époque et peut-être d’un certain rayonnement culturel de la France dans l’archipel.

La librairie RIVE GAUCHE à l’Institut français de Tokyo a fermé définitivement ses portes en octobre dernier, après avoir, plus de 60 années durant, fait briller la flamme de la francophonie dans le cœur de nombreuses générations.

La maison-mère Ōmeisha, première librairie francophone à Tokyo (fondée en 1947) va elle-même cesser ses activités en février prochain.

Dans l’antre de Yukio Okuyama, ce sont des clichés en noir et blanc de Baudelaire, Rimbaud, Proust ou Malraux qui tapissent les murs, et seront bientôt décrochés. Il va fermer boutique. La librairie francophone Omeisha, fondée en 1947 par le père de Yukio, bientôt ne sera plus. 

«L’âge d’or de la littérature française au Japon est passé», déplore celui qui a reçu en 2012 à Paris, les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, pour sa contribution au rayonnement de la langue de Molière au Japon.

Il reste un mois pour liquider le fond de romans, essais, livres scolaires français.

Son annexe, la librairie Rive Gauche, installée sur le site de l’Institut français de Tokyo, a déjà vidé ses étagères depuis quelques mois. 

« Trop de raisons font que ce n’est plus possible : la crise du Covid, la cherté de l’euro face au yen, une baisse d’année en année du nombre d’étudiants en français», cite Yukio Okuyama qui avait hérité des lieux à l’âge de 22 ans après le décès de son père, il y a plus de 45 ans.

Cinéma : dernière séance pour l’Iwanami Hall à Tokyo, cinéma indépendant 

Même génération, même passion culturelle, même raison épidémique, même décision radicale. Le cinéma indépendant qui diffusait des films français ferme lui aussi.

Ritsuko Iwanami, directrice des lieux.

La Chambre verte de François Truffaut, Jacquot de Nantes d’Agnès Varda, les Herbes folles d’Alain Resnais ou encore les Gardiennes de Xavier Beauvois.

Tous ces films francophones ont en commun d’avoir été projetés dans la même salle de cinéma d’art et essai japonaise, l’Iwanami Hall à Tokyo

«Je me souviens que François Truffaut était venu bien en amont du jour de la projection de la Chambre verte dans notre petit cinéma, pour enchaîner les entretiens avec la presse du matin au soir avec un sandwich comme tout repas, afin que le film trouve son public à Tokyo», se souvient Ritsuko Iwanami, directrice des lieux.

L’Iwanami Hall, inauguré en 1968 comme espace culturel polyvalent à Jimbocho, le Quartier latin de Tokyo, était essentiellement consacré au septième art depuis 1974.

Il vit ses derniers mois. Son fondateur, l’homme d’affaires Yujiro Iwanami (1919-2007), père de Ritsuko, disait : «Ne vous en faites pas pour les finances.» «C’était un mécène, mais aujourd’hui, de mécène il n’y a plus», déplore la septuagénaire. En 1978, rentrée de France où elle a étudié plusieurs années, elle a été recrutée à l’Iwanami Hall pour donner un coup de main. Elle n’en est jamais sortie.

Ritsuko Iwanami se dit attristée aujourd’hui, même si elle concède qu’il était «difficile de continuer comme ça».

La disparition annoncée du lieu a d’abord été «un choc pour les employés, puis pour les adhérents, et au-delà pour les cinéphiles, les francophiles aussi, même si la programmation venait de partout», pose la patronne Iwanami. Et de jeter un œil nostalgique sur une photo de Gérard Philippe et Jean-Paul Belmondo posée au milieu d’une table couverte de prix et cadeaux reçus au fil des ans par le cinéma.

Sources : presse et comptes Twitter de Français du Japon

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8 Commentaires

  1. C’est un signe certain de décadence civilisationnelle .
    Si on regarde les livres primés ces dernières années, pas vraiment de quoi nous faire sauter au plafond.

  2. Qui s’intéresse encore à une France déclassée, culturellement, industriellement, démographiquement ? Même un grand nombre de Français ne s’y intéressent même plus, ne la connaissent même plus, l’ont déjà passée à la trappe.
    Il va y avoir du boulot pour le Z, mais on va se refaire.

  3. Rien d’étonnant puisque nous un avons un sinistre président qui dénigre et dénonce qu’il n’y a pas de culture française ,comment voulez-vous que les autres pays continuent de s’intéresser à la France et sa culture ? Tout est de la faute à foutriquet et à son sinistre gouvernement !Et je prends les paris que le sataniste mondialiste foutriquet ou un de ses sbires annoncera dans peu de temps  » qu’il n’existe pas de religion catholique en France et qu’elle n’est pas Fille Ainée de l’Eglise  » avec ce genre de salopard tout est possible !

  4. Je ne voudrais pas me montrer pessimiste, mais ce ne sont pas les écrivains actuels qui vont contribuer au rayonnement culturel de la France. Delerm, Musso et cie ne sont que des ecrivaillons. Quant à l’art actuel, peinture, musique, sculpture, et autres, nous sommes en pleine décadence. Le nombrilisme, l’intimisme, courants actuels de la littérature vont nous reléguer au rang du ridiculisme.

  5. C’est sûr que un japonais fan de Belmondo ou de Delon a extrêmement envie d’aller voir un film français contemporain qui raconte les amours d’un clandestin unijambiste Érythréen avec une journaliste bobo sur fond de racisme, filmé en sombre, avec un scénario inexistant et des dialogues indigents.

  6. Je dirais que c’était dans l’ordre des choses. Lorsqu’un président crache sur son pays et son Histoire, ils ne faut pas s’étonner qu’à l’étranger ils suivent le mouvement. Il s’agit d’un recul civilisationnel qu’il ne faut pas prendre à la légère.

  7. C’est la même chose en France. en visite à Sarlat pour la fête de la truffe et du foie gras, nous nous sommes rendus à la libraire que l’historien passionné des Templiers a tenu pendant des années avant de partir en retraite. Son repreneur a mis la clé sous la porte après 3 ou 4 ans. plus de librairie à Sarlat.

  8. C’est exactement ce qu’il s’est produit a Bangkok en 2021 pour la dernière librairie existante. Il y a encore les Alliances françaises mais excepté la grande de Bangkok c’est la dégringolade, si vous inscrivez un gosse à celle de Chiangmai ils seront incapables de l’amener à un niveau de français suffisant pour cause de manque d’élèves donc ils servent pas à grand chose. En plus les livres disparaissent en grande quantité à croire qu’ils les vendent au kilo pour se faire du fric…. A Chiangmai la moitié des livres ont disparu sans explication. Maintenant je suis obligé de commander des livres d’occasion en France sur Rakuten ou Amazon .

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