Roustam Raza, le Mamelouk arménien de Napoléon, avait été enlevé enfant par les Tatars (Azéris)

Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, Le Mamelouk Raza Roustam (1806), Paris, musée de l’Armée.

Evocation de Napoléon, de son fidèle Mamelouk, des relations de cœur entre la France et l’Arménie.

Avec, forcément,  un détour par l’islam, cet ennemi d’hier et d’aujourd’hui.

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Il est bien connu que Napoléon n’aimait ni déléguer, ni s’en remettre à ses proches, même pour les affaires courantes. Un homme, cependant, a su lui inspirer suffisamment confiance pour qu’il le charge de sa sécurité personnelle, un Arménien au destin fabuleux, connu sous le nom du Mamelouk Roustam Raza.

Sa vie tout entière est un roman d’aventures. Né dans une famille arménienne plutôt aisée, il subit dès son jeune âge les contrecoups de la domination ottomane et les conflits, qui – déjà ! – ravagent le Caucase.

Enlevé enfant, il est vendu comme esclave sept fois en quelques années pour finalement appartenir à un sheik d’Egypte. A la suite d’une incroyable succession d’évènements, il se retrouve au service du vainqueur de la bataille des Pyramides, le général Bonaparte. Dès lors son destin sera lié à la fulgurante ascension de son nouveau maître.

Non content d’avoir sous ses ordres une centaine de mamelouks, d’être le garde du corps de l’Empereur et à ce titre se trouver constamment à ses côtés pendant toutes ses campagnes, Roustam est admis dans son intimité et celle de sa famille. C’est d’ailleurs l’un des traits les plus passionnants de ses mémoires, où par le biais de dizaines d’anecdotes il donne un éclairage inédit sur les grands personnages de cette époque. Plus qu’une relation hiérarchique, on devine une véritable et sincère amitié entre deux hommes qui s’apprécient et s’estiment mutuellement.

Au-delà de ses fonctions officielles, Roustam est une célébrité dans la bonne société de l’époque et passera à la postérité grâce aux nombreuses œuvres où il apparaît : tableaux officiels où il se distingue bien avec son célèbre turban, et plus récemment livres ou même films.

Après 15 années au service de l’Empereur, et après la chute de celui-ci, Roustam Raza est allé combattre au Karabagh en souvenir des nombreuses années de son enfance, passées dans ce pays.

Il achèvera sa vie bien remplie à Dourdan d’où était originaire son épouse, Alexandrine.

 

L’ ANACRA (Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants Arméniens) lui a plusieurs fois rendu hommage, sur sa tombe à Dourdan.

Extraits du discours d’Antoine Bagdikian le samedi 26 novembre 2016 à Dourdan à l’occasion de l’inauguration de la stelle dédiée à Roustam Raza.

 

Roustam Raza était pendant longtemps un nom inconnu des Arméniens et ce, jusqu’en 2007. Seuls quelques rares spécialistes le connaissaient. De son vrai nom Rostom Khatchatryan, il fut une personnalité au destin exceptionnel.

Né à Tiflis de parents originaires du Karabagh, il est kidnappé par les Tatars (Azéris). Il est vendu sept fois comme esclave à des cheikhs arabes jusqu’à ce qu’en 1799, le cheikh El Bakri l’offre à Napoléon avec un cheval pur-sang arabe. Le 22 août de la même année, Napoléon retourne à Paris accompagné de Roustam, son homme de confiance. A partir de cette date, Roustam devient l’inséparable garde du corps de l’empereur en participant à toutes ses campagnes. Tous les peintres, dessinateurs et graphistes qui ont évoqué, à cette époque, la vie et les actes de bravoure de Napoléon évoquent sa renommée.

 

Roustam est d’abord le symbole du destin des chrétiens en général et des Arméniens en particulier dans l’Empire ottoman.

Un triste sort car ils n’avaient pas les mêmes droits que les citoyens musulmans et ils ont supporté pendant des siècles la domination et le joug ottoman avec leur cortège d’horreurs.

 Les jeunes filles étaient enlevées pour alimenter les harems. Les jeunes enfants mâles étaient intégrés de force dans l’islam et constituaient le corps des janissaires, ces soldats dressés à tuer …cela nous rappelle de nos jours les agissements barbares de leurs dignes descendants de Daesh.

Rien n’a changé dans les méthodes cruelles.

 
(…)

Enfin, le dernier symbole de la destinée de Roustam Raza est qu’il est en fait le plus ancien de nos anciens combattants au service de la France et il était donc juste que ce soit notre association nationale des anciens combattants et résistants qui vénère chaque année sa Mémoire.
 Nous ne rappellerons pas l’épopée napoléoniene et ses 15 années de dévotion pour l’Empereur en tant que garde du corps : Roustam dormait devant la tente et c’est lui qui filtrait les visites même les plus illustres.

Mais il ne restera pas inactif au crépuscule de l’Empereur, en 1826, et je rappellerai un épisode passablement inconnu quand Roustam retourne dans le Caucase et s’engage dans les rangs de l’armée tsariste. Il participe à la guerre russo-persane sous le commandement du général Madatov (Madatian). Il contribue à la lutte de la libération du Karabagh, cette province arménienne rattachée de force à l’Azerbaidjan actuel et dont le conflit perdure encore. Il va même vivre à Chouchi puis il reviendra en France et terminera ses jours à Dourdan, d’où était issue son épouse.

 

Avec les volontaires arméniens des deux conflits mondiaux et des Résistants illustres dont Missak Manouchian, Roustam Raza est un des symboles même de l’engagement des Arméniens et des relations d’amitié séculaires entre la France et l’Arménie.

Depuis l’Année de l’Arménie en 2007, nous fleurissons sa tombe. Nous sommes fiers qu’avec la municipalité de Dourdan nous ayons pu lui consacrer ce beau monument avec la pierre orange de son pays natal.

 

Ce khatchkar [stèle] va perpétuer à jamais notre amour pour la France.

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8 Commentaires

  1. « Les jeunes enfants mâles étaient intégrés de force dans l’islam et constituaient le corps des janissaires, ces soldats dressés à tuer «  »

    cette tradition ottomane portait le nom de « Devchirmé »
    tous les pays chrétiens sous domination musulmane turque y étaient contraints………arméniens, grecs,bulgares,roumains, hongrois…..

  2. Bonjour,

    Merci pour cet article qui me remet en mémoire Roustam.

    C’est une histoire que j’avais lue, enfant, dans « Spirou » et ses célèbres « Histoires de l’Oncle Paul » …

  3. Magnifique histoire, merci.
    La fin se relie à la triste situation du Karabakh, d’abord repris aux azeris par les Arméniens, il y a quelques années, mais maintenant, hélas, de nouveau aux mains des pourritures et massacreurs turcs.

  4. macron aussi avais son Roustam Raza pour surveiller ses arrières , le alexandre benne allah !

  5. Bonjour @Jules Ferry ;

    Merci beaucoup pour cet article extra !

      • Comme toujours @Jules Ferry ;

        J’aime beaucoup vos articles. Je me suis permis de recopier celui-ci pour ma « bibliothèque de poche ».

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