Les Choses…

LES CHOSES  (Inspiré des Contes fantastiques de Maupassant.)

   Je me nomme Jacques L. Mon état civil n’a que peu d’importance, seul le récit qui va suivre en a. Ce n’est pas une fantaisie littéraire mais la stricte, triste et sinistre vérité. La science ne s’encombre pas de ce type de phénomènes, dits paranormaux, mais s’appuie sur des faits tangibles, des explications naturelles. Mais, à côté du monde sensible, il existe un univers invisible pour certains, inquiétant. Jugez-en plutôt. Voilà mon histoire. 
   J’habite un assez vaste appartement rue de la Pompe à Paris.  Depuis toujours. J’ai exercé la profession de notaire jusqu’à mon départ en retraite. Mon étude était située au rez-de-chaussée de mon immeuble, étude fermée aujourd’hui.  Tant que j’exerçais ma profession, mon logement, à défaut d’être amical, me semblait parfaitement neutre. Mais depuis que je m’y suis définitivement retiré, tout a changé. Je ne m’y sens plus du tout à l’aise. En voici la raison. 
   Les meubles, les objets, tant ceux du quotidien que ceux qui décorent mon logis, me sont devenus menaçants, voire carrément hostiles. Ils sont même animés d’une vie propre. Jugez-en. Je note tout sur un carnet. Et ce depuis que je suis devenu inactif. Il y a un an exactement. Ma devise est : chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. Je suis un maniaque du rangement. Eh bien, malgré cet amour de l’ordre, tout ce qui m’entoure  semble n’en faire qu’à sa tête.
   Vous voulez des exemples ? En voici. Tout est tiré de mes notes.
Lundi : bien que j’aie placé ma brosse à dents dans son gobelet, il m’a été impossible de la retrouver sur le moment. Je l’ai finalement dénichée dans le tiroir du meuble de la cuisine avec les couverts. Je suis sûr et certain de ne pas l’y avoir mise. Idem pour le tube de  dentifrice, il se trouvait dans l’armoire à chaussures. Mes pantoufles, que je dépose sur la descente de lit avant de me coucher, avaient disparu. Elles se trouvaient sous le lit. Je me suis penché pour les attraper, j’ai cru qu’elles allaient me mordre la main. Je n’étais pas très rassuré. Il m’arrive de retrouver les portes des buffets ouvertes alors que je les avais fermées à clef, les chaises renversées. Les tableaux se retrouvent la tête en bas. Un matin, je me suis réveillé avec la cordelière de ma robe de chambre nouée au tour de mon cou. Il arrive que le téléphone sonne : je décroche ;  pas de tonalité, personne au bout. J’ai cru sur le moment que je devenais fou. J’ai consulté mon médecin. Il a mis cela sur le compte de mon départ en retraite, le manque d’activité, le fait que je déplaçais tous ces objets de manière inconsciente. Il m’a délivré quelques spécialités pharmaceutiques, que je n’ai pas prises. 
   Depuis, je sors la journée, je traîne dans la rue, je vais prendre des consommations dans des cafés bondés et éclairés au néon. Cela me rassure. Mais lorsque je regagne mes pénates, tout recommence. Mon appartement, qui était autrefois lumineux, paraît baigner dans une sorte de brouillard, comme si des nuages de poussière étaient suspendus dans l’air. Le chauffage semble ne pas fonctionner alors qu’il y a vingt degrés dans toutes les pièces. Je suis obligé de garder mon pardessus pour me réchauffer. Mon fauteuil à bascule bouge sans aucune intervention humaine. 
   J’ai consulté un vieil ouvrage qui traitait de hantises. N’y aurait-il pas un esprit qui hanterait les lieux? Cela  expliquerait bien des choses. J’ai décidé finalement de partir pour un long voyage, le plus long possible, vers des pays chauds. Le spectre, si c’en est un, me suivra-t-il jusque-là ? Je verrai bien… Ah oui, je me suis procuré des vêtements et des accessoires de toilette tout neufs. J’ai tout laissé derrière moi. Autant ne pas emporter ces objets maudits. 
                                                                    FIN
   
ARGO
   

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3 Commentaires

  1. Merci cher ami pour cette interprétation de  » Le Horla  » de Maupassant. Lui même atteint, sans doute, de syphilis devenait progressivement fou, essayant deux fois de se suicider pour finir par être interné dans la clinique du Dr Blanche et finir par mourir de paralysie totale. Bonne journée.