Vincent Lambert : mais de quoi se mêle la Cour européenne de Justice ?


sortir-europehttp://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/06/24/01016-20140624ARTFIG00467-la-cour-europeenne-ordonne-le-maintien-en-vie-de-vincent-lambert.php

Nous n’évoquerons pas vraiment le fond, à savoir le débat sur la fin de vie, qui est de l’ordre de l’éthique et qui concerne chacun, sauf pour dire qu’il me semble, à titre personnel, ce qui n’engage pas mon association qu’il me semble de bon sens de pouvoir, quand on en a la capacité et la volonté, dire qu’on ne souhaite pas finir en légume sur un lit d’hôpital et qu’on préfère la cessation des soins.  C’est bien ce qui manque dans l’affaire en question, les volontés exprimées de Vincent Lambert quand il était encore en mesure de les donner. Nous sommes en 2014, et la science permet de mourir dans la dignité, quand on le souhaite. Pourquoi devrions-nous nous en priver, puisque ce ne serait pas imposé à qui que ce soit, mais une possibilité que chacun aurait ? On n’épiloguera pas sur le sujet, nous contentant, une fois de plus, de regretter que les convictions religieuses des uns tentent d’empêcher les autres de choisir leur fin de vie. Même si le sujet est compliqué et difficile, cele ne devrait être que des choix éthiques avec des garanties, multiples, pour éviter de faire disparaître la grand-mère « qui a l’oseille » comme le chantait Brel ou celle qui coûte cher dans son Epad… Mais en tout cas, m’entendre refuser l’euthanasie au nom d’une prétendue loi de la nature ou d’une prétendue loi divine, à moi qui ne crois pas en Dieu et qui considère que la nature est le lieu de toutes les violences et barbaries, non merci !

Après ce préambule, je voudrais dire à quel point la réaction de Marine Le Pen à la décision de la Cour Européenne de Justice est juste et de bon sens, quoi que l’on pense de l’euthanasie et de la loi Leonetti :  La CEDH a demandé mardi le maintien en vie de cet homme tétraplégique en état végétatif chronique, à rebours de l’avis du Conseil d’État. Était-ce à elle de décider, a demandé France Info à l’eurodéputée frontiste. « Non, je ne le crois pas », a répondu Mme Le Pen. « Je suis pour que les lois et les institutions françaises aient le dernier mot. »

Que du bon sens et de l’attachement à la souveraineté d’un pays. On peut être en désaccord avec le Conseil d’Etat, avec la Cour de Cassation, mais au nom de quoi une cour étrangère nous dicterait-elle nos lois, nos droits et nos devoirs ?

Une fois de plus, l’Europe prouve que nous avons perdu l’essentiel, la démocratie. Par ailleurs, on peut s’interroger sur les compétences de la Cour de Justice européenne à juger en fonction de nos traditions, de nos comportements, tant être Gaulois est une singularité qui doit être prise en compte et qui n’a pas à disparaître dans l’immense gloubiboulga de la société multiculturelle mondialisée. 

Christine Tasin

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Christine Tasin

Présidente de Résistance républicaine ; professeur agrégé de lettres classiques.


9 thoughts on “Vincent Lambert : mais de quoi se mêle la Cour européenne de Justice ?

  1. JackJack

    L’Europe et Bruxelles veulent tout uniformiser pour des population qui n’ont rien en commun. Allez donc comparer le mode de vie d’un habitant d’anciens satellites de l’URSS avec celui d’un Breton, d’un Alsacien, d’un Basque ou autre région pour ne parler que de la France ? L’absurdité est à son comble. Qu’on sorte de cette UE dénuée de bon sens le plus vite possible.

  2. AvatarPhilippe le routier & Co

    Tu sais Christine, moi qui suis croyant, j’ai fait faire un acte notarié pour m’éviter un destin tel que celui qui frappe monsieur Lambert, mais aussi pour éviter à ma femme et à mes filles d’avoir à se déchirer, à s’affronter, pour savoir ce que j’aurai voulu.

    Attention, Mon notaire à été clair, cet acte notarié n’a pas de réel poids légal, puisque, le cas échéant ce ne sera pas les dernières volontés d’un mourant (d’ailleurs Vincent Lambert n’est pas mourant, le problème et bien là)

    Graziella connaît l’existence de cet acte, et la seule raison pour laquelle je l’ai fait, c’est afin que les médecins puissent agir le moment venu en ayant LA PREUVE de ce qui était MA VOLONTÉ, QUAND J’ÉTAIS EN ÉTAT DE L’EXPRIMER ! (j’espère juste que cela suffira)

    Mais la cour Européenne n’avait pas je pense à se mêler de ça.
    Je sais, Europe, Union Européenne, cour Européenne (etc) ça ne désigne pas les mêmes choses… Et pourtant, à chaque fois il y a l’Europe dans tous ça. Cette même Europe qui accorde à la Belgique le droit à l’euthanasie, alors que finalement, elle le refuse à la France, il y a tout de même ici un paradoxe sur lequel les juristes devraient se pencher.

    J’en ai déjà parlé ici, ma belle-mère est très très malade. D’ailleurs, sans notre déménagement et les soins prodigués par ma femme, elle serait morte.

    Seulement voilà, ma belle-mère (pourtant croyante également) à toujours eût peur de la mort, et, ELLE LE DISAIT !
    Elle a donc une véritable chambre d’hôpital chez elle, les soins qui vont avec, et tant pis si ça nous coûte fort cher.
    Bon, elle, elle est consciente. Incapable de parler ou de quoi que ce soit, mais, elle, « parle avec les yeux », elle vois grandir les petites, elle a même pleuré (de joie je pense) en apprenant que Graziel était à nouveau enceinte.

    La différence fondamentale avec le cas Lambert c’est que la famille entière SAIT ce qu’elle voulait, comme nous, nous savions que MA Maman (adoptive, pas l’autre garce) ne VOULAIT PAS QUE LES TOUBIBS S’ACHARNENT, si bien que, quand elle a eût un cancer on a simplement tout fait pour qu’elle en souffre le moins possible, et en trois mois ce fût fini !

    Mais il y a un problème d’ordre général je pense.
    C’est qu’on ne pourrait pas exiger des gens qu’ils le donnent leur avis.
    Tout simplement car les gens, enfin une grosse majorité, refuseront toujours d’admettre leur état de simple mortels (croyant ou non)
    Les gens éludent la question, parler de LEUR MORT, qui pourtant surviendra un jour, ça leur est insupportable.

    La mort est devenue un tabou. C’est con, mais c’est ainsi.

    Mais mon avis dans le cas Vincent Lambert (navré je vais être cru) c’est que cet homme est DÉJÀ mort !
    Seule les technologies aux services de nos toubibs le font encore « vivre » !

    Alors parfois la technologie médicale c’est très bien, sinon il me faudrait une planche spirite pour parler avec vous. Mais moi, dans mes morts, j’ai toujours été sauvable sans lésions cérébrales trop importantes à craindre (bien qu’il y en ait, la mémoire notamment)
    Mais à force, je suis devenu un expert, et moi, mon encéphalogramme n’a que rarement été plat (sauf quelques minutes, 20 c’est mon « record »)
    Mais la encore il y a des différences énormes entre cet homme et moi, c’est que moi j’étais un Légionnaire dans une condition physique parfaite avant mes « accidents », ça aide quand il s’agit de survivre ou juste de s’en sortir.
    Quelle était la condition physique de monsieur Lambert ? Quels centres vitaux ont été touchés ?

    Il y a tant de paramètres !

    Mais pour conclure, j’ai connu des comas, et rien que l’immobilité qui provoque des escares sur la peau, des douleurs articulaires etc, ces douleurs l’entourage les voit, et l’electroencephalogramme les capte (et au final soit ces douleurs tuent, soit elles réveillent le comateux)
    Or, dans le cas Lambert, personne ne parle d’activité cérébrale enregistrées, donc pour moi il est mort et c’est bel et bien un acharnement idiot dont sont victimes lui et sa famille car ceux qui espèrent sont réveil sont simplement dans ce refus de la mort dont je parle plus haut.

    C’est déjà fini pour lui, ma seule certitude c’est que lui, son esprit disons, tout ça est déjà bien loin du lit ou il gît.

    1. AvatarChristine Tasin

      Merci ami pour ce bon sens, une nouvelle fois. Tu as eu raison de déposer chez notaire tes volontés, moi j’ai adhéré à l’ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité) et j’ai transmis à mon médecin, aux personnes que j’ai désignées pour prendre les décisions si je ne suis plus capable de le faire mes volontés de refus d’acharnement thérapeutique et autres fariboles. Les miens savent ce que je refuse. Il est évident qu’on ne peut pas obliger les gens à anticiper mais que ceux qui le souhaitent puissent le faire me semble plus que légitime.

  3. AvatarSandrine

    Il y a tant et tant à dire sur ce sujet.
    Moi, ce qui me gêne, c’est qu’on n’a aucune preuve de la volonté de Vincent Lambert, autre que ce que disent les gens qui veulent le débrancher, c’est vraiment court ! Alors si au final on le débranche, les gens qui ne laissent pas de volontés claires peuvent se faire du souci. Cela ouvrira la porte à des abus.
    Ce qui me gêne aussi c’est l’arrêt de l’alimentation. L’eau et le pain me semblent un droit fondamental pour tout homme (certaines ONG en ont fait leur cheval de bataille) et faire mourir de faim un homme jeune me choque. Pour moi c’est contraire à tout. Assimiler l’alimentation à de l’acharnement thérapeutique, pour moi c’est du n’importe quoi.
    Enfin je pense, mais ce n’est pas du tout ma foi qui me fait penser cela, de plus j’ai un mari athée qui pense de même et je crois être assez indépendante de l’Eglise sur tous ces sujets, je pense donc que la dignité n’est peut-être pas là où on croit. Et si elle était, justement, dans le fait d’affronter en face sa propre mort ? D’aller jusqu’au bout de sa propre vie ? Ceci dit si un jour une loi sur l’euthanasie passe cela me sera égal, pourvu qu’il n’y ait pas de dérive, que la volonté de chacun soit respectée, que chacun puisse changer d’avis, et que les médecins aient une clause de conscience…

    1. AvatarChristine Tasin

      Tout cela est juste, Sandrine, c’est effectivement ce qui rend le cas de Vincent Lambert si difficile… Notre divergence porte sur la notion de dignité, j’ai beau chercher la dignité de certaines personnes âgées lourdement atteintes dans des epad, véritables morts-vivants quand il ne s’agit pas d’un retour au règne animal, je ne la vois pas et je n’ai ni envie d’être ainsi, préférant affronter la mort directement avant ni que les miens aient à me voir ainsi.

    2. AvatarEmma

      Bonjour Sandrine,
      Pensez-vous que les patients maintenus en survie sont alimentés et hydratés avec un plateau repas et des verres d’eau? A mon avis ils ont sous perfs permanentes. Ils n’ont même pas ce plaisir de déguster quoique ce soit ni ne pourraient distinguer le sucré du salé….et ne l’auront plus jamais. Ils ont, par contre, au moins cette chance de ne pas sentir les morsures des escarres qui envahissent leur dos comme c’est douloureusement le cas d’hospitalisés conscients. Vous dites « aller chacun au bout de sa propre vie », mais où situer ce bout ? grâce aux avancés de la médecine nous pourrions peut être imaginer qu’un jour ceux qui refusent la mort (évidente) pourront faire savoir qu’il désirent rester branché pour l’éternité devenant ainsi immortel. La question est difficile, nous devrons bien nous résigner à mourir, où, quand, nul ne le sait mais le tout est de savoir « comment » et de nous y préparer sereinement. Se poser la question : c’est quoi pour moi vivre? Il arrive dans des moments tragiques de notre existence de ressentir le sentiment intense que l’on n’a plus l’envie de vivre et de réaliser aussi *paradoxe – que l’on n’a pas pour autant l’envie de mourir. Alors quels sont ces petits riens qui font que finalement vous allez rebondir? Mais quand ces même petits rien ne seront plus perceptibles c’est quoi être en vie, si c’est irrémédiablement ne plus jamais vibrer à rien….Pour moi laisser Vincent partir est une preuve d’amour et de respect de ce qu’il à pu être

      1. AvatarSandrine

        Sauf que Vincent n’a jamais clairement manifesté sa volonté et ça c’est vraiment-vraiment gênant. Demandez à Philippe Pozzo di Borgo tétraplégique s’il a envie qu’on le débranche….comment peut-on se permettre de juger à la place des gens la qualité de la vie qu’ils vivent ?…

  4. AvatarEmma

    Bonjour,
    Je ne connais pas l’ADMD, merci Christine je vais contacter. Pour ma part j’ai écrit mes volontés à ce sujet – écrit à la main – et j’ai placé le papier dans mon porte feuille avec ma carte de groupe sanguin,carte vitale…. J’y nomme expressément la personne – celle qui partage ma vie depuis 30 ans – que je désigne comme unique personne à prendre les décisions adéquates si je ne suis plus capable de le faire et respecter que je ne veux pas de maintien en vie artificielle ni d' »acharnement ». J’y joints le n° de mon médecin traitant qui connait parfaitement ma position. Je ne sais si c’est valable et si la loi accepterait au cas où…mais au moins je l’ai formulé, en attendant que le sujet se mette mieux en place chez nous.

    1. AvatarChristine Tasin

      Il vaut mieux adhérer à l’ADMD, il y a un protocole très simple et une trace de ce qu’ils appellent « directives anticipées » (qui manquent dans le cas Lambert ) ils conservent un double, vous aussi ainsi que chacune des personnes chargée de gérer… vous pouvez en nommer plusieurs au cas où la première ne soit pas disponible ou en état le jour où … C’est Romero qui préside, il est remarquable à part qu’il vient d’adhérer au PS… nobody is perfect !

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