Sarah Mullally a pris possession de la cathédrale de Canterbury, hier, « devenant la première femme archevêque dans l’Église d’Angleterre ». Face aux divisions, elle a souhaité envoyer, à l’occasion de son premier sermon dans son ministère, des signes de rassemblement.
Trois coups sourds, frappés avec la crosse épiscopale sur la porte ouest, ont retenti dans la cathédrale de Canterbury.
Puis Sarah Mullally est entrée dans la nef, au son des cuivres. « Qui êtes-vous et pourquoi demandez-vous à entrer ? », ont répondu trois enfants. « Je suis Sarah, une servante de Jésus-Christ, et je viens en quête de la grâce de Dieu, afin de marcher à vos côtés à son service. »
Avec une émotion visible, Sarah Mullally est devenue, mercredi 25 mars, la première femme à s’asseoir sur le siège de saint Augustin de Canterbury, devenant ainsi son 105e successeur et la première d’entre les pairs de la Communion anglicane mondiale, en présence du prince William de Galles et de la princesse Kate, et du premier ministre britannique Keir Starmer.
L’ancienne cheffe du service national des infirmiers, décorée de l’Ordre de l’Empire britannique, devenue évêque de Londres en 2018, a préféré taire ses états de service pour son premier sermon dans son nouveau ministère. C’est dans la peau d’une pèlerine qu’elle s’est présentée aux quelque 2 000 fidèles et membres du clergé rassemblés dans la cathédrale.
Pèlerinage
Dimanche, l’intéressée avait en effet achevé de parcourir à pied le chemin reliant la cathédrale Saint-Paul de Londres à Canterbury. « Je fais ce voyage avec d’autres et dans les pas du passé, a-t-elle déclaré au cours de son sermon. Thomas Beckett (…) avait réalisé ce même pèlerinage il y a plus de 850 ans (avant la séparation avec Rome en 1534, NDLR). Aujourd’hui je pense à ces milliers de chrétiens anonymes qui ont parcouru ces chemins depuis. »
Sarah Mullally a souhaité apparaître comme une archevêque au milieu des fidèles. Comme pour envoyer un fort signal d’union à une Église d’Angleterre profondément divisée, et amorcer une approche plus pacifiée des sujets qui l’agitent. « C’est ce qu’elle avait réussi à faire à Londres, en parvenant à maintenir des liens avec toutes les sensibilités », commentait quelques jours plus tôt des membres du clergé londonien auprès de La Croix.
Convertie à l’âge de 16 ans, l’archevêque de Canterbury a mis en avant son parcours de foi, pour rejoindre les fidèles dans leur propre spiritualité. « Lorsque je regarde en arrière, vers l’adolescente Sarah qui a mis sa foi en Dieu (…), je n’aurais jamais imaginé ce que l’avenir me réservait », a-t-elle encore déclaré. Insistant sur des figures bibliques féminines – Marie et Hannah, mère de Samuel –, la première femme à accéder à ce niveau de responsabilité a établi un parallèle entre « défis inimaginables » de ces deux femmes avec ceux qui composent la vie des croyants et de l’Église d’Angleterre.
« Ne pas détourner le regard » face aux abus
Celle-ci est empêtrée depuis plusieurs années dans des affaires de violences sexuelles ; l’une d’entre elles avait provoqué la démission de Justin Welby, le précédent archevêque de Canterbury. « Dans un monde déchiré par le conflit, la souffrance et la division, nous devons aussi prendre en compte plus près de nous, a averti Sarah Mullally. Nous ne devons pas détourner le regard ou minimiser la douleur vécue par ceux qui ont été blessés à travers les actes, l’inaction, ou les échecs dans nos propres communautés chrétiennes. » Les divisions internes à la Communion anglicane ont de surcroît été mises en évidence par l’absence de plusieurs primats anglicans conservateurs à travers le monde : aucun représentant du Nigeria, de l’Ouganda, du Soudan du Sud – soit des provinces parmi les plus importantes au monde – n’était présent dans l’assemblée. Ils l’étaient pourtant en 2013 lors de l’installation de Justin Welby.
Leur absence marque les divisions grandissantes dans l’anglicanisme mondial. Certaines de ces provinces, réunies dans le Gafcon (Fraternité mondiale des anglicans confessant, organisation représentant les provinces se revendiquant d’une certaine orthodoxie doctrinale) avaient déclaré leur séparation avec Canterbury peu après l’annonce de la nomination de l’archevêque, en raison du soutien de cette dernière aux prières de bénédiction pour les couples de même sexe.
Dans cette même perspective d’unité et de réconciliation, Sarah Mullally a décrit sa vision de l’Église : un lieu qui « offre le gîte et le couvert », « des tables autour desquelles s’asseoir » et « des conversations à partager ». « Une Église qui s’étend au monde entier, avec nos Églises-sœurs de la Communion anglicane », a-t-elle encore appelé de ses vœux.
Désir d’ unité
Une ambition qui a trouvé un écho sur le parvis de la cathédrale où plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées malgré le vent et une température bien anglaise. « J’espère qu’elle parviendra à apporter l’union dans la Communion anglicane, témoigne Julie, fidèle d’une soixantaine d’années venue d’York. Même si elle est le primat de l’Église d’Angleterre, elle ne pourra cependant pas y arriver seule. Les autres primats devront prendre leurs responsabilités. »
D’autres, comme Becky Hancock, prêtre de Bawtry dans le diocèse de Southwell et Nottingham, sont venus soutenir la première femme archevêque de Canterbury. « Je ne suis pas une féministe, mais notre voix a été étouffée pendant des siècles. Cette nomination marque l’entrée dans une nouvelle saison d’espoir, au moment où nous voyons davantage de gens trouver la foi. » Même son de cloche pour Ralph, 75 ans. Adventiste, vivant à Canterbury, il était venu dimanche marcher avec Sarah Mullally. « Elle m’a semblé formidable, et j’espère qu’elle trouvera le soutien dont elle a besoin, qu’elle restera forte », dit-il, accueillant une « évolution bienvenue » dans l’Église d’État.
Présence catholique
La nomination d’une femme pourrait-elle néanmoins susciter une certaine réticence pour certaines Églises, en premier lieu, chez les catholiques ? La nouvelle occupante de Lambeth Palace a envoyé au cours de la célébration plusieurs signes en direction de Rome, avec qui les relations n’ont jamais été aussi chaleureuses.
Le cardinal Timothy Radcliffe, l’archevêque de Westminster Richard Moth, qui a lu un passage de l’Ancien Testament au cours de la liturgie, ainsi que son prédécesseur le cardinal Vincent Nichols, le cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour l’unité des chrétiens, ou encore un représentant de la nonciature apostolique ont pris place dans les travées de l’édifice. Et l’archevêque de Canterbury portait au doigt l’anneau offert par le pape Paul VI à son lointain prédécesseur Michael Ramsey en 1967. Un signe discret d’une volonté de poursuivre le rapprochement.
Des liens avec toutes les sensibilités ? Je crains le pire.
Simple dérive wokiste de l’Église anglicane et cette dilection pour le wokisme ne date pas d’hier.
C’est une erreur, à mon humble avis, de comparer cela avec la question du mariage dez prêtres. Sur ce sujet, toujours à mon humble avis, le célibat des prêtres est une erreur majeure de l’Eglise, en sus d’être une incohérence : dans la Bible, D.ieu enjoint à l’humanité de procréer. Ce commandement s’adresse à tous les êtres humains, sans exception.
Ceci dit, je ne suis pas chrétien et donc pas catholique et je ne sais, dès lord, comment les théologiens valident ce qui ressemble, de mon point de vue, à une opposition à un commandement divin. Il se peut que les théologiens catholiquez aient un (de) bon(s) argument(s) à faire valoir.