Hommage à Claudio Abbado

Si 1937 fut une mauvaise année pour deux compositeurs immenses, George Gershwin le 11 juillet et Maurice Ravel le 28 décembre, 2014 reste une année noire en ce qui concerne les chefs d’orchestre : Claudio Abbado le 20 janvier, Rafael Frühbeck de Burgos le 11 juin et Lorin Maazel le 13 juillet. Naturellement j’aurai l’occasion d’y revenir.

Je ne vais pas m’étendre longuement sur la vie de ce chef que j’ai eu l’occasion d’applaudir au théâtre des Champs-Élysées à l’issue d’un concert auquel nous avons eu droit à la cinquième de Mahler et où j’ai pu obtenir un autographe. Si voulez tout savoir “sans rien payer”, voilà le lien :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claudio_Abbado

Pour cette fois nous n’aurons pas une ouverture mais deux ! On commence avec le jeune Abbado dans l’ouverture du Barbier de Séville. Nous allons faire connaissance d’un jeune chef de 21 ans ; l’opéra complet existe en CD mais surtout en DVD dans une mise en scène éblouissante de Jean-Pierre Ponnelle. Pour l’instant je n’ai que la version CD mais ça ne va pas durer ! (L’œuvre complète figure dans la section “Pour en savoir plus”, mais elle ne comporte pas de sous-titres).

L’ouverture de Guillaume Tell, toujours de Rossini, fait partie des “tubes” du compositeur, né un 29 février et mort un vendredi 13. Elle se compose de quatre parties, un andante, joué principalement aux violoncelles et qui évoque le calme des Alpes Suisses. La deuxième partie, allegro, nous décrit un orage (faisant référence à celui qui s’abat sur Guillaume Tell au troisième acte). La troisième partie, andantino, est un ranz des vaches (chant traditionnel suisse) dans lequel cor anglais et flûte se répondent à tour de rôle. La quatrième partie, allegro vivace, est sans doute la plus célèbre. Elle symbolise la colère des Suisses se révoltant, de canton en canton, contre l’oppresseur autrichien.

Nous sommes en 1996, à Berlin dans le théâtre de verdure, (Waldbühne) construit pendant le troisième Reich. Un concert en plein air à Berlin, le beau temps n’est pas toujours assuré et la pluie se met à tomber au début de la deuxième partie de l’ouverture, ce qui amuse beaucoup le chef !

 

Partons pour Prague, en 1991, avec cette symphonie 35 de Mozart, dite Haffner :

Revenons encore un peu plus en arrière (même si je n’ai pas de précisions sur l’année) avec ce Te Deum de Berlioz :

Au début des années 2000, Abbado a été victime d’un cancer de l’estomac qu’il parvient à surmonter, dans un premier temps, . Voici notre chef en 2007, dirigeant le troisième concerto Brandebourgeois de Bach. Il a d’ailleurs enregistré les six, mais le troisième est mon préféré en raison de l’énergie qu’il dégage, à peine interrompue par une cadence de clavecin. Le finale est impressionnant, on est saisi irrésistiblement par ce déluge de notes (les cinq autres concertos sont disponibles sur DW Classical Music).

Tiens, “irrésistiblement”, ça me rappelle quelque chose, si j’osais ? Oui, j’ose !

Autre époque !

Mais revenons à Claudio Abbado. Son cancer de l’estomac finit par l’emporter le 20 janvier 2014. Mais avant, en 2003, Abbado avait ressuscité l’orchestre du Festival de Lucerne, créé en 1938 par Arturo Toscanini et abandonné en 1993. Cet orchestre éphémère est constitué de musiciens issus des orchestres philharmoniques de Berlin et de Vienne, de l’orchestre de chambre d’Europe et de l’orchestre Gustav Mahler. C’est au cours de la saison 2005 que Claudio Abbado a dirigé la septième symphonie d’Anton Bruckner, écrite entre 1881 et 1883. Elle est remarquable par son deuxième mouvement sur lequel je reviendrai plus tard. Cette année 2024 sera celle du bicentenaire de la naissance de Bruckner le 4 septembre 1824. On remarquera qu’Abbado porte déjà le masque de la mort sur son visage.

POUR ALLER PLUS LOIN

Quelques jours après la disparition de Claudio Abbado, Gustavo Dudamel lui rendait hommage avec la Grande messe des morts, d’Hector Berlioz, en la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Mon hommage à moi se fera avec l’adagio de la septième symphonie de Bruckner. Ce mouvement d’une beauté insoutenable a été lui-même écrit, du moins la fin, en hommage à Richard Wagner décédé le 13 février 1883 à Venise. On pourra remarquer la présence de tubas wagnériens au début du morceau. En 1884, Bruckner réutilisera un des thèmes du mouvement pour son Te Deum. Un fait intéressant, l’adagio de cette symphonie a été diffusé sur les ondes en 1945 après le suicide d’Hitler.

Et comme promis, la version intégrale du Barbier de Séville par Claudio Abbado, ça va de soi !

Filoxe

 

 

 

 

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3 Commentaires

  1. De nationalité Italienne. Un des grands chefs du 20ème siècle, avec les orchestres de Vienne, Berlin,…
    Il n’a ainsi apparemment pas beaucoup interprété les compositeurs Français.

  2. En effet, Filoxe, on ne peut que conseiller le barbier de seville en dvd chez DG d’abbado avec le merveilleux Hermann Prey au mieux de sa forme! Il existait aussi un dvd avec Fritz Wunderlich dans le rôle titre, mais je ne suis pas sur qu’il existe encore.

  3. Merci Filoxe pour cet article. À chaque fois, c’est un enchantement. Cela nous change des joueurs de pipeaux qui nous gouvernent. Avec le chef d’orchestre désharmonisé Emmanuelus von Macronovtrogneuxenskov.

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