La Russie célèbre ses explorateurs le 29 janvier : découverte de l’Antarctique, de l’Australie

Le 29 janvier, la Russie célèbre la Journée des explorateurs.

C’est précisément ce jour-là, en 1820, que les navigateurs russes Faddeï Bellinsgauzen et Mikhaïl Lazarev ont découvert l’Antarctique, le sixième continent de la Terre. Bellinsgauzen a également découvert l’Australie (voir plus loin).

Pour tout russophile, le calendrier est ponctué de dates symboliques. Si le 12 avril appartient aux étoiles avec Gagarine, le 29 janvier appartient aux océans et à l’immensité blanche. Chaque année, la Russie célèbre la Journée des explorateurs, une date qui commémore l’un des plus grands exploits géographiques de l’humanité : la découverte de l’Antarctique.

L’épopée de 1820 : Le « Continent Austral » n’est plus un mythe

Pendant des siècles, la Terra Australis Incognita n’était qu’une hypothèse sur les cartes. Même le célèbre capitaine James Cook, après avoir frôlé les glaces, avait déclaré que si un continent existait plus au sud, il ne serait jamais découvert.

C’était sans compter sur la détermination de la Marine impériale russe. Le 29 janvier 1820 (le 16 janvier selon le calendrier julien alors en vigueur), l’expédition dirigée par Faddeï Bellinsgauzen et Mikhaïl Lazarev accomplit l’impossible. À bord des sloops Vostok et Mirny, les deux navigateurs s’approchent des côtes de ce qui est aujourd’hui la Terre de la Reine-Maud.

« Je vois une banquise continue de l’est à l’ouest… et au-delà, des montagnes de glace. » — Note de Bellinsgauzen dans son journal de bord.

Deux noms, un destin national

Pour les passionnés de la Russie, Bellinsgauzen (d’origine germano-balte, illustrant la diversité de l’Empire) et Lazarev ne sont pas seulement des marins, ce sont des figures de la persévérance russe :

  • Faddeï Bellinsgauzen : un meneur d’hommes rigoureux, vétéran du premier tour du monde russe. Il combattra pendant la guerre russo-turque de 1828-1829, prenant part au siège et à la prise de la forteresse de Varna !
  • Mikhaïl Lazarev : un génie de la navigation qui deviendra plus tard l’un des plus grands amiraux de la flotte de la mer Noire.

Ensemble, ils ont parcouru près de 50 000 milles nautiques en 751 jours, sans perdre un seul homme — un exploit médical et logistique prodigieux pour l’époque.

Une expédition née d’une ambition impériale

L’aventure ne commence pas sur l’eau, mais dans les bureaux de l’Amirauté à Saint-Pétersbourg. Sous l’impulsion du tsar Alexandre Ier, la Russie souhaite affirmer son rang de puissance maritime mondiale. L’objectif est clair, mais titanesque : « Découvrir la proximité possible du pôle Sud » et explorer les zones là où James Cook avait échoué.

Deux navires, deux philosophies

Le Vostok et Fabian Gottlieb von Bellingshausen sur une pièce commémorative russe.

L’expédition repose sur un duo de navires aux caractéristiques complémentaires, une stratégie qui s’avérera salvatrice dans les glaces :

  • Le Vostok (L’Orient) : une corvette de 39 mètres, rapide mais fragile, commandée par Bellinsgauzen. C’est le navire de tête, celui qui trace la route.
  • Le Mirny (Le Pacifique) : un sloop plus petit, mais considérablement renforcé sous la direction de Lazarev. Bien que plus lent, sa robustesse lui permet de naviguer au milieu des icebergs sans craindre les chocs fatals.

Timbre commémoratis en hommage au Mirny

L’instant de grâce : 29 janvier 1820

Après avoir quitté Cronstadt en juillet 1819 et fait escale au Brésil, les deux navires plongent vers l’inconnu. Le climat devient atroce : le brouillard est si dense que les marins ne voient plus la proue de leur propre navire, et les tempêtes de neige recouvrent les ponts d’une carapace de glace.

Le 29 janvier, alors qu’ils atteignent la latitude de $69^{\circ} 21′ S$, la brume se déchire. Devant eux, ce n’est pas une simple banquise, mais un « mur de glace » s’élevant à perte de vue. Bellinsgauzen note la présence de falaises glacées solidement ancrées. Sans le savoir encore, ils viennent de longer la Terre de la Reine-Maud. Ils frôleront le continent à plusieurs reprises durant l’été austral, prouvant que cette masse de glace n’est pas une île, mais un socle continental.

La survie au quotidien

L’épopée est aussi un exploit de discipline. Pour lutter contre le scorbut, l’ennemi n°1 des marins, Lazarev et Bellinsgauzen imposent un régime strict :

  • Consommation de choucroute et de décoctions d’aiguilles de pin (riches en vitamine C).
  • Hygiène obsessionnelle des quartiers de l’équipage.
  • Exercices physiques réguliers malgré le froid polaire.

Résultat : après deux ans de navigation extrême, l’expédition rentre en Russie avec une seule perte humaine (due à une chute et non à la maladie), un ratio exceptionnel pour le XIXe siècle.

Un héritage cartographique

Au-delà de la découverte du continent, Bellinsgauzen et Lazarev ont cartographié des dizaines d’îles (comme l’île Pierre Ier ou l’île Alexandre Ier) et rapporté des collections naturalistes et ethnographiques qui ont enrichi les académies russes pendant des décennies.

Pourquoi cette fête résonne-t-elle aujourd’hui ?

Célébrer la Journée des explorateurs le 29 janvier n’est pas qu’un regard vers le passé. C’est une affirmation de la présence continue de la Russie dans les pôles.

Aujourd’hui, la recherche scientifique russe en Antarctique reste à la pointe, notamment avec la station Vostok et l’étude des lacs sous-glaciaires. Récemment, de colossales réserves de pétrole ont été découvertes dans cette zone ! (voir ici article précédent) Pour le public francophone, cette commémoration rappelle que l’esprit de découverte — cette « soif d’aller au-delà de l’horizon » — est une composante essentielle de l’âme russe.

Si vous visitez Saint-Pétersbourg, le Musée de l’Arctique et de l’Antarctique offre une plongée fascinante dans cette aventure. En attendant, le 29 janvier reste l’occasion de lever notre verre (de thé ou de vodka !) à ceux qui, au milieu des tempêtes australes, ont ajouté un sixième continent à notre monde.

LECTURES…

Le chef-d’œuvre historique :

« L’expédition de Bellingshausen au pôle Sud (1819-1821) » Ce n’est pas un roman au sens fictionnel, mais le journal de bord original de Faddeï Bellingshausen.

  • Pourquoi le lire : c’est un récit d’aventure pur. Il décrit avec une précision scientifique et une émotion contenue le moment où, le 27 ou 28 janvier 1820 (selon les calendriers), ils ont aperçu « une banquise de glace d’une hauteur inouïe » : le continent blanc.

  • Il a également découvert l’Australie !!! 

Gravure représentant un groupe aborigène à Kirribilli, d’après un dessin réalisé lors de la visite de Bellinghausen en Australie en 1820.

Son journal de bord, avec le rapport au ministre de la Marine impériale en date du 21 juillet 1821 et d’autres documents attestent qu’il a bien découvert le continent, bien que les coordonnées rapportées soient à 20 milles de la côte antarctique. Rassemblant toutes ces preuves, les Russes réclament que Bellingshausen soit considéré comme le découvreur de la Terra Australis plutôt qu’Edward Bransfield, un officier anglais de la Royal Navy ou que Nathaniel Palmer, un navigateur américain. Durant son voyage, Bellingshausen visite aussi les îles Shetland du Sud et découvre et nomme l’île Pierre Ier. L’expédition continue dans le Pacifique en remontant vers les tropiques. Il arrive à Rio de Janeiro en mars 1821. Fin juillet 1821, Le Vostok et Le Mirny reprennent le chemin de Kronstadt. Cette expédition fut très enrichissante concernant les études hydrographiques et climatiques. Elle livra des trésors botaniques, zoologiques et ethnographiques. Source

  • L’ambiance : on y ressent le froid, l’isolement extrême et la ténacité de ces marins russes qui ont accompli ce que James Cook pensait impossible.

  • Le 𝗛𝗮𝗸𝗹𝘂𝘆𝘁 𝗦𝗼𝗰𝗶𝗲𝘁𝘆 a publié la traduction anglaise définitive de la description de l’expédition de Bellinghausen. 𝙏𝙝𝙚 𝙑𝙤𝙮𝙖𝙜𝙚 𝙤𝙛 𝘾𝙖𝙥𝙩𝙖𝙞𝙣 𝘽𝙚𝙡𝙡𝙞𝙣𝙜𝙨𝙝𝙖𝙪𝙨𝙚𝙣 𝙩𝙤 𝙩𝙝𝙚 𝘼𝙣𝙩𝙖𝙧𝙘𝙩𝙞𝙘 𝙎𝙚𝙖𝙨 1819-1821 Traduit du russe Édité par Frank Debenham, O.B.E., M.A., directeur du Scott Polar Institute, Cambridge. Volume I. 1945.  259 pages + 5 cartes, 24 illustrations.

Si vous cherchez une approche plus romancée sur l’exploration des pôles par les navigateurs de cette époque :

  • « Le Sphinx des glaces » de Jules Verne : bien que ce soit une suite imaginaire au récit d’Edgar Allan Poe, Jules Verne s’appuie sur les connaissances géographiques de l’époque et rend hommage aux grands explorateurs qui ont bravé les mers australes.

  • « Antarctica » de Francisco Coloane : cet auteur chilien est le maître absolu des récits de mer dans le Grand Sud. Bien que ses récits soient plus tardifs, il capture l’âme de cette région hostile découverte par Bellingshausen et Lazarev comme personne d’autre.

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