Mardis de l’archéologie : magnifique statue d’Athéna retrouvée en Turquie

 

L’égide est une protection que porte Athéna, un bouclier particulier.  Elle est constituée de la peau de la chèvre Amalthée sur laquelle Pallas (Athéna) a fixé la tête de la Gorgone. Le nom de l’égide est manifestement dérivé de celui de la chèvre : αιξ, αιγοσ.

Athéna portant l’égide

Dans la mythologie grecque, Amalthée allaite Zeus caché sur le mont Ida en Crète où l’a caché sa mère Rhea pour le sauver de son père Cronos qui dévore ses enfants… Des cornes d’Amalthée coulent nectar et ambroisie, et l’une d’elles deviendra la « corne d’abondance ». Selon certaines sources, à la mort d’Amalthée, ce sera Zeus qui utilisera sa peau pour recouvrir son bouclier.

 

Turquie : une Athéna monumentale retrouve la lumière au théâtre antique de Laodicée
Des archéologues ont mis au jour lors de fouilles menées dans le théâtre occidental de la ville antique de Laodicée, dans la province turque de Denizli, une statue d’Athéna en marbre mesurant près de deux mètres.

Le théâtre occidental de Laodicée, qui date du IIe siècle avant notre ère, possédait un bâtiment de scène à l’architecture élaborée : la structure était organisée sur trois niveaux, chacun rythmé par seize colonnes. Entre ces colonnes prenaient place des sculptures de divinités, de rois et de personnages liés aux récits homériques. L’ensemble composait un décor spectaculaire, destiné autant à impressionner le public – entre 8 000 et 15 000 spectateurs selon les estimations – qu’à inscrire le lieu dans la culture littéraire et mythologique de son époque.`

Homère au programme
Les fouilles menées ces dernières années ont d’ailleurs révélé plusieurs fragments sculptés liés à ce programme iconographique, notamment à l’Odyssée et aux mésaventures d’Ulysse tentant de rejoindre Ithaque : sa rencontre avec les Lestrygons, géants féroces et anthropophages, la grotte du cyclope Polyphème ou encore le monstre marin Scylla.

Athéna remonte sur scène

La statue d’Athéna a été découverte sous des décombres à l’arrière du bâtiment de scène. Sa tête, malheureusement cassée, n’a pas encore été retrouvée. Un détail technique confirme la fonction décorative de l’œuvre : le dos est inachevé. La statue devait donc probablement être placée contre un fond architectural ou entre des colonnes pour être vue uniquement de face.
La statue mesurant près de deux mètres porte un péplos sans manches et un manteau. © Ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Turquie
Une œuvre de grande qualité
La déesse porte un péplos sans manches et un manteau. Sa poitrine est protégée par l’égide, reconnaissable au visage de Méduse et aux serpents, cuirasse merveilleuse symbole de la puissance protectrice d’Athéna. Le rendu des plis du tissu et des volumes témoigne d’une grande qualité d’exécution. La sculpture pourrait être rattachée à l’époque augustéenne, entre 27 avant notre ère et 14 de notre ère, période marquée par le retour à des formes équilibrées inspirées des modèles grecs.

La déesse fait dans le textile
La présence d’Athéna prend une signification particulière à Laodicée, réputée dans l’Antiquité pour sa production textile. Outre sa dimension guerrière, la déesse incarne en effet l’intelligence technique et préside aux savoir-faire artisanaux, notamment au tissage et aux arts du fil. Dans la mythologie, cet aspect apparaît notamment dans l’épisode d’Arachné, célèbre tisseuse lydienne qui ose la défier.
La statue a été découverte sous des décombres à l’arrière du bâtiment de scène. © Ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Turquie

Un patrimoine à préserver
Cette découverte, annoncée sur les réseaux sociaux par le ministre de la Culture et du Tourisme turc Mehmet Nuri Ersoy, permet aux autorités de mettre en avant le programme national « Un héritage pour l’avenir » destiné à soutenir les fouilles archéologiques, la restauration et la valorisation des sites antiques en Turquie et de rappeler le rôle de Laodicée dans la diffusion des références mythologiques, artistiques et littéraires du monde gréco-romain en Asie Mineure.
La poitrine de la déesse est protégée par l’égide reconnaissable au visage de Méduse et aux serpents, cuirasse merveilleuse symbole de la puissance protectrice d’Athéna.

© Ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Turquie

 

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6 Commentaires

  1. Bonjour Christine et merci! C’est en effet une découverte majeure ! Bien que les représentations d’Athéna, ne soit pas vraiment rare, la finesse des details sur celles-ci est particulièrement remarquable. Je suis sûr qu’il doit encore il y avoir de belles découvertes à faire. Espérons que cela ouvrira l’esprit des turcs, qui verront par l’art, que l’apport du monde méditerranéen occidental, avait aussi de très bons côtés. Bonne journée

  2. Bonjour,

    Magnifique, Christine, merci, c’est extraordinaire !!

    Néanmoins j’ai la rage de savoir que cette merveille est entre les mains de ces monstres musulmans turcs : les bourreaux coloniaux sangunaires de la civilisation qui nous a donné ce chef d’oeuvre.

      • Les « Turcs » (en réalité des Grecs islamisés de force) considèrent les ruines d’Ephèse comme des ruines turques. Dans leur logique, ils sont les héritiers des Hittites.
        Il serait plus juste de dire Anatolie que Turquie.