Le Parti au gouvernement en Pologne exige encore des réparations de guerre de l'Allemagne !

17 septembre 1939 : Staline s’empare de l’est de la Pologne
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Les élections parlementaires polonaises se dérouleront dimanche 13 octobre 2019. Comme à l’accoutumée, le parti au pouvoir PiS (Droit et Justice) use d’artifices pour tenter de démontrer aux Polonais que lui seul – avec la bénédiction d’un clergé de plus en plus politisé – est en mesure de défendre ses intérêts. Navrant…

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La Pologne, ça me connaît. C’est même un peu mon biberon natal quoique administré à Bruxelles sous le regard bienveillant du paternel belgo-français. J’ai un œil sur la France, l’autre sur la Pologne. Et quand je pense au Belgistan, je ferme les yeux et ainsi le problème disparaît (loi des mammifères canins félons et félins canon)

 
Réparations de guerre. Et l’Union européenne était censée souder et enterrer les anciennes querelles…
 
Le parti nationaliste chrétien au pouvoir, PiS, agite régulièrement le spectre des réparations de guerre, c’est un thème de marketing électoral très porteur et il est bon de le ressortir à la veille du 80ème anniversaire de l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht, 1er septembre 1939. On parle ici de montants astronomiques, 800 milliards de dollars environ.
 
La politique est rarement affaire d’éthique. Par le passé, le PiS s’est construit tout un tas d’ennemis imaginaires à titre de slogan politique : les hordes d’immigrés contaminés (ce fut l’adjectif utilisé par le parti) envahissant la Pologne, les Juifs, les LGBT et les damnées polonaises faisant appel à l’avortement et à l’in-vitro, quelle honte ! Bref, tout ce qui va à l’encontre de la bien-pensance du clergé polonais qui n’en rate pas une pour démolir l’islam et c’est bien là sa seule qualité.
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Quoi qu’il en soit, l’opinion publique allemande considère que le débat est clos juridiquement et politiquement. Six arguments sont avancés, liés directement ou indirectement à la cause.

  1. En 1953, la Pologne renonce aux réparations mais vis-à-vis du camarade est-allemand DDR uniquement.
  2. Dans les années 70, Bonn verse 1,3 milliard de deutsche marks à Varsovie.
  3. Reconnaissance définitive de la ligne Oder-Neisse, Traité de Moscou 1990.
  4. En 1992, Berlin verse 4,7 milliards de zlotys au gouvernement polonais.
  5. Depuis 1990, participation décisive de l’Allemagne au take-off économique polonais.
  6. Depuis 2004, versement de fonds européens (et donc allemands) astronomiques.

 
PiS ou la mémoire courte
 

Ligne Oder-Neisse. En 1945, la Pologne se déplace de 300 km vers l’Ouest et l’Allemagne perd son second foyer industriel la Silésie. Même à considérer les destructions de guerre et les confiscations industrielles soviétiques, elle bénéficiera de toute l’infrastructure urbaine laissée par les Allemands, en avance sur leur temps. À l’est, la Pologne perd d’immenses territoires agricoles, Staline se frotte les mains.

C’est très beau d’exiger des réparations a posteriori. Mais c’est oublier un peu vite les mesures prises en faveur de la Pologne par la communauté internationale.

  • 1990 Club de Paris : la Pologne voit sa dette extérieure réduite de deux tiers (32 milliards USD à 11 milliards)
  • 1992 Club de Londres : la dette de 11 milliards est réduite de moitié.

 
Et la France dans tout ça ?
 

Si les « PiSseux » se remettent au jeu des dédommagements, d’autres nations (Grèce, ex-Yougoslavie, France…) peuvent encore légitimement frapper à la porte berlinoise des réparations de guerre puisqu’elles n’ont jamais été indemnisées au prorata des pertes humaines, culturelles et infrastructurelles subies. À ce petit jeu, les Allemands remonteront dans le temps, exposeront la thèse de la responsabilité partagée de la Der des der et établiront un devis sur saccages subis sur la plaine germano-polonaise par la déferlante napoléonienne. C’est l’histoire sans fin.

Il faut être particulièrement givré ou très opportuniste pour raviver ce type de rancœur alors que ce 1er septembre 2019 devrait être un jour de recueillement et de poignées de mains germano-polonaises. Excepté son attitude bien trop complaisante envers l’islam, l’Allemagne n’a aucune leçon à recevoir du gouvernement polonais et peut même lui en dispenser énormément. La liste est fort longue, je ne citerai ici que la valorisation sociale du corps professoral allemand à comparer avec le statut de son équivalent polonais.

 
Et l’ex-URSS dans tout ça ?
 

Ce qui est totalement STUPÉFIANT, c’est que la Pologne n’émet aucune revendication de ce type à l’égard de la Russie. Très curieux puisque les Soviétiques ont envahi l’est de la Pologne le 17 septembre 1939 et que cette campagne a fait plus de victimes que l’offensive de la Wehrmacht ! Seulement voilà : le gouvernement russe se caractérise par son intransigeance, ce sera niet à tous les étages. On connaît Poutine, KO judoka s’il le faut.

En principe, Varsovie a autant de griefs à formuler envers Moscou qu’envers Berlin puisque, outre l’application des accords secrets Ribbentrop-Molotov et le massacre de Katyn de 1940 orchestré par Staline lui-même, le pays se verra privé de près de cinq décennies de développement souverain, chronologiquement jusqu’en 1989. De là cette animosité polonaise envers la Russie. À noter les très faibles échanges économiques entre les deux nations. Aujourd’hui, la nation polonaise regarde vers l’Ouest et son peuple est le plus grand partisan de l’Union européenne (90% d’Oh yeah Europa)

 
Paradoxe des paradoxes
 

Tel-Aviv entretient aujourd’hui de bien meilleures relations avec Berlin qu’avec Varsovie dont les représentants actuels véhiculent occasionnellement des propos antisémites d’une bêtise navrante. Il est grand temps de revoir les libéraux-conservateurs du PO (Plateforme Citoyenne) à la tête du pays, je croise les doigts le 13 octobre prochain ! Sa figure emblématique vous est connue, c’est Donald Tusk, actuel président du Conseil européen. Mais franchement, il serait mille fois plus utile à Varsovie qu’à Bruxelles !!! À chacun son Donald hé-hé… Personnellement je préfère la version polaque. Il n’a pas bâti de gratte-ciel à Manhattan mais est historien diplômé, université de Gdansk.

 
In fine…
 

Pour ma part, la Pologne bluffe au max. Le PiS cherche par-là à se donner des airs de respectabilité patriotique à l’approche des élections mais c’est particulièrement maladroit. Quand on est patriote, on booste les exportations polonaises vers l’Allemagne, ce qui est actuellement le cas. D’ailleurs les hommes d’affaires et commerçants à l’international de ces deux pays se fichent complètement des aboiements varsoviens à l’encontre de Berlin. Le commerce rapproche les peuples, c’est bien connu.

Ce qui est tout de même plus réjouissant que le nationalisme exacerbé et totalement immature décliné par le PiS, c’est l’extraordinaire phénomène de rejet de l’islam au sein de toutes les classes politiques polonaises, c’est super vivifiant !!! Le Groupe de Višegrad est devenu un pôle majeur de l’identité européenne. Et ici nous avons beaucoup de leçons à recevoir…  

1939 : précision contextuelle
 
En termes de rapports de forces, l’URSS est en 1939 la seconde puissance industrielle mondiale (résultats obtenus par les « méthodes » que l’on sait) et l’Allemagne troisième. Et la petite Pologne dans tout ça ? Excepté quelques industries de pointe, un pays à la traîne économiquement, sans grande maturité diplomatique et qui tente comme il peut de survivre sur la scène internationale, coincé entre deux géants totalitaires.
 
Tout ceci après deux siècles de domination prussienne, russe et austro-hongroise… Il est intéressant de noter que c’est la domination prussienne qui aura été la plus « bénéfique » – ou la moins nocive – sur les territoires polonais annexés. Les Prussiens apportent en effet une administration moderne ainsi qu’une architecture civile nettement en avance. Les Russes n’apportèrent rien d’autre qu’une occupation de type quasi féodal.
 
La responsabilité de l’URSS au niveau de la genèse des drames du 20ème siècle est écrasante. Il est impossible de définir qui de qui – Berlin ou Moscou – fut le plus monstrueux. Mais il est clair que les historiens allemands ont fait le mea culpa de leur patrie. Certains historiens russes également mais ils se trouvent systématiquement face à un barrage : celui des normes propagandistes imposées encore aujourd’hui par le Kremlin. Le 17 septembre reste un sujet tabou, il fait ombre à la grandeur poutinienne.
 

C’est bien dommage car cela ouvre les portes à une perception naïve et parfois grotesque de l’Histoire contemporaine : Staline a gagné, c’est lui le bon ! Mais ceci relève de la stratégie élaborée par le Kremlin après la « perte » des pays baltes : offrir au peuple davantage de Grandeur Russe que d’avantages sociaux. Pourquoi s’en priver puisque la recette fonctionne bon gré mal gré et que Poutine reste apprécié de la majorité ? Tant va la cruche à l’eau qu’elle fait émigrer tant de talents russes vers l’Occident…

Mais bon, connaissant le passé récent de l’URSS russifiée, il faut reconnaître que Poutine a réussi à maintenir l’église au milieu du village (dans les deux sens du terme). À mon sens, un chef d’État nettement supérieur à Trump puisqu’il a hérité d’une baraque en faillite alors que Barack légua à Donald une économie saine et performante.


Septembre 1939 : Russes et Allemands sympathisent
Hold-up parfait de Staline et 4ème démembrement de la Pologne

Drôle de libération de la Pologne ! (Libération selon l’historiographie russe)
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2 Commentaires

  1. Pour ce qui est de la Pologne, il faut lire les mémoires de Churchill. Pour la frontière Oder Neisse, Churchill considérait la Neisse orientale et non l’occidentale qui est la frontière actuelle. Il ne voulait pas déporter plus de 3 millions d’Allemands de Silésie mais en 1945, le grand homme avait largement perdu la main sur la guerre au profit des USA et de l’URSS, les deux vrais grands de Yalta et Potsdam, et les Brits ne comptaient plus vraiment !
    A noter en lisant les mémoires que si Hitler commence à perdre la main fin 1942 avec Stalingrad, Winston la perd aussi au moment de Torch, le débarquement anglo américain en Afrique du Nord en novembre 1942.

  2. Pas « take off économique » mais : « décollage économique  » . Les anglicismes sont très rarement indispensables. Vive les Patriotes belges et français et vive notre belle langue commune !

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