Dimanche cinéma : « La Fiancée du Pirate », de Nelly Kaplan, en 1969, année érotique…

Publié le 15 novembre 2020 - par - 3 commentaires

C’était une drôle de bonne femme, cette Nelly Kaplan, décédée jeudi dernier.  Avec de drôles de choses dans la tête…

Je me souviens de la sensation de malaise que m’avait laissé La Fiancée du Pirate quand je l’avais vu, longtemps après sa sortie… Un film et des personnages à la fois succulents, réalistes mais aussi tellement répugnants, tellement bas… je m’étais demandé ce qui, dans notre pauvre France qui était encore celle des 30 Glorieuses avait pu traumatiser à ce point le réalisateur, lui donner ce regard sur nos contemporains, médiocres, avides, méchants, menés par leur sexe… Pas un pour rattraper l’autre.

Je n’avais pas encore compris, alors, la haine et le mépris de nos « élites », artistes, chanteurs, réalisateurs, comédiens… pour la France qu’on n’appelait pas encore France d’en bas, France des Sans-dents, France des Gilets jaunes…

Et Nelly Kaplan signe ce film au moment où tout, justement, explose, sur fond de libération de la femme. Alors que 1968 a secoué le cocotier de l’ordre, des fausses valeurs, de l’obéissance qui ne se discute pas, ni celle de la femme, ni celle des enfants… C’est un film qui est presque à contre-temps, dénonçant ce qui est déjà mort et annonçant une autre mort, que nous vivons en direct, 50 ans après, d’avoir trouvé craché sur nos hommes, nos traditions, nos habitudes, nos petits égoïsmes… Et pourtant il avait bien fallu bien dénoncer, railler, faire exploser la vieille société qui accouchait de règles trop souvent sclérosantes, incompatibles avec l’émancipation… Sauf que, en 1969, c’est plus que largement dans l’air du temps, et bien nombreuses étaient mes copines de l’époque qui, à 14 ans, souffraient de machisme, d’autorité absurde et castratrice des parents. Et quelques années après elles n’avaient pas plus à souffrir de leurs copains ou maris, ou si peu. 

Alors, ce malaise quand j’ai vu ce film, l’impression d’une attaque méchante pour rien… D’un règlement de compte qui arrive trop tard, et le sentiment d’avoir affaire à une artiste, une intellectuelle… méprisant salement le bas peuple que la gauche était censée défendre… Malaise, malaise… Il faut dire que Marie, qui fait la nique aux salauds n’est pas toute blanche, un beau personnage de sorcière moderne… Bref, un retour aux vieux mythes de nos campagnes avec Dirty Mary, Marie la salope, titre de la version anglaise du film.

Mais c’est, paradoxalement, un film d’intellectuel, qui fourmille de clins d’oeil, de références. Par exemple le camion avec l’inscription Belle de jour, qui passe, clin d’oeil au film éponyme de Bunuel.

Le film ? 

Marie, l’héroïne, qui n’a rien, est exploitée à mort par les villageois. Elle se rebelle après en avoir trop vu, et après une séance de cinéma devant La comtesse aux Pieds nus, fabuleux film de Mankiewicz, avec Ava Gardner et Bogart, excusez du peu, l’un de ceux qui m’a le plus marquée et dont je vous parlerai un autre dimanche, plus tard… Vous découvrirez, si vous regardez le film, la scène d’anthologie, un régal.. amer, la révélation publique, à la messe,  des bassesses et turpitudes de tous ces mâles menés par leur queue. Marie a enregistré leurs propos sur magnétophone…

 

 

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C’est Moustaki qui a écrit la bande originale  du film, chantée par Barbara, Moi, je me balance, hymne à la liberté de la femme.

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.Juliette Gréco et la chanson de Marie, la chanson de la fiancée du Pirate

Et ces deux chansons sont un autre clin d’oeil à Brecht cette fois,  puisque ce sont les titres de 2 chansons de l‘Opéra de Quat’sous.

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On peut aimer ou pas ce film, mais c’est de la belle ouvrage, du vrai et du grand cinéma. Chapeau madame Kaplan. Et merci.

 

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3 réponses à “Dimanche cinéma : « La Fiancée du Pirate », de Nelly Kaplan, en 1969, année érotique…”

  1. Avatar zipo dit :

    Je vais regarder ce film !Cela me semble d’actualité avec ce confinement et cette invasion de l’Europe!

  2. Avatar CHARTIER dit :

    j ai le film en cassettes video en 2EXEMPLAIRE!!BON!j adore ce films plein d acteurs qui sont la truculence du cinema français ,oui sa denonce l hypocrisie cramoisie d une periode et en meme temps sa annonce le bordel actuel !!!!bref sa a ete trop loin ces conneries c est juste invivable,ont est a la fin de la comete et ont a le voile partout maintenant,bref la folie!j aime ces films mais j en defend plus la retorique ,et surtout je refuse de vivre un truc pareil!!liberte oui mais dans des regles morale!!

  3. Avatar claude t.a.l dit :

    Bien sûr qu’il faut regarder ce film, et ce pour de nombreuses raisons ….

    Et en plus, quels acteurs. L’extraordinaire Bernadette Lafont. Et quels magnifiques seconds rôles dont certains sont trop peu connus, notamment Georges Géret, Henri Czarniak, et Marcel Pérès ( des dizaines et des dizaines de film à lui tout seul depuis les années 30 ).

    Sans oublier la voix de Barbara !

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