J’ai passé 2 jours au procès intenté par la prof gaucho Djigo contre Jardin et Zemmour

La dix-septième chambre du Tribunal correctionnel de Paris s’est mobilisée pendant deux jours, les 30 et 31 mars 2026 pour audiencer « l’affaire Sophie Djigo », cette enseignante en Hypokhâgne du lycée Watteau de Valenciennes, qui, après avoir programmé une sortie scolaire dans la jungle de Calais prévoyait de rencontrer  l’association pro-migrants, Migraction 59, dont elle était co-fondatrice en 2018, a fait l’objet d’une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux. La salle est pleine. La plaignante, qui se vante d’avoir poursuivi 5 internautes pour cyberharcèlement, est présente. Cinq avocats pour la défense (trois femmes et deux hommes) et quatre avocats hommes pour l’accusation. L’infraction en cause ? Diffamation et complicité de diffamation à l’encontre de Mme Djigo.

Pas moins de neuf accusés pour ce procès hors du commun, parmi lesquels Éric Zemmour, qui avait parlé d’endoctrinement en faveur du grand remplacement, Sandrine Duminy, coordinatrice nationale de l’association Parents Vigilants, trois élus locaux du RN et de Reconquête mais aussi notre collègue Patrick Jardin et Guy Sebag, en sa qualité de directeur de publication de Riposte Laïque.

Dès 2022, l’affaire avait fait grand bruit ! Olivier Faure, secrétaire général du Parti Socialiste, avait déclaré qu’Éric Zemmour utilisait les mêmes méthodes d’intimidation que les islamistes radicaux pour faire pression sur les enseignants. Le journal Le Monde relaie une pétition qui sera notamment signée par Annie Ernaux, prix Nobel de littérature. Le ministre de l’Éducation Nationale de l’époque, Pap N’Diaye du gouvernement Borne, intervient dans la polémique  pour affirmer que l’un des objectifs de l’Éducation nationale était de se battre contre les idées du Front National !

Quatre prévenus sur les neuf ont fait le déplacement et se succèdent à la barre pour répondre aux questions de la présidente, afin de mettre en lumière « les éléments de personnalité » de chacun.

Sandrine Duminy expose les objectifs de son association et se désole que l’affaire se transforme en un procès politique.

Simon Flahaut, conseiller municipal et ex-militant de Reconquête est pris à parti par les avocats de l’accusation : on lui reproche d’avoir signé le communiqué qui avait mis le feu aux poudres, sans avoir suffisamment vérifié ses sources alors qu’il avait pourtant adressé un mail au rectorat resté sans réponse.

Un avocat de l’accusation, Maître Julien Ortin, ne manque pas d’audace : « Pensez-vous que l’événement a été utilisé par Éric Zemmour pour faire du buzz » ? Un autre lui demande s’il avait pris la précaution de demander à l’élève lanceur d’alerte quel était le contenu des cours de Mme Djigo.

Puis c’est le tour du député Alexandre Dufosset, conseiller municipal de Valenciennes qui nous dit qu’il était important de faire une réponse politique à cette sortie scolaire, en accord avec le respect du principe de neutralité du service public. Maître Ortin lui tombe dessus : « Connaissez-vous les opinions politiques de Mme Djigo ? Qu’est-ce qui vous permet de dire que ses opinions sont imposées aux étudiants ? (…) Est-ce que, selon vous, des étudiants sont dénués de la possibilité d’avoir du recul ? (…) Est-ce que le devoir de neutralité est le même en CM2 et en classe préparatoire ? (…) Avez-vous le sentiment d’être responsable, compte tenu de votre parti politique, du harcèlement de Mme Djigo ? »

Maître Raphaël Kempf, avocat de la plaignante, est bien connu pour sa candidature LFI aux élections législatives de 2024 où il a été gratifié de 38,84 % des suffrages au premier tour, par les bobos de Paris 1er  (ce qui fait moins du quart du corps électoral compte tenu des abstentions). Il charge le député sur le terrain du délit d’opinion : « Pensez-vous que la question migratoire pose un problème pour la souveraineté nationale ? (…) Est-ce que les publications de Mme Djigo étaient au programme de ses étudiants ? »

Un avocat de la défense, Maître Georges Julien Sauveur, fait remarquer qu’en classe préparatoire, les copies ne sont pas anonymes, contrairement à ce qui se passe en université. D’où une autocensure possible de ses opinions personnelles, de la part des étudiants.

Enfin, Joshua Hochart, sénateur RN et conseiller municipal de Denain, est interrogé. Il était le directeur de publication de la page Facebook mise en cause. « Avez-vous connaissance de commentaires violents ? » lui demande la présidente.

Après ces interrogatoires, des témoins sont invités à prendre la parole après avoir prêté serment : « Je jure de dire toute la vérité, et rien que la vérité ! ». La présidente rappelle qu’ils doivent témoigner par rapport aux faits, objets de la procédure.

Pour garantir leur impartialité, ils attendent en dehors de la salle d’audience et ne se présentent qu’après y avoir été invités par un policier.

L’accusation avait démarché Éric Fassin, sociologue bien connu  pour ses engagements politiques. Il travaille sur la politisation des questions sexuelles et raciales, en France et aux États-Unis. Il cite d’abord ses travaux, gages de sa crédibilité. Il insiste sur le fait que Mme Djigo n’a fait l’objet d’aucune sanction de la part de son institution et que cette dernière n’autorise pas à « faire n’importe quoi » ! « Il y avait un projet d’établissement. Mme Djigo a bénéficié de la protection institutionnelle ».

crédit citephilo.org

Puis il poursuit : « On accuse une prof de faire de la propagande, mais est-ce que n’importe qui peut juger le travail d’un enseignant, y compris des gens qui font de la politique quotidiennement ? »

Il vise Reconquête. Pour lui, s’en prendre à une personne, quitte à la mettre en danger et porter atteinte à son honneur, n’est qu’une technique d’intimidation propre à viser, en définitive, une institution.

Les trois témoins suivants sont des anciens élèves de la classe de Mme Djigo : d’abord, deux jeunes filles qui semblent acquises à la démarche de leur ancienne professeur. Mais le troisième fait figure de vilain petit canard. C’est sa mère et lui qui ont alerté Reconquête (ou Parents Vigilants) sur le projet de sortie scolaire à Calais. Il affirme avoir entendu en classe de la part de sa professeur que « le RN et Reconquête étaient dangereux pour la démocratie ». Les avocats de l’accusation tentent de discréditer son témoignage : il a rejoint tardivement la classe après la rentrée scolaire… Bref, on l’accuse de ne pas avoir compris la substantifique moelle du projet pédagogique… Puis il aurait quitté la prépa prématurément pour… un travail à Reconquête !

La première journée d’audience se termine par l’audition de Sophie Djigo, qui ne paraissait ni intimidée, ni spécialement traumatisée. Après la « campagne de haine » dont elle a été l’objet, elle avait bénéficié de 10 jours d’incapacité totale de travail, puis d’un un arrêt prolongé de six mois, reconnu comme « accident de travail ». Comme quoi, les syndicats servent à quelque chose !

Elle défend sa sortie à Calais avec un habillage pédagogique auquel elle croit : elle agit dans le cadre d’un projet interdisciplinaire (théâtre, culture antique et philosophie) s’étalant sur toute l’année et intitulé « Exil et frontières« , en accord avec les programmes et le projet d’établissement. Elle plaide l’atteinte à la liberté pédagogique et fait la distinction entre « faire de la politique » et « faire de la philosophie politique« . « On ne s’intéresse pas aux opinions en cours » nous dit-elle mais « on éduque à l’analyse conceptuelle ». Ben voyons ! Le projet devait « permettre une introduction aux méthodes de recherche en sciences sociales », c’est-à-dire :

– amener les élèves à réfléchir sur des questions d’actualité

– outiller les étudiants pour réfléchir à l’actualité

– apprendre à penser par soi-même

– confronter ses connaissances avec le terrain

Inviter les élèves à prendre des photos ? C’est le volet ethnographique du projet.

Puis elle justifie son statut de victime : « On me présente comme une prof dangereuse pour les élèves » et charge Patrick Jardin qui a écrit « qu’il fallait la virer« .

https://www.cafepedagogique.net/2026/04/01/au-tribunal-lecole-face-aux-offensives-de-lextreme-droite/

Dans les années soixante-dix, et après l’échec politique stricto sensu de la Révolution dite culturelle de mai 68, on voit toute une génération de gauchistes s’engouffrer dans le militantisme professionnel : changer la société en infiltrant ses institutions avec deux cibles principales : l’Éducation et la Justice. Les théoriciens de la déconstruction auront un avenir très prometteur : Pierre Bourdieu et Jean Claude Passeron pour l’Éducation, Michel Foucault pour la Justice, pour ne citer qu’eux. Quant aux apôtres qui les suivront, ils seront nombreux : les pédagogistes de l’Éducation nationale auxquels des Jospin ont donné le pouvoir, les magistrats du Mur des Cons pour la Justice avec ce juge emblématique Oswald Baudot, qui osa écrire dans sa célèbre « harangue » de 1968 adressée aux magistrats :

« Soyez partiaux (…) Examinez toujours où sont le fort et le faible qui ne se confondent pas nécessairement avec le délinquant et sa victime. Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l’enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l’ouvrier contre le patron, pour l’écrasé contre la compagnie d’assurance de l’écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice. »

Côté Éducation nationale, les trois axes d’action seront, avec la bénédiction des syndicats-maison :

– les attaques contre l’enseignement privé, repaire bien connu de « réactionnaires »

– la défense de la liberté pédagogique (mais seulement si elle défend le camp du bien)

– le droit de regard sur les contenus des programmes scolaires, les filières et les « avancées sociétales »

Compte tenu de l’engagement politique pro-migrants de Mme Djigo, tout porte à croire qu’elle appartient à cette catégorie de professeurs engagés dans la gauchisation des professions intellectuelles. Pas étonnant que son initiative calaisienne ait suscité une telle flambée d’hostilité de la part de l’opposition droitarde.

Le 31 mars, deuxième jour d’audience, on assiste à un dernier témoignage, celui de Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU. Elle nous explique que les personnes qui utilisent les réseaux sociaux comme caisse de résonance, ainsi que le JDD et CNews (!) remettent en cause les fondements même de l’École. Et, en technicienne du syndicalisme enseignant, elle rappelle qu’il existe des commissions administratives disciplinaires lorsqu’il y a lieu de sanctionner un professeur pour faute, ce qui n’a pas été le cas de sa collègue Sophie Djigo, bien notée par sa hiérarchie.

Mais la camarade Vénétitay est rapidement titillée par Maître Frédéric Pichon qui l’interpelle sur la politisation de son syndicat qui avait appelé à battre Marine Le Pen. « Vous trouvez cela normal de participer à des législatives ? » lui demande-t-il ? Réponse : « Nous avons été amenés à prendre des positions que nous assumons complètement » répond-elle. Tout est dit ! L’avocat reprend : « Et cela ne vous pose pas une difficulté quand Mme Djigo invite ses élèves à rencontrer une association (Collectif Migrations 59) à laquelle elle appartient elle-même ? »

La syndicaliste est un peu déstabilisée et se réfugie derrière… les objectifs des programmes !

Puis les plaidoiries commencent. D’abord, les avocats de l’accusation.

L’avocat du SNES-FSU, Julien Ortin ouvre le bal.

Sachant que la recevabilité de cette partie civile est contestée par la défense, il insiste sur le mal causé « à l’ensemble de l’institution ». Il s’en prend à Patrick Jardin qui a écrit « qu’il fallait virer Mme Djigo et tous les profs qui endoctrinent leurs élèves ». Pour lui, c’est un appel à une « épuration scolaire ».

https://ripostelaique.com/grace-a-la-prof-a-migrants-sophie-djigo-a-71-ans-je-vais-subir-mon-premier-proces/

Visiblement, Riposte Laïque est sa cible préférée. Il commente le titre de l’article : « L’idéologie pro-migrants enseignée à nos chères petites têtes blondes », qui est selon lui mensonger et sert de « produit d’appel » pour alimenter les fantasmes de l’extrême-droite.

« Quand on manipule les informations, on ne peut contribuer à un débat d’intérêt général » conclut-il en demandant à la fois une condamnation pour la diffamation et une condamnation pour injure, feignant d’ignorer qu’en matière de délit de presse, la diffamation absorbe l’injure, lorsqu’ils portent sur les mêmes faits.

Puis les effets de manche se poursuivent avec l’intervention de Raphaël Kempf. Son but : obtenir du Tribunal une condamnation de l’extrême drouâte. La stratégie de la défense est donc de politiser l’affaire à outrance, au détriment même du respect des lois.

Selon lui, la cabale contre Sophie Djigo s’interprète comme une rumeur relayée par des influenceurs d’opinion. Il fait un parallèle avec la Rumeur d’Orléans, relatée dans le livre à succès du sociologue Edgar Morin, paru en 1969. Il s’en prend particulièrement à Éric Zemmour (« qui méprise l’institution Judiciaire et l’institution scolaire ») et dont il dénonce l’absence à l’audience. « Il n’a pas le droit de défendre ses idées en tordant la vérité » nous dit-il en développant le fait qu’il ne s’agissait pas d’enfants mineurs mais d’étudiants. Il plaide pour la reconnaissance d’un abus de la liberté d’expression, en invoquant l’article 10 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui prévoit une limite, lorsque la sécurité publique ou la prévention de crimes sont menacées.

Quant au RN, il est accusé de vouloir « prendre en train en marche » pour ne pas être « dépassé par Reconquête ! » Pour Kempf, les infractions pénales ne servent qu’à lui faire de la publicité, comme il a pu le constater sur Twitter, nous dit-il.

Le procureur est plus nuancé : il annonce d’emblée qu’il n’entend pas se prononcer sur les peines liées à l’infraction, si celle-ci est constituée. Il donne son avis sur certains éléments de droit relatifs au dossier. Il fait remarquer que les témoignages des élèves sont contradictoires et que, face à l’amalgame que l’accusation tente de faire entre le procès pour cyberharcèlement et celui pour diffamation, les faits de cyberharcèlement ne sont pas reprochés aux personnes présentes. Pour rappel, de lourdes peines ont été requises le 20 janvier dernier, pour cinq personnes qui avaient tweeté des commentaires désobligeants à l’encontre de Sophie Djigo.

Les avocats de la défense plaident l’irrecevabilité du syndicat SNES-FSU à se porter partie civile.

https://www.snes.edu/article/le-snes-fsu-se-porte-partie-civile-dans-un-proces-visant-des-auteurs-de-menaces-contre-une-professeure/

Ils rappellent les principes de neutralité et d’obligation de réserve applicables aux fonctionnaires. Quant aux articles incriminés, ils sont bien porteurs de débats généraux : l’un sur l’immigration (réclamé par 72 % des Français) et l’autre sur la neutralité au sein de l’Éducation nationale

Pour Maître Frédéric Pichon, conseil de Riposte Laïque, les propos tenus par Patrick Jardin relèvent avant tout d’un jugement de valeur, et l’on a encore le droit de formuler des critiques, fussent-elles virulentes. Or un débat d’idées, qu’il s’agisse de la question migratoire ou de la liberté pédagogique, ne saurait être constitutif d’une diffamation.

Il constate aussi l’absence d’un fait précis permettant de caractériser l’infraction de diffamation. Quant au directeur de publication, Guy Sebag, sa contribution à l’article incriminé n’est nullement démontrée. Aussi sa responsabilité ne saurait être engagée. Il demande en conséquence la relaxe de ses clients.

Pour conclure sur le fond de l’affaire, Jean Paul Brighelli, normalien connu pour ses critiques du système éducatif français, tient dans Causeur dès décembre 2022 les propos suivants : « On aura noté le « projet pédagogique » (de Mme Djigo), la bonne intention excuse de ne faire ni français, ni maths, ni histoire, ni rien. Etudier Hobbes, Montesquieu, Ovide, fort bien. Mais pourquoi perdre des heures à se déplacer dans un camp de réfugiés ? Les grands textes philosophiques ne se suffisent-ils plus ? »

https://www.causeur.fr/de-la-sortie-scolaire-schibboleth-du-pedagogisme-education-248821

Le jugement sera rendu le 9 juin 2026.

Hector Poupon

Ripostelaique.com

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5 Commentaires

  1. D’après Maitre Pichon « On a le droit de formuler des critiques, fussent elles virulentes! »
    Ce n’est pas valable sur ce site ! Ici pour être lisible il faut aboyer avec la meute et cirer les pompes des apparatchiks. Le goulag des dissidents, c’est la corbeille chez R.R.

    • je ne sais si vous avez été censuré mais si c’est le cas c’est soit parce que vous nous mettez en danger d’aller au tribunal (parce que sur le papier Maître Pichon a raison on a le droit de formuler des critiques) mais dans la vraie vie non j’ai 2 procès lourds en court pour peu de choses; soit parce que vous agressez les nôtres

  2. Djigo, ça ne sonne pas vraiment comme un nom du ch’nord , biloute oui mais blanc foncé! Visite.de la jungle de Calais, pour sensibiliser les élèves à la vie misérable des envahisseurs, envore une « refugees welcome!

  3. Cela ne m’étonne plus de constater que la Justice est d’une lenteur de tortue vu le nombre de procès et de plaintes formulés pour des broutilles. La gauche est processive. Affirmer par exemple que Mélenchon a des oreilles de Mickey peut vous amener devant un tribunal pour discrimination auriculaire.