Hommage à Smetana, deuxième partie

(Illustration : paysage de Bohême, en médaillon : Bedřich Smetana).

Traditionnellement, je commence mes articles par une ouverture, cette fois je l’ai décalée et je vous expliquerai pourquoi un peu plus loin. Pour l’instant nous reprenons l’étude du cycle Má Vlast :

4. Z českých luhů a hájů (Par les prés et les bois de Bohême).

Coincé entre la sauvagerie de Šárka et l’austérité de Tábor, ce quatrième volet est un véritable rayon de soleil. Aucun nuage ne vient assombrir cet hymne à la Nature dont voici les thèmes :

AUTOUR DE JAN HUS

Jan Hus est un personnage indissociable de l’histoire de la Bohême. Sa date de naissance est imprécise, entre 1369 et 1372, son lieu de naissance est connu : Husinec dans le royaume de Bohême. Il est mort brûlé vif à Constance le 6 juillet 1415 pour hérésie. Les Tchèques ont fait de lui un héros national, allégorie de leur combat contre l’oppression catholique, impériale et allemande. Son supplice, le 6 juillet, est commémoré par un jour férié. Les papes Jean-Paul II et François ont réhabilité le personnage. La mort de Hus a déclenché la création de l’Église hussite.

Jan Hus au bûcher

Un chant hussite a même été créé en l’honneur du martyr, en voici trois versions (j’en ai publié au moins une il y a un certain temps !).

Et maintenant je peux vous proposer l’ouverture. Elle est due au compatriote de Smetana, Antonin Dvořák, vous arriverez certainement à reconnaître certains passages :

À présent nous pouvons passer aux deux derniers morceaux du cycle Má Vlast :

5. Tábor – 6. Blaník

La ville de Tábor

La première fois que j’ai écouté le cycle complet Má Vlast, je ne connaissais ni Šárka, ni Tábor, ni Blánik. J’avais été très impressionné par la violence de Šárka. Par contre j’avais été dérouté par Tábor, me demandant bien si j’étais toujours avec Smetana. Ce cinquième morceau me fait penser à un immense bloc de pierre, du genre de celles que l’on peut trouver à Stonehenge. La musique semble totalement figée, pratiquement monothématique, de plus il manque un petit instrument, mais très audible, affectionné par le compositeur tchèque : le triangle ! Il y a aussi la conclusion de Tábor, car en fait, il n’y a pas de conclusion (ou de coda). Plus surprenant encore sont les premières mesures de Blánik, écoutez :

Donc Blánik se situe dans la continuité du précédent ! J’en reparlerai plus tard, mais d’abord un mot sur Tábor, qui est une ville tchèque d’environ 35 000 habitants. Son nom signifie “campement” et ce sont les Hussites qui la nommèrent en y établissant leurs quartiers généraux. Il est possible que le nom de la ville fasse référence au mont Tabor de la Bible. Les Hussites étaient de redoutables guerriers et les premières paroles du choral présenté plus haut sont Vous qui êtes les combattants de Dieu et ils ne faisaient pas de quartier. Et maintenant, écoutons Tábor :

Blánik à présent : les deux derniers poèmes du cycle Má Vlast forment un diptyque, ce qui justifie qu’ils se suivent sans interruption. Voilà le spectre audio de ces deux pièces :

Blánik est une colline verdoyante située en République Tchèque, mais qui a été le théâtre de plusieurs batailles.

La colline de Blánik

C’est pour cette raison que le dernier morceau du cycle débute par le choral hussite. Mais rapidement Smetana nous replonge dans la nature (avec le triangle !) par une pastorale jouée par le hautbois, cependant le thème hussite n’est jamais très loin. Vers la fin de Blánik, le thème de Vyšehrad revient, donnant ainsi une unité à tout le cycle.

Et pour terminer, place au concert ! Je vous propose celui capté le 12 mai 1990 au théâtre Smetana de Prague. Ce concert est historique pour plusieurs raisons ; d’abord c’est le premier concert d’un pays libéré du joug communiste quelques mois auparavant. (Nous sommes encore en Tchécoslovaquie). L’orchestre Philharmonique Tchèque est dirigé par Rafael Kubelik, grand spécialiste de la musique tchèque et disparu en 1996. Enfin le Président est là avec sa femme, peut-être l’aurez-vous reconnu, c’est Václav Havel. Sur YouTube, on peut aussi trouver le concert de 2013. Même programme, avec la présence du Président de la Tchéquie, Miloš Zeman.

Filoxe

 

 

 

 

 

 

 

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4 Commentaires

  1. Merci Filoxe pour cette deuxième partie aussi captivante que la premiere. Bien que connaissant cette oeuvre depuis mon enfance et l’ayant écouté d’innombrables fois, je ressent toujours la même emotion “dans les tripes” quand je l’entends. Ce n’est pas une critique, mais les spectres audio “oscilloscopique” ne servent pas à grand chose, si ce n’est que de visualiser le gain sonore, car le calibre de la fréquence (du temps) est réglé de telle manière que l’on ne peut distinguer ses variations.

    • Les spectres audio étaient juste une expérience pour présenter les différentes parties de chaque poème, mais ce sera sans lendemain, beaucoup de boulot pour pas grand chose. Merci de m’avoir donné votre avis.

  2. Magnifique évocation. La musique élève l’âme. Pas pour tous, l’âme de Macron est dans le trente-sixième dessous de l’ignominie. Merci Filoxe pour ce travail de Bénédictin.

    • Merci Argo pour vos encouragements, je reconnais que les deux articles consacrés à Smetana m’ont donné plus de travail que d’habitude en raison notamment de la présentation des spectres audio des six poèmes. Samedi 13 juillet je rendrai hommage au chef Lorin Maazel disparu le 13 juillet 2014. Bon chez moi il est minuit vingt, donc dodo. Bien cordialement et merci encore