Avec Alphonse Daudet, le sous-préfet allait aux champs.
Avec Sébastien Lecornu, la sous-préfète va aux loups.
Les écologistes ont un moindre défaut : c’est leur rapport au réel.
Ils sont souvent caractérisés par une ignorance abyssale du terrain compensée par de vibrants discours sur la « biodiversité » et le « vivant ».
Prenons-en un exemple : celui des murs végétalisés, nouvelle marotte des écolos-bobo urbains. Un post Facebook circulant actuellement sur les réseaux sociaux illustre superbement cette naïveté béate :
Post accompagné d’une magnifique planche botanique :
Les écolos-bobo urbains ont une vision étrange de l’écologie.
Ignorant tout de la nature, ils s’acharnent cependant à l’idéaliser avec une naïveté finalement assez touchante.
Après avoir déserté la vraie nature de nos campagnes pour se claquemurer dans des villes, ils viennent ensuite donner des leçons d’écologie.
Ah, évidemment : un mur couvert d’herbes folles dans lesquelles butinent les abeilles, batifolent les lézards et copulent les gendarmes, ça a de la gueule, n’est-ce pas[1]!
À première vue, ce sont de belles idées mais, comme d’habitude, elles ne résistent pas à l’examen.
En effet, laisser pousser ces herbes sur le mur est la plus sûre façon de le détruire.
Les systèmes racinaires des plantes provoquent des dégradations parfaitement connues et documentées.
Nous pouvons citer :
Les mécanismes de dégradation physique:
Les racines exercent une pression mécanique considérable sur les joints et les pierres. Ce phénomène provient des cellules des radicelles qui s’infiltrent d’abord dans des fissures capillaires (parfois inférieures à 0,1 mm)
- En croissant, elles exercent une pression radiale pouvant atteindre 1,5 MPa, suffisamment pour élargir les fissures dans des mortiers calcaires anciens à la manière d’un vérin.(1,5 MPa, c’est six fois la pression de l’air dans un pneu de voiture)[2]
- Le cycle répété humidification/dessèchement amplifie considérablement ce phénomène : les racines gonflent, le mortier se délite.
La dégradation chimique par les exsudats racinaires :
Les racines sécrètent des acides organiques (notamment citrique, oxalique, malique) qui :
- Chélatent les ions calcium du calcaire et du mortier à la chaux[3]
- Provoquent une dissolution progressive des carbonates
- Créent un environnement favorable aux biofilms bactériens et fongiques qui poursuivent la dégradation
Ce mécanisme est bien documenté sur les monuments historiques. La cymbalaire (Cymbalaria muralis) elle-même, si joliment décrite dans l’article, est connue des restaurateurs de patrimoine pour ses dommages sur les tuffeaux et les calcaires tendres.
Le cas de la pariétaire est le plus emblématique. Ironiquement, c’est la plante que l’article défend implicitement : « que les maçons arrachent systématiquement » (comme si c’était une action hautement répréhensible). Cependant, il faut considérer que la pariétaire :
- Est dotée de racines pivotantes profondes qui s’insinuent dans les joints jusqu’à une quarantaine de centimètres.
- Produit une grande quantité d’oxalates dans ses exsudats
- Provoque une régénération rhizomateuse après arrachage superficiel, ce qui rend les racines résiduelles encore plus destructrices si on coupe la plante sans l’extraire complètement
Les services des Monuments Historiques classent la pariétaire parmi les végétaux prioritairement à éliminer sur les édifices anciens.
Ce n’est pas un hasard si le nom vernaculaire le plus répandu de cette magnifique plante est « perce-muraille » (voire « brise-pierre » dans certaines régions).
L’article mentionne les araignées dans les mousses, mais les mousses posent un autre problème : celui de la rétention hydrique. En effet, une couverture de mousse maintient l’humidité contre le mur, favorisant les cycles gel/dégel destructeurs dans les pays à hiver continental.
Enfin les lichens via les acides lichéniques (Lichen acids[4]) qu’ils produisent, dissolvent lentement la surface des pierres. Ce processus est bien documenté sur les sculptures des cathédrales.
Voilà!
À vous de voir.
Il est très probablement préférable de voir ces plantes pousser ailleurs que sur les murs où elles rendront les mêmes services aux abeilles et autres bestioles.
Cet exemple démontre une fois de plus qu’en s’appuyant sur de bons sentiments, les écologistes développent des théories fumeuses pour les étayer.
Qu’il s’agisse d’énergies renouvelables, de ZFE, d’interdiction du chauffage au bois, des loups ou de la réintroduction des ours, les mécanismes sont toujours les mêmes.
L’écologie militante est une collection de belles idées qui ne marchent pas.
La vraie écologie demande un peu moins de rêve et exige un peu plus de connaissances.
Mais si les technocrates qui nous dirigent s’avèrent très forts pour développer et défendre des théories fumeuses, ils le sont plus encore pour leur méconnaissance absolue du terrain.
Je crains que nous n’ayons bientôt l’occasion de le vérifier une nouvelle fois….
En effet, ce mercredi 8 avril 2026, le Conseil des ministres a nommé Claude Dulamon préfet délégué chargée de l’ours et des prédations pour la région Occitanie.
C’est là qu’on réalise pleinement que la France est quand même encore un pays riche. Les ours y ont droit à un préfet!
Claude Dulamon possède une licence en lettres modernes.
Elle était sous-préfet à Senlis.
Gérer la problématique du loup en Occitanie tombe donc pile-poil dans ses compétences.
Du moins est-on en droit de le supposer…
On attend donc avec délectation les prochaines déclarations de « la préfète du loup ».
Bonne chance, Madame Dulamon!
Raoul Girodet
[1] Je m’empresse de préciser que nonobstant ma légendaire impertinence, je ne visais que les Pyrrhocoris apterus figurant sur cette photo :La très haute opinion que je porte à notre gendarmerie m’interdirait évidemment de proférer le moindre propos susceptible de porter atteinte à sa dignité.
[2] Misra et al., 1986, Soil & Tillage Research
[3] Dakora & Phillips (2002) dans Plant and Soil
[4] Acides usnique, psoromique, norstistsique et stictique notamment;
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Bonjour, moi je suis pour la réintroduction de l’ours! Il parait qu’un bon gigot n’est pas à dédaigner!😅 Bonne journée.
Seule solution, licencier toute la clique aux prochaines élections.