L’affaire Bojarski : l’artiste qui défia l’État

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L’Affaire Bojarski est un film français réalisé par Jean-Paul Salomé, sorti en  2025.

Le film raconte l’histoire vraie de Ceslaw Jan Bojarski, émigré polonais ingénieur de formation, réfugié en France pendant l’Occupation allemande. D’une prudence de Sioux, ce faux-monnayeur à l’âme d’artiste va duper la Banque de France durant une bonne quinzaine d’années avec ses faux billets « plus beaux que les originaux ».

Bien plus qu’un simple récit policier, L’Affaire Bojarski s’impose comme une chronique mélancolique et précise de la France des années 1950. Le film nous plonge dans l’intimité de la banlieue de Montgeron, où un homme seul, ingénieur d’origine polonaise, va accomplir un exploit technique que les services de l’État mettront quinze ans à élucider.

Malgré une mise en scène très classique, le film réussit à captiver en optant pour un traitement quasi documentaire du travail de faux-monnayeur.(Le Figaro)

L’éloge du « Faiseux »

Le film se distingue par sa fascination pour le geste technique. On y suit, presque de manière rituelle, la fabrication artisanale du papier, le dosage secret des encres et la gravure méticuleuse des plaques. Czeslaw Bojarski n’apparaît pas ici comme un malfrat en quête de luxe, mais comme un esthète de la précision, un artisan solitaire dont le génie manuel parvient à mettre en échec la puissance technocratique de la Banque de France.

Une France disparue

À travers la quête de ce faussaire malgré lui, le réalisateur Jean-Paul Salomé ressuscite une atmosphère oubliée : celle des billets de banque qui étaient encore des œuvres d’art, comme le célèbre 100 francs Bonaparte. Le film rend hommage à cette époque de transition, où l’ingéniosité individuelle pouvait encore rivaliser avec les structures industrielles.

Le billet de 100 francs Bonaparte a été mis en circulation le 4 janvier 1960, retiré dès le 1er mars 1965, et a définitivement perdu son cours légal le 30 avril 1971. La circulation du billet Bonaparte accompagne l’apogée des Trente Glorieuses, période de plein emploi marquée par des prouesses technologiques comme le Concorde et le paquebot France, le tunnel sous le Mont-Blanc. C’est une décennie de rayonnement culturel et de prospérité économique où la France affirme sa modernité et son indépendance.

Le duel

Le récit repose sur une tension permanente entre deux mondes : l‘artisan de l’ombre – un homme discret, vivant modestement avec sa famille, dont le seul tort est d’avoir poussé la perfection au-delà du tolérable et l‘administration,  une machine froide, d’abord incrédule face à la qualité des contrefaçons, puis traquant sans relâche cet individu qui « imprime » sa propre liberté.

Face à Bojarski,  l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France, transforme l’enquête en véritable sacerdoce : arrêter Bojarski devient son obsession constante, situation qui le ronge autant que le faussaire. La traque se déroule comme un long duel à distance, ponctué de fausses pistes, de coups de filet manqués, jusqu’à ce que le filet se resserre sur Bojarski qui échappe de justesse à l’arrestation (Wikipedia).

Porté par une interprétation sobre et habitée, le film devient une réflexion sur l’assimilation par le travail et la dignité de l’artisan, même lorsque celui-ci œuvre dans la marginalité. C’est le portrait d’un homme qui, armé de simples outils de cuisine, a su copier la souveraineté monétaire avec une fidélité déconcertante.

Le « Bonaparte » : le choix de Bonaparte pour illustrer le nouveau franc de 1960 témoigne d’une France qui assumait alors sa grandeur impériale avec  fierté, un consensus mémoriel qui semble aujourd’hui impensable dans une société où le passé est piétiné et l’étranger glorifié. Sa valeur est désormais uniquement numismatique : selon son état, il peut valoir entre 40 € et plus de 400 € pour les exemplaires en état « neuf ».

Un bémol…

Adam Bobik

On regrettera, évidemment, le choix d’un acteur franco algérien (!) pour le rôle principal. Certes, Reda Kateb affirme admirer Jean Gabin. Mais il existe d’excellents acteurs polonais comme Adam Bobik, qui eût été parfait pour incarner Bojarski et dont nous avions fait l’éloge ici :

La série « Breslau » (2025), un drame policier historique se déroulant en 1936

Piotr Janusz, qui a joué aussi dans « Breslau », aurait également fait un excellent Bojarski : 

Cette manie française de vouloir systématiquement arabiser et africaniser les personnages historiques est décidément bien navrante.

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1 Commentaire

  1. J’ai boycotté pour les raisons que vous devinez, comme le marsupilami. Et que vient faire le gang des tractions dans cette histoire ?