Le Président (1961) : quand le grand Gabin nous donnait une leçon d’État

Jean Gabin, Henri Crémieux et Bernard Blier.

Jean Gabin y trouve un rôle à sa mesure, un rôle politique, un rôle républicain.

« La politique, Alamary, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Pour vous, c’est l’art de rendre nécessaire ce qui est possible pour vos amis. »

Il est des films qui, comme le bon vin, se bonifient avec le temps. Le Président, réalisé en 1961 par Henri Verneuil, appartient à cette catégorie précieuse. C’est un film qu’on regarde avec une pointe de nostalgie, celle d’une époque où le cinéma prenait le temps de construire des personnages de légende et où la langue française était une arme de précision.

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Le Lion en son domaine

Imaginez la silhouette massive de Jean Gabin, les cheveux blanchis, la pipe au coin de la bouche, incarnant Émile Beaufort. Cet ancien Président du Conseil, retiré dans sa demeure de La Chesnaie, n’est pas un vieillard qui abdique. C’est un lion au repos qui surveille son territoire.

L’histoire nous plonge dans les coulisses du pouvoir : alors qu’une crise ministérielle secoue le pays, Beaufort voit surgir l’ombre de son ancien secrétaire, Philippe Chalamont (Bernard Blier). Entre les deux hommes, le passif est lourd, et le face-à-face qui s’annonce est un régal de tension psychologique.

Un casting de géants

Ce qui touche au cœur dans Le Président, c’est cette alchimie parfaite entre les acteurs.

  • Jean Gabin y trouve l’un de ses rôles les plus majestueux. Il incarne une certaine idée de la France : droite, un brin bourrue, mais viscéralement intègre.

  • Bernard Blier, en face, est sublime de retenue et de nervosité contenue. Son talent est d’exister face au « Patron » sans jamais faiblir.

On regarde ces deux-là s’affronter comme on regarde un match de légende. Chaque échange est une leçon d’acting.

La magie des mots de Michel Audiard

On ne peut pas parler du Président sans évoquer son dialoguiste. Michel Audiard délaisse ici l’argot des truands pour offrir à Gabin des répliques d’une noblesse rare. C’est une langue magnifique, riche, qui nous rappelle la puissance du verbe.

Que ce soit lors du célèbre discours à l’Assemblée ou dans le secret d’un bureau de bibliothèque, les mots claquent comme des coups de fouet. On se surprend à sourire devant tant d’esprit et de repartie. C’est un festival d’intelligence qui nous rend, nous spectateurs, un peu plus intelligents à notre tour.

C’est un film qui nous rend fiers de notre patrimoine cinématographique. Un classique indémodable qu’on prend plaisir à redécouvrir, seul ou en famille, pour le plaisir de voir « les grands » à l’œuvre.

Jean Gabin et Alfred Adam

Hans Meyer à droite, devant la bourse. Depuis mai 2021, ce bâtiment n’accueille plus d’activités financières. Il a été restauré et transformé pour abriter la Collection Pinault.

Jean Gabin, Henri Crémieux et Christiane Barry

Hélène Dieudonné

Renée Faure

Louis Seigner et Bernard Blier

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5 Commentaires

  1. Merci pour nous rappeler du grand monsieur Jean Gabin et du grand monsieur Michel Audiard .Film que je revois avec toujours autant de plaisir .

  2. Merci Jules pour ce rappel. À mon humble avis, la politique a toujours été faite de coups tordus, de petites et de grandes trahisons. Qui n’a pas été député ne saurait se faire une idée du vide humain. (Léon Daudet.) Seulement ceux d’aujourd’hui, en particulier LFI, n’ont pas la classe de leurs aînés.

      • Bonjour Lee and Colbert , exactement, les lfistes c’est le vide intersidéral , pour être un peu plus explicite je dirai le néant et il y en a d’autres du même acabit .

  3. Merci pour cet hommage. Film inoubliable que j’ai du voir et revu plusieurs fois et que je reverrais une nouvelle fois avec le même plaisir. Une bonne leçon pour nos politiques actuels dont la médiocrité est abyssal.