Pourquoi le « Puy de Fou de gauche » imaginé par François Ruffin ulcère ces historiens

EN BREF
François Ruffin propose un « Puy du Fou de gauche » pour contrer la vision nationaliste du parc vendéen, mais cette idée suscite des critiques parmi les historiens.
Nicolas Offenstadt et William Blanc dénoncent une instrumentalisation de l’histoire, soulignant les risques d’un récit imposé et simpliste.
Certains historiens, comme Arnaud Fossier, soutiennent à l’inverse l’idée. 
L’IA au HuffPost

 

La gauche peut-elle tout se permettre dans le cadre de la bataille culturelle face à l’extrême droite ? C’est la question qui se pose après cette proposition faite par François Ruffin qui, lors des Biennales internationales du spectacle de Nantes jeudi 22 janvier, a imaginé la création d’un « Puy du Fou de gauche ». Objectif : « porter un récit national avec nos pages sombres et nos pages de lumières » qui permettrait de contrer la vision nationaliste et trompeuse servie dans le parc fondé par Philippe de Villiers.

Or, cette idée, qui n’est pas vraiment nouvelle, a du mal à passer chez certains historiens. Maître de conférences à l’université Panthéon Sorbonne, Nicolas Offenstadt voit dans cette proposition le « niveau zéro de la réflexion sur le sujet » et regrette le raccourci fait par le député de la Somme. « Il y a eu beaucoup de publications et de débats sur le rôle de l’histoire en société qui permettraient d’être moins primitif, de penser un peu plus profondément, à long terme. Dommage pour la gauche de se couper de discussions de fond », a-t-il déploré sur son compte X. Médiéviste coutumier de la vulgarisation historique sur les réseaux sociaux, l’historien William Blanc a également étrillé cette « mauvaise idée ».

« N’importe quoi »

Dans une série de messages publiés sur son compte Bluesky, il souligne que le « récit national » tel que formulé par François Ruffin « est toujours un truc imposé d’en haut, auquel tout le monde devrait adhérer ». Ce qui, « dans une société démocratique », pose problème. « En effet, qui va construire ce récit ? Les politiques qui jouent constamment leur réélection ? Imaginons qu’ils jugent certains moments du passé comme trop chauds pour être abordés (au hasard, la guerre d’Algérie) ? Ils et elles auront vite fait d’enterrer certains événements douloureux », souligne-t-il, avant de lister les écueils de ce type d’initiative.

« Et puis, on fait commencer ce récit quand ? Aux Gaulois (bah non, ce n’est pas la France) ? Aux Francs (idem) ? En plus, une nation, ce n’est pas une entité figée, mais qui est toujours en évolution », détaille encore William Blanc, qui rappelle que la manipulation de l’histoire qui viendrait de la gauche ne serait pas plus vertueuse que celle qui s’exerce actuellement à l’extrême droite. « Vouloir créer un récit “de gauche”, c’est la porte ouverte au grand n’importe quoi. Certains vont vouloir enrôler des personnages historiques pour en faire des figures de gauche (par exemple Jeanne d’Arc) ou féministes (les sorcières) alors que ça n’a rien à voir », illustre l’historien, qui ajoute : « Pour lutter contre les délires pseudo-historiques de l’extrême droite, il faut reconnecter les gens avec le réel, avec les faits et leur analyse sérieuse. »

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