Six ans après leur percée historique, les Verts ont enregistré des pertes massives lors du scrutin municipal de mars 2026. Entre remise en question de la stratégie d’alliance et déception de l’électorat, le parti de Marine Tondelier traverse une zone de turbulences majeures.
L’euphorie de 2020 semble appartenir à une autre époque. Les résultats du second tour des élections municipales ont confirmé une nette érosion de l’influence des Écologistes sur le territoire national. Si la secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, a réussi à faire bonne figure sur les plateaux de télévision, la réalité des chiffres est implacable. Selon des informations rapportées par BFMTV, huit des douze villes conquises il y a six ans sont retournées à droite ou au centre.
Plusieurs défaites symboliques
Le revers le plus retentissant a eu lieu à Bordeaux. Le maire sortant Pierre Hurmic a perdu son siège face à Thomas Cazenave (Renaissance), avec un score serré de 49,05 % contre 50,95 %. Marine Tondelier a expliqué ce résultat sur France 2 ce lundi. Selon elle, le désistement « au dernier moment » de Philippe Dessertine a favorisé le camp macroniste. À Strasbourg, Jeanne Barseghian a également cédé sa place à l’ancienne édile Catherine Trautmann.
La perte de Bègles constitue un autre séisme. Fief historique des Verts depuis l’ère Noël Mamère en 1989, la commune a basculé vers le centre-droit. À Poitiers, Léonore Moncond’huy a subi la loi du centriste Anthony Brottier. Malgré une fusion avec La France insoumise (LFI), elle a été largement distancée. Le parti a néanmoins sauvé l’essentiel à Lyon, où Grégory Doucet s’est imposé de justesse face à Jean-Michel Aulas, ainsi qu’à Tours et Grenoble.
L’alliance avec LFI, un pari contesté
L’alliance systématique avec les Insoumis au second tour concentre les griefs internes. Pour Yannick Jadot, cité par Le Point, ce rapprochement a provoqué « un immense gâchis ». Il a exhorté son mouvement à « s’affranchir de Jean-Luc Mélenchon ».
François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop, a nuancé l’impact de ces fusions. Selon lui, elles ont fonctionné là où LFI pesait environ 10 %. Toutefois, il a précisé : « C’est quand LFI était plus haut qu’il y a eu un réflexe de peur chez les électeurs de centre gauche. »
Florentin Letissier, ancien adjoint à Paris, a dressé un constat sévère, comme le relate Le Point : « Si on regarde objectivement les résultats, notre parti est le plus perdant de tout l’échiquier politique. » Il estime que l’identité écologiste est devenue un frein électoral. Selon lui, « l’étiquette écolo est plus un handicap qu’un avantage ». Le député Jérémie Iordanoff a rejoint cette ligne en affirmant : « Il faut regarder les choses en face et arrêter de dire que si on perd, c’est à cause des autres ! »
Une communication défaillante
Face à la fronde, Marine Tondelier a invoqué un « écolo-bashing » constant de la part de l’opposition. Elle a admis sur BFMTV un « souci de communication », notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant, une enquête de l’institut Terram a révélé que 30 % des électeurs de 2020 regrettaient leur vote. « Ils ont payé le prix de leur gestion parfois idéologique et ont surestimé leur légitimité. 2020 était un hold-up électoral avec l’abstention et le Covid », a analysé dans les colonnes du PointFrançois Kraus, directeur à l’Ifop.
L’avenir du mouvement paraît désormais incertain à l’approche de 2027. Certains cadres, comme Sandrine Rousseau, réclament déjà un congrès extraordinaire. Jérémie Iordanoff a d’ailleurs prévenu avec gravité : « Si on continue sans rien changer, on sera voués à disparaître. » Pour l’heure, la direction du parti semble privilégier la thèse que la défaite est due aux divisions de la gauche.
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