Feuilleton de l’été : la magnifique et lamentable histoire de DUKSON, le Lion noir du XVIIème 1/7

Dukson, héros ou racaille ? 

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Episode 1 :

Georges Dukson, Gabonais, engagé volontaire dans l’armée Française à 17 ans, fait prisonnier à la débâcle, évadé d’Allemagne et météorique acteur de la libération de Paris.

Je me suis penché sur l’histoire du « Lion noir du XVIIe », après être tombé un peu par hasard sur une page internet de la Fondation de la Résistance rédigée par le conservateur au Musée de l’histoire vivante. La page présente Georges Dukson comme un presque volontairement grand oublié de l’histoire. Un point de vue tout à fait à la mode, ce qui m’a un peu fait tiquer parce que cela concerne une histoire qui s’est déroulée il y a plus de 70 ans. Si l’on résume la page, Georges Dukson a été viré du défilé de la victoire auquel il avait pourtant droit, évincé car noir, donc par racisme (le terme n’est toutefois pas utilisé).
Mais ce qui m’a fait franchement tiquer, c’est que si son éviction du défilé est présentée comme certaine, et rédigée au temps présent, la conclusion de la page sur ce qui s’est passé bien après le défilé, et qui révèle les facettes sombres du personnage, est rédigée au conditionnel : il AURAIT été… un peu racaille sur les bords, et même au milieu. Mais c’est pas certain… On ne sait pas vraiment…
Et là, ça ne va pas du tout.
Ca ne va pas du tout car lorsqu’on se base intégralement sur des archives pour rapporter un fait historique, soit on a confiance dans ces archives et on en tire un récit que l’on considère dans son ensemble comme véridique, et que l’on rédige au présent, soit on ne fait pas confiance dans ces archives et on en tire un récit que l’on considère dans son ensemble comme probable mais pas certain, et que l’on rédige au conditionnel. Or ce n’est pas ce qui est fait par le conservateur au Musée de l’histoire vivante. Les faits « racistes » sont présentés comme sûrs et certains, au présent, mais les faits « racailleux » sont, eux, présentés comme flous, incertains, de l’ordre de la rumeur malveillante, au conditionnel.
Ça c’est typique de la rhétorique des collabos soi-disant anti-racistes pour qui tout personnage d’origine africaine est, du seul fait de sa race, un pur ange de bonté dont les actes délictueux ou criminels ne peuvent être que totale invention de la part des méchants racistes systémiques néo-nazis confis dans leur privilège blanc.

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J’ai donc investi un petit pécule pour me procurer le rare livre de René DUNAN qui sert d’archive principale au récit car je me doutais que j’y trouveraiS ce que certains préféreraient soigneusement dissimuler afin que l’explication de l’oubli soit le sempiternel « racisme systémique des Blancs ».

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A la lecture du livre on comprend tout de suite pourquoi l’histoire n’a finalement pas retenu outre-mesure le nom de ce personnage, comme d’ailleurs elle n’a pas retenu le nom de bien d’autres, tout aussi héroïques et tout aussi blancs que Dukson était noir.

Le texte qui suit constitue le chapitre 14 du livre « CEUX » DE PARIS – AOÛT 1944 de René DUNAN, préface de Pierre LAZAREFF, publié aux éditions du milieu du monde et imprimé en mars 1945 à l’imprimerie centrale S.A. à Lausanne, Suisse, pour un tirage de 22695 exemplaires.
Les illustrations et leurs légendes, sauf mention spécifique, les liens et commentaires, en italique, sont des ajouts.

Le général de Gaulle descendant les champs Elysées. A droite le nègre Dukson. Photo Serge, Paris
(Unique photographie du livre, insérée en tête de l’ouvrage)

CHAPITRE XIV
LA MAGNIFIQUE ET LAMENTABLE HISTOIRE DE DUKSON « HÉROS DU XVIIe »

Les rues que je traversais, le boulevard que j’arpentais ensuite, contrastaient étrangement avec le besoin de vie qui m’animait. J’avais soif de bruit. D’un bruit qui serait différent du grésillement du téléphone, du tapotement des machines à écrire, des brouillages de la radio, de la chute métallique des matrices des linotypes.
Je pensais alors à « l’Etape ». « L’Etape » est un petit bar des Batignolles qui doit son succès à la discrétion de sa devanture et à l’exiguïté de sa salle. Caché dans une rue — la rue de Chéroy — dont on oublie toujours le nom, on aperçoit, de l’intérieur, à travers les rideaux à carreaux rouges et blancs, l’entrée des artistes du Théâtre des Arts, située à quatre mètres de là sur le trottoir d’en face.

Après un clignotement des yeux, on discerne — en y pénétrant — à travers un nuage opaque de fumée, un comptoir couleur acajou, une petite salle éclairée par des lumières parcimonieuses et invisibles. Et une patronne belle, grande, brune, affable ou distante selon les jours, et qui a la détestable habitude de vous appeler « jeune homme ». Au bar, assis sur des tabourets, on y rencontre, en temps ordinaire, des habitués, des locataires — il y a des chambres au mois dans les étages — et quelquefois des gens de passage.
Une baie, à côté d’un frigidaire miniature, donne accès à une salle où tiennent avec peine quatre tables. Un client —toujours le même — assis sur le coin de la banquette, en moleskine rouge, s’escrime avec un pickup nasillard.
Dans le coin opposé, le patron, les manches de sa chemise de soie retroussées, joue à la belote avec un dentiste du quartier, M. Poulet…

 

Demain, la suite, deuxième partie !

 

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6 Commentaires

  1. Je suis gay, marié et heureux.
    Un être humain respectueux, homme ou femme, doit pouvoir vivre selon sa « nature » à la naissance.
    Blanc, jaune ou noir???
    Tant que leurs religions ne nuisent pas aux autres!!!
    Contrairement à mon conjoint, je suis athée.

  2. Cela me rappelle un fait peu connu parce que soigneusement dissimulé par des historiens désireux de ne pas nuire à leur carrière et voulant éviter tout amalgame : beaucoup de viols qui ont été reprochés à l’armée américaine après le Débarquement se sont avérés être le fait de soldats afro-américains.

  3. Si j’ai bonne mémoire (je n’ai pas rouvert ce livre depuis au moins 20 ans), ce qui frappe dans le portrait de Dukson, ce n’est pas tant que ce soit un voyou, que des notations marquant une délectation à tuer des Blancs).

  4. Il se trouve que je possède ce livre. [Les quelques dessins d’un célèbre dessinateur des Pieds-Nickelés (Pellos), sont sympathiques, mais pas extraordinaires, on les sent vite faits.]

  5. J’imagine Georges Orwell, auteur de 1984, pénétrer dans ce genre de café.

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