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- Les Choses de la vie, roman de Paul Guimard (1967)
- Les Choses de la vie, film de Claude Sautet (1970), adaptation du roman
Sorti en 1970, Les Choses de la vie raconte l’agonie intérieure de Pierre (Michel Piccoli), architecte quadragénaire, après un accident, entre sa femme Catherine, son fils et sa maîtresse Hélène, incarnée par Romy Schneider.
Le film, prix Louis-Delluc et grand succès populaire, appartient à cette veine Sautet des années 70 où la France se regarde dans son miroir bourgeois, encore sûre de son mode de vie, de ses cafés, de ses routes départementales, de sa sociabilité « à la française ».

De quoi sommes-nous vraiment nostalgiques en revoyant Les Choses de la vie ? Les Choses de la vie ne nous ramène pas vers une époque révolue, mais vers un regard sur le monde que nous avons perdu. Ce que Sautet filme en 1970, ce n’est pas seulement l’histoire de Piccoli coincé entre deux femmes, c’est une manière d’habiter le temps qui nous est devenue étrangère.
Ce qui nous saisit d’abord, c’est la lenteur du film. Non pas une lenteur esthétisante, mais celle de la vie même : les dimanches qui s’étirent, les déjeuners qui n’en finissent pas, les silences entre deux phrases. Sautet prend le temps de filmer un homme qui regarde par la fenêtre, une femme qui fume une cigarette, un couple qui ne dit rien dans une voiture.
Aujourd’hui, ces temps morts nous manquent cruellement. Notre époque a horreur du vide, remplit chaque interstice, accélère chaque transition. Revoir ce film, c’est retrouver le goût d’une époque où l’ennui était encore possible, où les moments creux n’étaient pas des bugs mais la texture même de l’existence.
Cette émotion s’attache aussi à la matérialité du monde que filme Sautet. Les objets y ont un poids, une présence : la Peugeot 504 qui file sur l’autoroute, le tourne-disque qui crache du Beethoven, les chemises que Catherine repasse, les verres de vin qu’on pose sur la table. Ces choses-là ne sont pas des accessoires de décor, elles sont les vraies protagonistes du film, les témoins silencieux d’une vie qui se vit au présent. Face à notre monde dématérialisé, où tout glisse sur des écrans, cette solidité nous fascine et nous manque.
Mais le trouble le plus profond concerne les relations amoureuses. Non pas que le film présente un âge d’or sentimental – l’histoire de Pierre, Hélène et Catherine est faite de mensonges, de lâcheté, de compromis douloureux. Mais il existe dans ces rapports une forme de franchise brutale, une acceptation de l’ambiguïté qui nous est devenue presque impossible. Les personnages de Sautet ne cherchent pas à tout définir, à tout nommer, à tout rendre transparent. Ils acceptent l’opacité des sentiments, la coexistence de désirs contradictoires, l’impossibilité de choisir parfaitement. Cette sagesse mélancolique, cette permission donnée à l’incertitude, voilà ce qui nous touche dans une époque où chaque relation doit être labellisée, optimisée, clarifiée.
Ce qui rend Les Choses de la vie si puissant aujourd’hui, c’est peut-être cette liberté là : celle de ne pas tout comprendre, de ne pas tout expliquer, de laisser les contradictions cohabiter sans les résoudre. Le film se termine sur un accident, sur une vie qui s’arrête au milieu d’une phrase. Rien n’est conclu, rien n’est vraiment résolu. Et c’est précisément cette suspension qui nous parle : vivre sans avoir besoin de tout boucler, de tout justifier, de tout transformer en récit cohérent.
Revoir ce film, c’est donc rencontrer non un passé idéalisé, mais une possibilité perdue : celle de vivre avec ses zones d’ombre, ses erreurs, ses désirs contradictoires, sans être sommé de les éclaircir ou de les corriger. C’est reconnaître une époque où l’on pouvait encore se tromper sans que cela devienne immédiatement une faute morale, où l’on pouvait hésiter sans être accusé de lâcheté, où l’on pouvait aimer mal sans cesser d’aimer vraiment.
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La musique du film Les Choses de la vie est composée par Philippe Sarde, alors âgé de 22 ans.
Son thème principal, mélancolique en La mineur pour orchestre symphonique (cordes divisées, cors, piano), symbolise l’intériorité des personnages, avec la chanson La Chanson d’Hélène chantée par Romy Schneider et Michel Piccoli.
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