L’islam facteur de désertification selon les meilleurs historiens, par Jean Brady

A l’heure de la comparaison entre les civilisations, voilà ma modeste contribution.

L’expansion de la civilisation islamique a correspondu à un déclin démographique, qui s’accompagne d’une anarchie endémique d’un déclin des infrastructures (canaux d’irrigation) et d’un déclin agricole, dans le même temps l’Europe chrétienne a connu des progrès démographique et agricole.

Au point que l’on peut parler d’une montée de la steppe et du désert dans l’ensemble de l’empire musulman ! Les historiens parlent de bédouinisation pour décrire ces phénomènes qui s’étalent sur des siècles.
Cela paraît étonnant pourtant de nombreuses sources indépendantes et fiables ( des historiens spécialistes de la région) confirment ces faits .
Pourtant ces phénomènes sont peu connus d’une part parce que l’histoire longue est moins bien connue que l’histoire événementielle, d’autre part parce que l’histoire est souvent mythifiée, comme le dit l’universitaire Yves Montenay dans « nos voisins musulmans », les belles lettres, 2004 :

« l’histoire est souvent mythifiée : comme en occident à la même époque, la splendeur des palais ne doit pas cacher le reste, en particulier l’écart va se creuser entre les classes motrices européennes et orientale. Ces dernières sont handicapées par l’insuffisance de l’état de droit, du fait de l’instabilité de l’état, notamment du fait de l’incertitude des successions au sommet du pouvoir…comme par ailleurs le sultan peut saisir tous les biens d’ex-serviteurs ou d’adversaires, cette incertitude à la fois politique et patrimoniale a certainement pesé lourd sur le développement de ces pays en paralysant les projets à long terme » page 29,30.

Pour une comparaison globale voici un extrait « d’Histoire du monde au 15 ième siècle »
Librairie fayard 2009 sous la direction de Patrick Boucheron maitre de conférence à paris un Sorbonne

Voilà ce que dit Gabriel Martinez Gros, professeur d’histoire à l’université paris 10, Nanterre page 638, 639

L’auteur parle de la « stagnation voire du recul démographiques de ces vieilles terres (le monde de l’islam) qui doit être probablement associé à leur « bédouinisation » au sens le plus commun , c’est-à-dire à la poussée nomade à la fois politique ‘(sous forme de confiscation de l’impôt par des tribus entrées à ce prix au service des états) et économique (sous l’aspect du recul du terroir arable au bénéfice de terre de parcours ou de pacage) » .
Ce déclin agricole s’accompagne d’un déclin démographique
L’auteur en utilisant les travaux de Jean Noel Biraben, montre que de l’an 1000 à 1500 la population de l’Egypte et du Maghreb est passée d’environ 10 millions à 8 millions d’habitants.
La population du croissant fertile, Iran, Anatolie , Arabie, Afghanistan est passée de 38 à 29 millions dans le même temps.
Dans le même temps l’Europe est passée de 30 à 67 millions d’habitants.

La comparaison est éloquente ! Car même si les terres musulmanes ont encaissé comme en Europe la peste, la population en Europe a plus que doublé sur la période, elle a diminué en terre d’islam !

Voilà un fait humain massif, la dépopulation, qui est à lui seul un terrible constat d’échec de la civilisation islamique. Il suffit d’imaginer que le même phénomène se produise en Europe nous n’aurions jamais connu la civilisation industrielle…

Il existe d’autres sources qui confirment ce déclin agricole et démographique jusqu’au 19 ième siècle :

Dominique et Janine Sourdel historiens et spécialistes du monde musulman dans la civilisation de l’islam classique édition arthaud 1983
page 251
Ces historiens parlent de » terres fertiles livrés à une transhumance qui devait en altérer profondément le paysage…l’exemple le plus significatif : la vaste plaine d’Irak qui avait été depuis les temps les plus reculé promis à une exploitation agricole prospère, resta intensément cultivé à l’époque islamique tant que son réseau de canaux resta en bon état », remarquons que les auteurs disent « qu’aucun changement climatique visible ne semble être à l’origine de ce déclin des systèmes d’irrigation, simplement :
« les populations ne recevaient pas d’aide du pouvoir central pour des travaux de grandes envergure »
Les auteurs montrent des cartes de la région de Bagdad montrant la décadence du réseau de canaux du 7 ième au10 ième siècle, donc en plein « âge d’or « de la civilisation islamique…

page 254 les auteurs généralisent

« ce qui se passa en Irak se déroula dans d’autres régions de grands fleuves : l’Oxus, Amou Darya, l’Hilmend, le Heri Rud, là encore les jardins les vergers disparurent pour laisser la place à des étendues désertiques »

-Georges Peyronnet, qui fait une synthèse des différents travaux d’historiens, dans » l’islam et la civilisation islamiques 7ième 13 ième siècle », armand colin1992, page 283
la Syrie passe de 2,8 millions d’habitants en 1600 à 1,5 millions en 1800,
la population de l’Égypte décroît de 1600 à 1800 passant de 4,5 millions à 2,3 millions .

• -Charles Saint-Prot dans « l’histoire de l’Irak » Ellipses Marketing ,1998
spécialiste de l’Irak auteur de nombreux ouvrages sur le monde arabe.
» page 42 à la fin du 6 ième siècle la population irakienne s’élève à environ 6 millions d’habitants, le pays reste riche car les grands acquis de la civilisation mésopotamienne ont été préservés : les techniques agricoles, un bon réseau d’irrigation et de barrages , beaucoup d’Arabes(avant l’islam) sont venus s’installer sur ce territoire prospère. »
Pour le déclin démographique lisons page 283 dans un tableau récapitulatif, en citant des études d’autres historiens, il donne des chiffres d’environ 5 millions d’irakiens en 1600 et 2,5 millions en 1800 ; ces chiffres sont confirmés par Pierre Pinta, dans «l’histoire de l’Irak ».
-Pierre Pinta, pour l’empire abbasside du 8ième au 12ième siècle selon l’historien pierre pinta, dans «l’histoire de l’Irak » Karthala, Paris, 2003, page 129
« les mouvements contestataires perdurent et plongent régulièrement l’empire abbasside dans le chaos »
page 130 »l’Irak plonge dans l’anarchie et la décadence »
Pour l’Irak du 15 ième au 19 ième siècle, l’historien pierre pinta parle « d’état de guerre quasi-permanent qui n’a pas facilité les échange».
Page 138

Ces chiffres sont impressionnants ! En 1200 ans d’islam en Irak la population passant de 6 millions à 2,5 millions. Le fait que sous l’ère de l’islam la population de l’Irak a était divisé par 2,5 du 6ième au 19ième siècle, est un phénomène unique dans l’histoire des civilisations, en tout cas à ma connaissance, car ce déclin démographique affecte une période de près de 1200 ans.

Dans le même temps on note les progrès agricoles et démographique de l’Europe .
Dans « le moyen âge en occident » Balard, Genet et Rouche universitaires paris un et paris Sorbonne
Hachette 1997 page 97
les auteurs notent dès le 9 ième siècle « le réveil des campagnes, »
« sur le moment viking et musulmans semblèrent avoir fait reculer par leurs destructions, la vie rurale et la production agricole. En fait les dommages furent vite réparés. Bientôt une certaine augmentation démographique se dessine dans la deuxième moitié du 10 siècle : les défrichements ont même débuté à la fin du 9 ième siècle dans certaines régions. En Flandre à la même époque 9 ième sièce on commence à dessécher les marais maritimes ».
Et les auteurs nous parlent d’expansion agricole en Espagne du nord, en Italie en France, Flandre…
La croissance continue on note :
Page 108
« L’essor du monde rural du 11 et 13 ième siècle »
Pour illustrer ces progrès quantitatifs et qualitatifs
« les progrès des rendements qui doublent entre l’époque carolingienne (7ième siècle) et le 13 ième siècle » page 111

Tous ces historiens montrent une chose claire, une divergence nette et de longue durée entre l’occident chrétien et  l’orient musulman, dire que l’occident doit son développement à l’orient musulman est donc essentiellement faux.
Je prends un exemple pour illustrer mes propos, certes le papier est venu d’orient musulman, alors qu’il a été inventé en chine. Mais aucun spécialiste en sciences humaines ne peut croire que le papier aurait permis à une Europe anarchique en déclin démographique et agricole de se développer. Dans le même ordre d’idée l’apport philosophique venu des terres d’orient n’aurait eu que peu d’impact pour la croissance en Europe si celle-ci n’avait pas connu de développement agricole et démographique.

Jean Brady. Professeur de sciences sociales et économiques.

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