Coronavirus: le médecin chinois qui a sonné l’alerte muselé par le pouvoir.

Publié le 15 mars 2020 - par - 6 commentaires

Dans un hôpital de Wuhan, dans le Hubei en Chine, le 11 mars 2020. STR/AFP

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RÉCIT – Le témoignage accablant de cette praticienne de Wuhan est censuré à l’heure où le régime réécrit l’histoire de l’épidémie à son avantage.

Correspondant à Pékin

En mandarin classique, en hébreu et même en code morse, le brûlot circule sous le manteau de l’Internet chinois pour déjouer la grande muraille de la censure. «Vous ne devez révéler à personne cette nouvelle pneumonie. Pas même à vos maris!» Cette injonction brutale assenée à la docteure Ai Fen par le chef de l’hôpital central de Wuhan, le 1er janvier, est un témoignage embarrassant pour le régime communiste à l’heure où il met en scène sa victoire face à l’épidémie sous la houlette de Xi Jinping.

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L’interview choc de ce médecin urgentiste brisant l’omerta rouge, publié le jour de la visite du président à Wuhan, le 10 mars, a été immédiatement bloquée. Mais les internautes rebelles prennent de vitesse la censure en ligne en usant de subterfuges hors normes. Le texte publié par le magazine Ranwu a déjà été traduit en plus de 50 langues, y compris en braille, et partagé plusieurs centaines de milliers de fois sur la messagerie Wechat. Une goutte d’eau à l’échelle de la Chine, mais un indice de la colère sous-jacente face à la tentative du Parti communiste de réécrire l’histoire de l’épidémie à son avantage. «C’est comme une course de relais: quand l’article est effacé, on le rediffuse encore une fois. Le bâton est transmis de l’un à l’autre, en toute langue, en toute forme. Conserver en vie ce témoignage est devenu un devoir sacré», affirme Fang Fang, écrivain de Wuhan.

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Mystérieuse pneumonie

Le docteur Ai Fen, qui fut la première à sonner l’alerte face au virus à Wuhan avant d’être muselée par ses supérieurs, a choisi de sortir de son silence devant l’ampleur du drame. «Si j’avais su où nous en serions aujourd’hui, je n’aurais pas courbé l’échine sous la menace. J’aurais balancé tout ce que je savais à tout le monde», confesse avec amertume le médecin alors que l’épidémie a depuis infecté plus de 80.000 malades, tué 3100 personnes dans la province du Hubei, et s’étend à travers la planète.

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Cette directrice des urgences de l’hôpital central de Wuhan se souvient avec précision de cet après-midi du 30 décembre, lorsqu’elle a examiné le diagnostic d’un patient atteint d’une mystérieuse pneumonie, vers 16 heures. «Quand j’ai vu le terme SRAS-Coronavirus, j’ai transpiré d’angoisse», se souvient-elle. Le spectre de l’épidémie, qui tua 800 personnes en 2003 est dans toutes les mémoires en Chine.

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Aussitôt Ai Fen alerte ses supérieurs, et ses collègues en envoyant une capture d’écran du rapport confidentiel. Elle entoure en rouge le terme «Sras». Mais à sa surprise, elle est rapidement priée de se taire par les autorités sanitaires de la ville alertées. «La nouvelle concernant cette pneumonie inconnue ne doit pas être diffusée afin de ne pas semer la panique dans la population», lui affirme le comité de santé municipal.

Vous êtes une professionnelle. Comment pouvez vous colporter une rumeur sans respecter la discipline ?

Le directeur de l’hôpital de Wuhan

Ai Fen en perd le sommeil, mais a le temps de partager ces nouvelles inquiétantes avec certains de ses collègues sur la messagerie Wechat. Parmi eux, le jeune docteur Li Wenliang, qui met à son tour en garde ses proches dans la capitale du Hubei et sera rappelé à l’ordre par la police quelques jours plus tard. Ce père de famille de 34 ans deviendra un mois plus tard le visage martyr de l’épidémie, en succombant de la maladie le 7 février, déclenchant un torrent de colère en ligne.

Trop tard. La machine autoritaire s’enclenche pour étouffer les révélations inquiétantes d’Ai Fen. Le 1er janvier au matin, le médecin est convoquée d’urgence par le directeur de l’hôpital en personne. La mise au point est brutale. «Vous êtes une professionnelle. Comment pouvez vous colporter une rumeur sans respecter la discipline?», la tance-t-il .

Il interdit toute communication sur le sujet et ordonne aux 200 membres de son équipe de garder sous le boisseau les informations sur la mystérieuse pneumonie, y compris auprès de leur propre famille. «Ce rappel à l’ordre m’a fait mal. Après ça, mon cœur était sur le point d’exploser», ajoute la docteure qui se mure dans le silence.

Contre-offensive à l’international

La suite est connue. Il faudra attendre encore trois longues semaines de langue de bois, pendant lesquels le virus se répand à travers la ville de 11 millions d’habitants, avant que le président Xi reconnaisse l’ampleur du défi le 20 janvier. Ce retard crucial a entraîné de lourdes conséquences pour la Chine et le reste du monde. Face à la courbe exponentielle de l’épidémie, chaque jour compte, rappellent les experts. Si la mise en quarantaine de Wuhan annoncée le 23 janvier avait eu lieu «cinq jours plus tôt», le nombre de contaminés serait de seulement «un tiers du bilan actuel» (soit 25.000 plutôt que 75.000), écrit l‘épidémiologiste chinois Zhong Nanshan, dans un article paru le 28 février dans le Journal of Thoracic Disease.

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Ce témoignage embarrassant survient au moment où le pouvoir réécrit l’histoire de l’épidémie à son avantage, tentant de camoufler ses faux pas initiaux. Alors que Pékin déclare, jeudi, que le «pic de l’épidémie» a été passé, la propagande a lancé une campagne à la gloire du leadership de Xi Jinping, et mène une contre-offensive à l’international soulignant que la Chine s’est «sacrifiée» pour le monde en plaçant Wuhan en quarantaine.

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Pékin élude également l’origine «chinoise» du Covid-19, parlant d’une menace «globale» et dénonçant bille en tête le «racisme» du Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a osé parlé du «virus de Wuhan»«Le sang et la sueur de la Chine dans la bataille du virus doivent être glorifiés comme une cause mondiale», assène l’agence officielle Xinhua. Et la façon dont le pouvoir a camouflé sa découverte à Wuhan dés décembre, doit tomber dans les oubliettes de l’histoire officielle.

https://www.lefigaro.fr/international/coronavirus-le-medecin-chinois-qui-a-sonne-l-alerte-musele-par-le-pouvoir-20200313

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6 réponses à “Coronavirus: le médecin chinois qui a sonné l’alerte muselé par le pouvoir.”

  1. Avatar Ansiv Osniv dit :

    Malheureusement des articles comme ça on en voit nul part dans la presse mainstream qui gave le public de banalités. J’espère qu’il vont pas museler la presse indépendante.

  2. François des Groux François des Groux dit :

    A la base, je ne suis pas complotiste.

    Mais sachant que toutes les grandes armées du monde – et plus encore celle d’une dictature – font mumuse avec des virus et des microbes, on peut se demander si ce COVID-19 ne sort pas d’un labo de recherche sur les armes bactériologiques…

    La grande peste de 1347 a commencé ainsi : l’assaillant mongol catapultait leurs soldats morts au-dessus de la muraille de Caffa, ville génoise de mer Noire.

    L’Irak ou la Syrie avaient des stocks d’anthrax sous technologie russe. Les Américains n’étaient pas en reste…

    Mais apparemment, pour les médias officiels genre « Décodeur du Monde », c’est un bobard ! Pourquoi ?

    Parce que cela a été démenti par les autorités chinoises. Ha, d’accord…

    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/03/06/le-coronavirus-arme-biologique-le-vrai-du-faux-d-une-video-virale_6032098_4355770.html

    https://www.lci.fr/sante/theorie-du-complot-non-le-coronavirus-n-est-pas-une-arme-biologique-creee-en-laboratoire-2147895.html

  3. Avatar Alexander dit :

    Qu’attendre d’un regime communiste si ce n’est le mensonge…

  4. Avatar vendéenne dit :

    sans aucun rapport avec le sujet de cet article .
    Même si les municipales ne sont que les municipales, la déception sur le vote des français minoritaires qui se sont déplacés est consternant à l’égard de notre lutte contre l’immigration et l’islamisation du pays . Ces français irrécupérables ont voté comme si nous étions toujours dans les années 70/80 ;
    Résultats , pour envoyer un message à micron, ils se sont reportés souvent sur la gauche ou les verts . C’est catastrophique et particulièrement perturbant pour les élections présidentielles où nous risquons d’avoir de nouveau la gauche caviar et immigrationniste au pouvoir. Quand je note les actuels résultats de villes comme Nantes , Rouen, Strasbourg ou Lille par exemple c’est édifiant si je puis dire . Le Havre, ville que je connais bien, a aussi des résultats catastrophiques avec un bataille entre un LREM et un COMMUNISTE ! C’est dément !!!! La gauche va revenir en force pour faire valser micron. Les Français sont des c–s qui ne comprendront jamais rien quant aux priorités dans leur vie. Il mettent l’insécurité dans leurs préoccupations premières et râlent contre l’islamisation mais votent pour des
    immigrationnistes laxistes pro islam pour leurs villes mises à mal par les aliens !!! Les Français sont des imbéciles incultes qui creusent leurs tombes sans s’en rendre compte. Les Français doivent arrêter de se plaindre de tout, ils n’ont que ce qu’ils méritent. Je n’ai plus aucune compassion pour mes soi-disant compatriotes et leurs morts sous les coups de l’envahisseur me laissera de marbre désormais. Qu’ils crèvent c’est tout ce qu’ils méritent et seuls ceux qui combattent l’islamisation et l’immigration auront plus que jamais de la valeur à mes yeux .

    (exit RR)

  5. Avatar Fomalo dit :

    Quoi qu’il en soit, sur le plan de potentielles armes « biologiques », nous sommes loin d’en avoir pris la mesure. Nous n ‘allons pas gloser là-dessus.. je propose aux littérateurs d’un certain âge de relire le livre « Visages immobiles » de Raymond Abellio, (éditions Gallimard) et d’approfondir l’objectif de ses constats romanesques de l’époque, non pas à l’aune de son « luciférisme » idéologique, mais de son intuition. Tout ça a bien quarante ans, c’est dire…

  6. Avatar Dorylée dit :

    J’ai suivi un cours de sécurité de la Marine Nationale à l’École des Électromécaniciens de Sécurité de QUERQUEVEVILLE (50). Le cours portait sur la sécurité NBC pour Nucléaire, Bactériologique et Chimique. Si un organisme d’État organise une formation spécifique à la lutte contre les dangers de la guerre bactériologique c’est bien parce que le risque existe. Chaque état le sait parfaitement puisque chaque état possède un labo ou une aile de labo plus ou moins officiel où l’on conserve des souches de micro organismes létaux tels que variole, anthrax et autres réjouissance diverses et variées. Ajoutez à cela que la manipulation génétique est aujourd’hui couramment pratiquée en agronomie, ychtiologie et bien sûr en bactériologie. Un virus échappé d’un laboratoire louche n’est pas complètement inenvisageable, même si Xi Jinping dis le contraire. SURTOUT si Xi Jinping di le contraire.

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