1789 : à nous les petites (méthodes) anglaises

Publié le 31 juillet 2019 - par - 2 commentaires

Lubuskie, Pologne, 2013. Journée Révolution Française, reconstitution des barricades. Obélix peut-il dégager ?

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Sauf erreur de ma part, le 14 Juillet est jour de réjouissances populaires : les Rafale de Tanguy & Laverdure nous rappellent la maîtrise du ciel, les bals populaires offrent de ravissants décolletés et les lendemains se soldent par de sérieuses gueules de bois.

 

Mais en 2019, pire qu’une cuite, on a eu droit à un infect coq au vin algérien. Je préfère encore la gamme des boissons écologisantes Greta® à base de jus de pétale de coquelicot biodiurétique !

 

Je n’ai point la nationalité française mais ayant été bercé de culture littéraire voltairienne et conditionné télévisuellement à la cogne bon chic bon genre de Belmondo et à la nonchalance salace de Depardieu, j’ai le droit de m’estimer lésé tout autant que vous.

1789

On présente généralement la Prise de la Bastille comme le moment clé de l’un des plus importants basculements de l’Histoire de l’humanité. Mais l’élément décisif est la Constituante du 4 Août 1789 durant laquelle fut votée la suppression des privilèges féodaux. On aurait donc tout aussi bien pu guindailler un 4 août !

Les historiens mettent en avant la combinaison de diverses causes ayant provoqué la chute de l’Ancien Régime, citons pêle-mêle : succession de mauvaises récoltes, mainmise du clergé sur l’administration temporelle, féodalité désuète, noblesse oppressante, impôts directs et indirects, privilèges d’exemption. À mon avis, un élément décisif est souvent sous-estimé voire ignoré des manuels d’histoire : le retard économique de la France sur l’Angleterre.

 

D’un côté l’Angleterre…

À la fin de l’Ancien Régime, Londres a déjà entamé sa révolution industrielle alors que la France reste une puissance agricole. Cette avance résulte de la combinaison de nombreux éléments synergiques.

Rappelons d’abord que la Guerre des Deux-Roses (1455-1485) affaiblit sensiblement la noblesse au profit du pouvoir royal. Avec les Tudor, c’est la fin du Moyen Âge et l’amorce d’une Renaissance anglaise. Signalons également une église anglicane au bras de levier moindre que celui de son homologue catholique français. Enfin, le mouvement des enclosures agricoles débute plus tôt qu’en France et préfigure déjà l’agriculture moderne sans ses communs (droit de ramassage, de glanage)

Le principal facteur de la fabuleuse révolution industrielle anglaise – avec take-off autour de 1740 – est son système parlementaire novateur : supplantant l’ancienne noblesse et une partie de l’aristocratie foncière, la haute bourgeoisie préindustrielle et commerçante y tient le haut du pavé, avec primauté du commerce maritime à longue distance. Notez également la mise en place précoce de la Banque d’Angleterre : « où va le marchand, le banquier le suit »

Certains facteurs de ce take-off sont spécifiques à la géographie anglaise. Encore faut-il qu’ils soient mobilisés, ce qui fut le cas : présence abondante de houille en sous-sol, voies fluviales facilement navigables, proximité des côtes vu le profil effilé du pays : quel que soit l’emplacement de la manufacture, la voie maritime n’est jamais bien éloignée.

Ce climat est évidemment propice à l’innovation technologique et à la remise de brevets : textile, moteur à vapeur, techniques navales et ferroviaires, agriculture font un pas de géant. Ce n’est qu’autour de 1900 que le Royaume-Uni (hors Commonwealth) sera rattrapé par l’Allemagne qui devient première puissance industrielle européenne. Elle ne quittera plus cette position qu’épisodiquement, par suicide civilisationnel.

Ainsi, grâce à son mode de gouvernance totalement novateur pour l’époque, l’Angleterre partira à la conquête du monde au moyen d’une main-d’œuvre en urbanisation croissante. Elle construira notamment la première flotte au monde, celle qui causera ultérieurement tant de soucis aux nazis. On peut déjà parler des prémices de la globalisation dont l’illustration linguistique est l’hégémonie de l’anglais.

Et de l’autre la France…

Durant la seconde moitié du 18ème siècle, la composante bourgeoise du tiers état français a pour objectif de se donner les moyens de rattraper Londres, sous peine de voir la France définitivement distancée dans la course à la production manufacturière concurrentielle. En ce sens, la charnière 1789 peut être considérée comme une révolution essentiellement bourgeoise et non paysanne ou populaire. On imagine mal en effet une paysannerie majoritairement illettrée et non structurée renverser les dignitaires de la noblesse et du clergé, sans compter une armée dont on ne spécule trop sur les intentions.

Profitant de son savoir et de son intelligence opérationnelle, surfant sur la dynamique révolutionnaire de la paysannerie et la mise en avant d’idéaux tels que liberté, fraternité et égalité (notez qu’il s’agit de trois valeurs indispensables au développement de la logique capitaliste faisant imploser le système des corporations), la haute bourgeoise visionnaire sera le fer de lance de 1789 et elle en sera d’ailleurs la principale bénéficiaire ultérieure, même si cela ne se fera sans heurt puisque, de 1789 à 1848, seront passés au banc d’essai le régime d’assemblée, l’autoritarisme, la monarchie constitutionnelle et le régime parlementaire. La totale…

Du point de vue culturel, le 18ème siècle est français par excellence. Disons simplement que Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), enfoncée dans les réalités géopolitiques d’Europe Centrale, rédige toute sa correspondance en langue française, même celle destinée à sa femme de ménage (cité par Élisabeth Badinter, une référence absolue en matière intellectuelle)

2019

Le 21ème siècle ne sera peut-être plus du tout français parce que même la Constitution de 1958 ne permet pas de régler son compte à l’islam, toujours considéré comme religion selon une curieuse éthique normative. Comme le martèle le clairvoyant Éric Zemmour, les guerres civiles urbaines ne sont pas à exclure au vu de l’excroissance islamique. Face à la lâcheté des gouvernements occidentaux, il est sans doute temps de potasser à nouveau la Guerre de Vendée, ceci à titre de bande-annonce du prochain scénario par Pathé Macroni.

Si les Brexiteurs parviennent à leurs fins, alors Londres, rêvant de sa grandeur passée, se trouvera face à une alternative : soit la Grande-Bretagne (sans l’Écosse europhile ?) renforcera son rôle de cheval de Troie des Américains (encore eux, grrrrr…), soit elle signera avec Pékin et deviendra une sorte de gigantesque plateau logistique de produits finis chinois inondant le Vieux Continent. Dans les deux cas, la recherche de la gloire globalisante passée. Mais on ne peut être et avoir été… Bye-bye London et vive la France !

 

Tanguy & Laverdure : la classe mondiale, ça c’est de la France !!!

 

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2 réponses à “1789 : à nous les petites (méthodes) anglaises”

  1. Avatar Humour Amer dit :

    On a supprimé les « privilèges » un 4 Août ? Amusant ! Ils sont revenus bien vite . . .

  2. Avatar patito dit :

    la République oublie toujours de dire que c’est le jeune (29 ans ) duc d’Aiguillon deuxième fortune de France après le roi qui propose en premier le rachat possible de privilèges à bas coût suivi du vicomte de Noailles qui va plus loin et propose de les supprimer tout simplement .
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