La plus célèbre locomotive miniature, la BR 89 !

Histoire Modélisme Publié le 22 février 2021 - par - 9 commentaires

 

La locomotive que l’Oncle John évoquera ce jour représente une exception à plus d’un titre. En effet, généralement, c’est la réalité et notoriété d’un sujet qui dicte sa représentation en modèle réduit. Dans ce cas-ci c’est exactement l’inverse, c’est la notoriété de sa reproduction en miniature qui a attiré l’attention sur l’objet grandeur nature. En effet, cette locomotive à vapeur a été fabriquée en réalité à dix exemplaires seulement, tandis que sa miniature a été reproduite en plusieurs millions d’exemplaires dans toutes les principales échelles pratiquées en modélisme ferroviaire. Elle a, plus que toute autre, produit de nombreux petits pour assurer sa succession :

 

Cette locomotive produite en dix exemplaires seulement a été reproduite en miniature à au moins 5 échelles différentes, O, HO, TT, N et Z. Aucune autre locomotive ne peut en dire autant :

C’est la célèbre firme allemande Märklin qui, à l’origine, s’est penchée sur son cas à partir de 1953 en produisant sa première locomotive avec la carrosserie en plastique à l’échelle la plus couramment pratiquée, le HO . Celle-ci allait devenir, au fil du temps, le cheval de bataille de sa production puisque Märklin à lui seul la déclinera en plus de six millions d’exemplaires …

Un peu d’histoire…

Cette modeste BR 89 a été produite en Allemagne entre 1934 et 1937 en dix exemplaires numérotés 001 à 010 pour le compte des chemins de fer allemands. Et l’histoire n’a retenu aucun fait d’arme particulier dont cette locomotive aurait été l’actrice durant sa carrière. Après la guerre, la moitié de ces machines ont été affectées aux chemins de fer polonais, l’autre moitié aux chemins de fer de l’Allemagne de l’Est (DR). Elles n’ont donc jamais circulé sur le réseau de l’Allemagne de l’Ouest (DB). La dernière, la 89008 fut réformée à Dresde en 1968 après 31 ans de carrière (en savoir plus).

C’est donc Märklin qui allait le premier assurer la notoriété de cette humble machine, imité ensuite par de très nombreux fabricants qui allaient tous plus ou moins s’inspirer du modèle produit par la firme de Göppingen, en particulier son embiellage simplifié.

Les modèles réduits Märklin

Märklin a décidé de produire son premier modèle HO avec carrosserie en plastique pour deux raisons :

  • des raisons économiques, le plastique étant moins cher à produire que le zamac (alliage métallique)
  • des impératifs techniques

A l’époque, les techniques de fonderie du métal ne permettaient pas de détailler les carrosseries aussi bien que le plastique. Il faudra attendre les années quatre vingt pour qu’enfin, les progrès réalisés dans les fonderies métal autorisent un retour à l’usage de cette matière plus noble. Ceci dit, ces carrosseries plastique se sont finalement avérées très solides et plusieurs modèles de cette machines nous sont parvenus intacts (l’Oncle John en possède une bonne dizaine). Finalement Märklin produira son modèle fétiche sans interruption pendant une  soixantaine d’années (soit le double de la carrière des modèles réels) avec quelques modifications techniques ou de décoration pas toujours très heureux.

Le premier modèle produit par Märklin en 1953 sous la référence CM 800 portait le numéro 89005 et était muni à l’avant de deux feux alimentés par deux ampoules comme la locomotive réelle. Un an plus tard, on ne sait pas pourquoi, Märklin remplacera la numérotation 89005 exacte par le numéro 89028 fantaisiste avant de revenir à la numérotation 89005 jusqu’en 1962. Finalement, la version 89005 sera produite en plus grand nombre que la 89028, ce qui explique sa cote inférieure de 5€ sur le marché de la collection. A ce sujet, étant donné que ce modèle a été reproduit en plusieurs millions d’exemplaire, sa cote reste très basse et se situe aujourd’hui entre moins de vingt Euro et une quarantaine d’Euros pour un modèle en parfait état et muni de sa boite d’origine. Ce qui n’enlève rien à la qualité et solidité de l’objet. Songez par exemple que bien des Dinky Toys qui ne comportent qu’une douzaine de pièces se revendent bien plus cher que cette loco Märklin qui compte une bonne centaine de pièces de qualité bien supérieure ! Mais dans ce domaine comme bien d’autres, c’est la rareté et la loi de l’offre et de la demande qui dicte la valeur d’un objet.

En 1959, Märklin a eu la mauvaise idée de remplacer les deux ampoules avant par une seule en remplaçant la deuxième ampoule par un diffuseur transparent à trois points beaucoup moins cher à produire, le troisième étant situé à l’avant de la chaudière et en haut de celle-ci. Si cela pouvait faire plaisir aux enfants auxquels elle était destinée, cela ne correspondait pas à la réalité, cette loco étant équipée de deux feux avant du début à la fin de sa carrière. De plus, lors du remplacement éventuel de la seule ampoule brûlée, le soquet de celle-ci avait tendance à systématiquement se casser et était très difficile à réparer. Par la suite et pendant de nombreuses années jusqu’en fin de production, Märklin affublera sa loco du logo des deutsche bundesbahn, chemins de fer de l’Allemagne de l’Ouest sur lesquels cette loco n’a jamais circulé. En définitive, le meilleur modèle et le plus juste au plan historique reste le premier modèle produit à l’échelle HO par Märklin et qui, pour cette raison, est le préféré de l’Oncle John.

En 1972, en vue de la création de sa nouvelle mini échelle Z (1/220ème), cette loco a été utilisée par Märklin pour l’élaboration et la diffusion de ce nouveau standard. Aucune autre marque n’ayant osé s’aventurer depuis dans ce royaume lilliputien. Il existe bien, depuis peu, une échelle encore plus petite, l’échelle T (1/400ème) mais celle-ci reste très confidentielle, artisanale, et n’est pas le résultat d’un processus industriel. En ce sens, l’échelle Z de Märklin reste, à ce jour, la plus petite échelle proposée sur le marché par un grand fabricant.

Le modèle de sa BR 89 à l’échelle Z présente des qualités et des défauts.

  • Les qualités :
    • une réalisation entièrement métallique et presque aussi détaillée que son modèle HO.
    • une peinture plus complète
    • un encombrement vraiment réduit.
    • la fascination d’un objet miniature aussi petit et pourtant doué de mouvement.
  • Les défauts :
    • une mise en œuvre délicate
    • des pannes fréquentes, certaines irréparables
    • des attelages grossiers et trop proéminents mais difficile de faire autrement pour des objets si petits.
    • des inscriptions DB fausses comme vu précédemment
    • une numérotation fantaisiste 89016
    • trois feux avant et arrière inexacts et qui plus est non fonctionnels

Dommage. Enfin, pour faire sa pub, l’Oncle John se rappelle avoir lu que Märklin aurait confié sa loco en Z pour un voyage dans l’espace à bord d’une capsule spatiale durant les années septante. Ce serait donc la seule loco miniature qui aurait tourné autour de notre planète.

Concernant Märklin, l’Oncle John vous recommande vivement de visiter le site My Märklin. Pour cela, cliquez ici.

 

Le modèle réduit Rokal

Quelques années après Märklin, le fabricant Rokal a proposé, fin des années cinquante, sa version à l’échelle TT (1/120ème) de cette locomotive. Comme le modèle Märklin dont il semble s’être inspiré, le modèle Rokal est pourvu d’une mécanique entièrement en métal et d’une cascade d’engrenages qui entraîne chaque train de roues (comme Märklin). Sa carrosserie plastique a bel aspect et est aussi de bonne facture bien que moins bien proportionnée que celle de son concurrent. Soit la chaudière est trop fine, soit la cabine trop volumineuse, soit les deux ? Enfin, ses ampoules de phares sont disproportionnées par rapport à l’ensemble mais cela lui donne aujourd’hui un charme incontestable de témoin d’une époque du jouet définitivement révolue.

Bref, ses défauts et sa rareté nous attirent aujourd’hui la sympathie. Enfin, malgré sa taille réduite, elle pèse tout de même 151 grammes contre 206 grammes pour son homologue Märklin, gage d’une qualité de fabrication typiquement allemande. Comme tous les modèles des petites échelles, ses attelages sont surdimensionnés par rapport à la réalité. A propos de Rokal aujourd’hui disparu (plus de détails).

 

Le modèle Minitrix

Réalisé très finement en métal à l’échelle N du 1/160ème, le modèle Minitrix a décidément bien des qualités. Apparu bien plus tard que ses homologues Märklin et Rokal, il se devait d’apporter des améliorations dus aux progrès de la technique dans la réalisation de miniatures. Au plan technique, une cascade de pignons entraîne aussi chaque essieu via une vis sans fin, solution rationnelle et pratique qui assure à la machine une puissance de traction raisonnable. Les inscriptions finement réalisées sont conformes au modèle réel ainsi que le schéma de peinture.

 Une BR 89 à l’échelle O

Enfin, quelques fabricants inconnus au bataillon ont aussi reproduit cette fameuse loco dont celle qui vous est présentée ci-après, reproduite à l’échelle O. Elle ne porte aucune inscription ni marque permettant de l’identifier. Probablement une production des années quatre vingt ?

L’Oncle John a tenté de l’améliorer en lui offrant une nouvelle peinture complète puisqu’il a du reconstruire entièrement sa cheminée détruite par un usager précédant. De plus, une partie de son embiellage en plastique était recouvert d’une peinture chromée dorée totalement irréaliste. Il lui a rajouté deux arceaux surplombant les feux avant et un vitrage de cabine comme la machine réelle.

Cette loco est munie d’un moteur électrique, d’un ingénieux dispositif fumigène et de bandages d’adhérence. Elle se compose de 87 pièces plus le moteur et pèse 440 grammes. On qualifie ce genre de locos jouet de « loco de bazar », celle-ci reproduisant fidèlement la ligne générale de la BR 89.

Enfin, pour conclure, il serait injuste de ne pas mentionner la splendide réalisation mais beaucoup plus tardive de la marque Fleischmann qui s’est penchée sur le sujet avec excellence en reproduisant enfin cette machine rigoureusement en 1996/ 1997. La voici en action :

Oncle John

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9 Commentaires
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Cachou
Éditeur
Cachou
il y a 11 jours

Quel article magnifique ! Ne connaissant pas le monde du modélisme, comme d’habitude, l’Oncle John m’a appris plein de choses.
Maintenant, quand on me parlera de la BR 89, je pourrais tenir la conversation… 😂

Joël
Joël
il y a 11 jours

Superbe la Fleischmann !
Je pense qu’aujourd’hui, certains modèles devraient être repris avec la technologie de gravure laser. Ça devrait donner quelques bijoux en détails, précisions et conformité au modèle original.

Philippe DANJOU
Philippe DANJOU
il y a 11 jours

Tres bon article comme d’habitude, dear Uncle. Pour compléter, j’ajouterais qu’il y a chez Marklin une assez courante version immatriculée Br 89 006 (version .7 produite de 1968 à 1971) et une très rare Br 900 68 , en 1970, résultant d’une pose à l’envers des numéros. Un rare cas de défaut industriel ayant échappé au contrôle qualité généralement rigoureux ! De quoi ravir un collectionneur acharné.
Cette petite machine dédiée aux maneuvres, donc une obscure travailleuse, a été reproduite fidèlement en HO par Fleischmann avec un embiellage fin et très complet , et par Piko dans une version jouet trés simplifiée.
A l’échelle 1 (1/32) Märklin a choisi comme modèle d’entrée de gamme la Br 80, une 030 T assez proche de la 89, mais dotée de volumineuses caisses à eau latérales .
Pour les curieux qui demanderaient oú est stockée l’eau sur une 89, la réponse est : dans un réservoir entre les longerons du châssis, donc non visible de l’extérieur.

Oncle John
Oncle John
il y a 11 jours

Merci pour ces précisions cher Philippe. J’ignorais que Piko avait aussi produit cette loco. On en apprend tous les jours. Concernant la Fleischmann, j’ai laissé une petite vidéo en fin d’article à son sujet. Il s’agit effectivement de la plus belle reproduction de cette machine à l’échelle HO.

durandurand
durandurand
il y a 11 jours

Bonjour Oncle John , excellent article , qui me rappelle mon premier train Marklin , que de souvenir , j’aimais bien les soubresauts qu’elle faisait quand on inverser le sens de marche par surtension , pour ainsi dire je n’ai jamais eu trop de problème avec cette locomotive à part les consommables balais et nettoyage du collecteur ,et changement du frotteur central , mais que de merveilleuses heures à la regarder tourner avec ses deux petits wagons voyageurs dites boites à tonnerre ,petite voiture voyageurs verte à deux essieux , merci pour ce rappel historique .

Oncle John
Oncle John
il y a 11 jours
Reply to  durandurand

Dommage que nous habitons si loin l’un de l’autre. Si d’aventure vous me rendiez visite (en Italie du sud), je pourrais sans problème faire tourner le train de votre enfance, tonnerre de Brest!

durandurand
durandurand
il y a 11 jours
Reply to  Oncle John

Cela j’espère pouvoir le réalisé , la retraite approchant à grand pas , bonne continuation , et merci de partager notre passion .

DURADUPIF
DURADUPIF
il y a 10 jours

La machine à vapeur…Merci Denis Papin d’avoir inventé la machine à vapeur !

Armand Lanlignel
Administrateur
Armand Lanlignel
il y a 10 jours
Reply to  DURADUPIF

Il doit y avoir une petite confusion !! La première machine à vapeur mobile sur rail a été inventée par des Anglais vers 1830. Ce qui a soulevé bien des objections . Qu’est-ce que c’est que ça ?? Un chariot qui avance tout seul sans être tiré par des bœufs ou des chevaux ? C’est de la sorcellerie et de la magie. Malgré tout, un petit train poussif a été installé entre Roanne et St Etienne quelques années plus tard pour transporter des minerais. Puis un autre entre Paris et St Germain. L’Italie a été le dernier des pays a être pourvue d’un train, un pape ayant condamné le chemin de fer comme œuvre diabolique !! C’était vers 1848, néanmoins, l’Italie a eu son premier train une dizaine d’années plus tard.
Quant à Denis Papin, il est l’inventeur d’un perfectionnement important de la machine de Savery pour pomper l’eau des mines. Mais la perfide Albion n’a pas reconnu son brevet. Sa plus grande gloire est l’invention de la soupape de sureté évitant l’explosion des chaudières. Voir les livres concernant l’histoire des sciences et techniques publiés par le CNRS aux environ de 1960.

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