Une autoroute au milieu de mon village ? Pour une fois le pot de terre a vaincu le pot de fer !

 

RÉCIT DÉDIÉ À RÉSISTANCE RÉPUBLICAINE AVEC TOUTE MON AMITIÉ ET À TOUS.

LA LUTTE DU POT DE TERRE CONTRE LE POT DE FER, QUI VOIT LE POT DE TERRE L’EMPORTER.

J’habite un petit village, à quelques kilomètres d’une ville moyenne.

Notre petite localité n’a rien de notable, si ce n’est une église du XIème siècle, et un magnifique plan d’eau avec sa base nautique.

Ce n’est pas le plus beau village de France, mais enfin on s’y sent bien.

On y coule des jours paisibles.

Mais voilà qu’un jour un coup de tonnerre vint compromettre ce bonheur tranquille.

L’État avait décidé de transformer une route nationale en autoroute et de raccorder une autre nationale avec cette infrastructure.

Notre commune avait été choisie avec plusieurs autres pour accueillir le site de cet échangeur.

Choisie, quel cadeau!

Nous reçûmes tous une lettre nous indiquant ce qui allait se passer pour nous si notre petite bourgade était éligible (comme si c’était un privilège) à l’accueil de cet échangeur, avec un plan indiquant le tracé de cette portion de voie rapide.

En plein milieu du village, avec la disparition de quelques rues et de nombreuses habitations.

La maison de notre maire disparaissait aussi.

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Selon le document reçu, l’État nous ferait plusieurs propositions d’indemnisation

.Nous refusions la première, la deuxième était revue à la baisse et ainsi de suite, c’est à dire l’expulsion à la clé avec des cacahuètes!

Et pour les propriétaires non impactés, les nuisances habituelles : pollution, bruit, etc.

Le comble, c’est que j’habite le long d’une vallée, traversée par une rivière, et classée NATURA 2000!

Avec une faune et une flore irremplaçables.

Ce qui nous oblige lors de rénovations de nos habitations à respecter un certain nombres d’impératifs, avec demande d’autorisation à la préfecture avant de procéder à des travaux quelconques.

En plus, sur le tracé se trouvaient une église d’une autre commune et un cimetière! Peut-être avaient-ils l’intention d’en déloger les morts.

Surtout que des tombes du Commonwealth d’y trouvent.

Notre plan d’eau accueille aussi des espèces d’oiseaux migrateurs telles que des oies sauvages, des cormorans.

On peut y croiser des canards colverts, de nombreux cygnes, des foulques macroules, des grèbes plongeuses, des hérons bihoreaux et cendrés, et bien d’autres espèces rares. J’ai même vu des cigognes dans les champs alentours.

Nul doute qu’un tel chantier allait perturber gravement l’équilibre de cette niche écologique précieuse.

Tout cela pour enrichir les bétonneurs et les exploitants autoroutiers qui n’en ont rien à fiche de la vie des gens et encore moins de celle de nos amis les oiseaux.

Je n’ai rien contre le progrès, mais pas à ce prix.

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Des pétitions furent lancées. Jamais on ne vit autant de monde émarger les cahiers de pétitions, qui dans les commerces, qui à la mairie, partout.

Partout aussi des banderoles dénonçant ce massacre et cette gabegie!

Il y eut une réunion à laquelle nous fûmes conviés.

L’État avait désigné un interlocuteur qui devait être le trait d’union entre lui et les habitants des localités susceptibles d’être retenues.

Ce monsieur portait le joli titre de garant (?)

Garant de quoi, je me le demande.

Les quelques gouttes de sang breton qui coulent dans mes veines n’ont fait qu’un tour. D’un naturel paisible habituellement, quand les circonstances l’exigent, je suis capable de jusqu’auboutisme, style je me couche devant les engins de chantier.

La réunion fut houleuse

.Le représentant de l’État n’en menait pas large.

Nous lui fîmes remarquer que lorsque on devait changer trois tuiles, on nous emmerdait (sic) avec des normes restrictives, et là, l’État ne s’embarrassait pas de normes pour détruire et redétruire, au nom d’un intérêt général, qui n’était en fait qu’une somme d’intérêts particuliers, à savoir celui des bétonneurs et des exploitants d’autoroutes.

Des élus s’en mêlèrent, dont les écolos, pour dénoncer ce projet. 660 hectares de terres agricoles allaient être sacrifiés, une pollution accrue, un projet dispendieux.

De notre côté, nous apprîmes avec soulagement que notre village échapperait à la pioche de ces hooligans du béton et du goudron.

Nos arguments avaient dû être entendus en ce qui concerne le massacre paysager et l’impact sur la faune.

Par contre d’autres tracés avaient été retenus.

Je ne suis pas de ceux qui sont soulagés de voir les éoliennes ou autres nuisances s’installer chez le voisin. J’ai signé toutes les pétitions que les habitants des localités concernées présentaient à la signature sur les parkings de supermarchés et autres.

J’espère de tout cœur que ce funeste projet ne verra pas le jour.

Quel seront les transports en 2035, date de la disparition du moteur thermique, pas si éloignée que ça de notre année 2022?

Personne ne peut le dire.

L’utilisation de la traction électrique modifiera peut-être notre façon d’envisager les déplacements et les transports routiers.

Le trafic sera peut-être alors révisé à la baisse, et la construction d’autoroutes plus aussi pertinentes.

En tout cas, pour une fois, notre mobilisation à l’échelle de notre village avait payé. Le pot de terre avait résisté au pot de fer!

13 Commentaires

  1. Tout ceci va se payer un jour et tous ces Baltringue vont se prendre un revers dans la tronche et je suis poli !

  2. Dans l’histoire de l’humanité le pot de terre témoigne de l’avancée civilisationnelle. Les recherches archéologiques ne retrouvent jamais de pot de fer.
    Le pot de fer se détruit en rouille; le pot de terre, même brisé en morceaux, demeure.
    « Le cadavre est à terre ET l’idée est debout » Victor Hugo

  3. Je roule encore au diesel avec un monospace 7 places équipé d’un catalyseur et d’un FAP. Ce véhicule me permet de traverser la FRANCE d’est en ouest sans faire le plein en adoptant une conduite souple et en respectant la vitesse. J’imagine les futurs véhicules du même genre s’arrêtant tous les 200 kms à la recherche d’un hypothétique borne de rechargement ou d’une batterie de remplacement. Il y aura des disputes dans l’air et beaucoup d’énervement lors des départs en vacances. On n’en est pas encore là mais ça promet.

  4. Très bien …mais jusqu’ou seriez vous allé ?
    Auriez-vous monté un groupe de 400 résistants qui auraient campé jour et nuit sur le site ? Tant qu’il faut raler mais payer les Français sont présents. mais dès lors qu’il faut être actif, quitte à se battre physiquement contre la milice en uniforme il n’y a plus personne. Quelque part les punks à chiens qui montent des « ZAD » méritent notre respect.

    • @Mauricette

      Et vous, à part critiquer anonymement, vous avez monté un groupe de 400 résistants ?

    • Et votre groupe de 400 « résistants » se nomme comment ? « les invisibles » ou peut-être « les résistants de la 26 ème heure »

  5. Une victoire qui fait plaisir ! Bravo résistant Argo !
    Que les pouvoirs publics entretiennent déjà les infrastructures existantes au lieu de passer des marchés juteux en dépit du bon sens.

  6. Dans vingt ans on commencera à voir des réseaux routiers abandonnés tels que cela s’est vu pour les coûteux chemins de fer aujourd’hui transformés en pistes cyclables.
    Pourquoi faut-il trimballer en camions toutes ces marchandises sur des milliers de kms alors que la production de proximité peut très bien fonctionner ?
    Vivement la fin du pétrole !

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