Vieillir, c’est chiant, parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et encore moins quand ça finira

Bibliographie Identité française Liberté d'expression Publié le 2 avril 2021 - par - 10 commentaires

A toutes fins utiles ! Le plaisir d’un texte en bon français !

A mes vieux amis, dont le cerveau est toujours jeune !
Un très beau texte de notre ami Bernard Pivot. Cela fait du bien de lire pareille chose ! !

Extrait de son livre paru en avril 2011 : Les mots de ma vie.

Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire: vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.

On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant, invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.

Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu dans le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux. Les salauds !

Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons ! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que… »
Moi aussitôt : «Vous pensiez que…?
— Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. Parce que j’ai les cheveux blancs ? Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça été un réflexe, je me suis levée…
— Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous ? Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge…
–Une question de quoi, alors ? Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…». J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve.

Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.

J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto n° 23 en “la-majeur“ de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto n° 21 en “ut-majeur“, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?… Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.

Après nous, le déluge ?… Non ?

 

TEXTE TRANSMIS PAR MON AMI DIDIER !

Pour continuer !

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10 Commentaires
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Moktar
Moktar
il y a 3 mois

Oui ami ‘c est chiant de vieillir mais nous assumons nos maux car ce que nous avons vécu ;les ~jeunes ~ne connaîtront jamais ; ah monsieur Pivot sauriez-vous refaire la dictée ? Le temps passé devrait être écrit au present;oui:c’ est chiant de vieillir ;merci Jean Paul de nous rajeunir par la fraîcheur de ce texte

Hoplite
Hoplite
il y a 3 mois

D’un autre côté, l’éternité c’est chiant
… surtout vers la fin (W.Allen)

Argo
Argo
il y a 3 mois
Reply to  Hoplite

Quel est l’âge pivot pour s’en aller?

sacaram
sacaram
il y a 3 mois

j’aime bien l’expression suivante pour la fin de journée  » et un jour en plus en moins »
Bonne fête de ramdam, non je rigole, bonne fête de Pâques à tous et bon vendredi Saint à mes cousins d’Alsace Loraine

sacaram
sacaram
il y a 3 mois

La vie maladie mortelle sexuellement transmissible , j’aime bien aussi celle la

Christian Lesuffleur
Christian Lesuffleur
il y a 3 mois

Ce souvenir peut etre , mais que peut le souvenir face a l odeur et le gout ? Il ne nous reste que la mort .Certain vous dirons  » on ne meurt qu’une fois. » Le probleme , c est que ca dur longtemps

Argo
Argo
il y a 3 mois

Et mourir, de plaisir!

François des Groux
Administrateur
François des Groux
il y a 3 mois

J’ai la chance de ne pas être (encore) un « mâle blanc hétérosexuel de plus de 50 ans », la cible préférée des gauchiste qui voient en lui le mal absolu (alors que la plupart – Cohn-Bendit, Plenel et tous les sociologues-historiens-philosophes préhistoriques – en font partie).

Mais j’ai un bon souvenir des émissions de Pivot, notamment Apostrophes. Une des émissions les plus regardées à l’époque.

Aujourd’hui, on a Hanounah, les Cht’is et les Marseillais (émission préférée du Yéti de la Justice)

ALEXIS
ALEXIS
il y a 3 mois

Vieillir c’est chiant oui, la vieillesse est un naufrage non.

L’acceptation du vieillissement n’est d’abord en rien un sentiment uniforme également partagé selon les individus.
L’approche de cet état naturel ne peut être réduit a la seule déception de tel où tel, dont la principale préoccupation résiderait en un désintéressement à leur égard, d’une population plus jeune.

La détresse est d’autant plus grande, si l’on a été où cru être influent voir essentiel.
En d’autre terme citons Bernard PIVOT où Charles DEGAULLE.
Sans remettre en cause le talent des gens qui ont compté, politiquement, socialement et culturellement, ceux ci eu égard à l’intelligence supérieure qu’on leur prête, devrait promouvoir au lieu de s’en apitoyer et surtout en fin de cycle, ce prestige qui leur a été accordé par leur pairs en acceptant cet adage implacable « On peut pas être et avoir été »

Renier la nature ne fait pas preuve d’une spectaculaire supériorité intellectuelle, mais d’un égo surdimensionné dont le poids se fait inéluctablement sentir dans l’âge avançant, au point d’en devenir un handicap, ne plus faire partie de!

La vie terrestre est insignifiante à l’échelle du temps, trop courte? probablement en cas d’existence heureuse, trop longue? certainement dans le malheur.

Vieillissons ensemble avec notre génération et pour le bonheur absolu, ayons la chance de pouvoir jusqu’à notre dernier souffle, regarder vivre nos enfants.

Ani Ae
Ani Ae
il y a 3 mois

J’ai un merveilleux souvenir d’Apostrophe et de Bouillon de culture, qui ont contribué à ma « formation », et je pensais que Bernard Pivot était de même facture, mais finalement, je ne le pense plus.
Ce qui est fabuleux chez les Français d’aujourd’hui, c’est cette faculté à être décevants.
C’est un pantin du système… sans âme.
Alors je dirais que ce qui est triste, ce n’est pas vieillir mais c’est être un récupéré.
Personnellement, je vieillis sérieusement, je continue à aimer la littérature, et Ma France, mais je n’aime plus les images, les idoles, dont la vocation est de trahir.
Ce qui est beau c’est notre Vision, notre Rêve, beaucoup plus profond que ce que peut incarner un homme des médias, un Parigot, sans fond). Personne n’incarne notre Idéal. Nous le portons, il est à l’intérieur.

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