Bolsonaro : 27 ans de prison ou comment liquider un adversaire politique avec un procès historique

L’ancien capitaine de l’armée, qui a galvanisé les conservateurs brésiliens pour accéder à la présidence en 2019 et a profondément transformé le paysage politique du pays, devra désormais purger une longue peine de prison. Aucun recours n’est possible.

Au Brésil, la démocratie se porte si bien qu’elle met ses opposants à vie en prison (1).

Le verdict contre Jair Bolsonaro ne ressemble pas à un arrêt de justice, mais à un avis de mise à mort politique soigneusement rédigée. Derrière les grandes tirades sur la « défense de la démocratie » se devine surtout la volonté de neutraliser, une fois pour toutes, un adversaire qui dérange l’architecture idéologique du pouvoir en place. Une peine de 27 ans de prison pour un complot qui n’a ni réussi, ni suspendu durablement les institutions, tient moins du droit pénal que de la pédagogie par la terreur : voilà ce qui arrive à qui ose contester le récit dominant.

Tout dans cette affaire respire la mise en scène. L’accusation parle de « tentative de coup d’État », d’« attaque contre la démocratie », de « participation à une organisation criminelle », comme si la rhétorique devait compenser ce que les preuves directes peinent à établir. Le Brésil, pays marqué par de vraies dictatures et de vraies répressions sanglantes, sait parfaitement faire la différence entre une junte qui prend le pouvoir par les armes et un pouvoir judiciaire qui fabrique, après coup, le scénario idéal pour se poser en sauveur de la Constitution. On ne juge plus des actes, mais une fonction symbolique : Bolsonaro devient le totem sacrificiel d’un camp entier.

La Cour suprême, loin d’apparaître comme un arbitre au-dessus de la mêlée, s’est comportée comme un protagoniste à part entière, déjà en guerre ouverte depuis des années avec le bolsonarisme. Les juges qui ont été défiés et  caricaturés par l’ancien président se retrouvent à la manœuvre pour fixer sa peine, verrouiller les recours et donner à leur vieille querelle un vernis de haute jurisprudence. Quand ceux qui rendent la sentence sont aussi ceux qui ont personnellement un compte à régler, on ne parle plus de justice, mais de règlement de comptes institutionnalisé.

La disproportion de la peine achève de dévoiler la mascarade. Dans un pays où les scandales de corruption se soldent souvent par des arrangements, des aménagements, des remises de peine, transformer un vieux président en détenu quasi à vie pour un complot avorté relève du « deux poids, deux mesures » poussé au rang d’art. Les criminels ordinaires peuvent encore espérer une seconde chance ; l’adversaire politique, lui, a droit à la prison comme horizon définitif. On ne cherche pas à corriger, mais à effacer.

En érigeant Bolsonaro en chef d’« organisation criminelle », la décision dépasse son cas personnel pour frapper l’ensemble de son électorat. Si le leader est un mafieux, alors ses idées deviennent suspectes, et ses millions d’électeurs des complices potentiels. La justice se met ainsi au service d’un tri idéologique : il y aurait des opinions « démocratiques » – donc tolérées – et des opinions « criminelles » – donc pénalisables.

On ne combat plus un programme politique par un autre programme, mais par le code pénal.

Le plus ironique, dans cette prétendue croisade pour la démocratie, est qu’elle adopte précisément les réflexes qu’elle prétend combattre : diabolisation de l’adversaire, exclusion définitive, exemplarité punitive. À force de vouloir sauver la République de ses démons, on finit par lui greffer de nouveaux monstres : des juges surpuissants, des procès à dimension de spectacles, des peines calibrées pour rassurer les éditorialistes plutôt que pour rendre une justice équitable. La démocratie n’est pas menacée par le simple fait que Bolsonaro existe, mais par l’idée qu’il faille le faire disparaître pour qu’elle survive.

Défendre Bolsonaro dans ce contexte, ce n’est pas sanctifier ses excès, ses outrances ou ses erreurs, mais refuser qu’un camp idéologique s’approprie définitivement les tribunaux pour éliminer ses opposants. Un État de droit digne de ce nom se juge à la façon dont il traite les plus détestés de ses adversaires, pas les plus dociles de ses alliés. Quand la prison devient l’instrument privilégié de la lutte politique, ce ne sont pas seulement les droits d’un homme qui vacillent, mais la possibilité même, pour un peuple, de choisir librement qui a le droit de le représenter – et qui doit finir sa vie derrière les barreaux pour avoir eu l’audace de leur plaire.

J. Ferry

 

(1) Pour ceux qui auraient oublié la lente descente aux Enfers de Jair Bolsonaro depuis l’élection de Lula en 2022

Brésil : Bolsonaro aurait perdu les élections de 2023 à cause du travail de sape de Biden via USAID

!Depuis que Bolsonaro n’est plus Président, le Brésil de Lula c’est pas le pied!

Lula interdit aux Brésiliens d’accueillir Bolsonaro de retour après 3 mois d’absence

Bolsonaro poursuivi pour avoir prétendument falsifié sa carte de vaxxination pendant le Covid !

Bolsonaro fait si peur à Lula qu’il a été condamné à 27 ans de prison !!!

 3 total views,  3 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Soyez le premier à commenter