Berlioz : fuyons ces lieux où la parole est vile, la joie ignoble et le geste brutal ! (1)

Quels lieux doit-on fuir, à votre avis ? La France, peut-être pas, mais la Macronie sans hésiter !

Comme quoi les paroles de Berlioz citées dans le titre ont un côté prophétique. C’est donc Berlioz qui va nous accompagner tout au long de cet article avec La Damnation de Faust, légende dramatique composée en 1846 d’après…Goethe (Ah bon, vous l’ignoriez ?).  La première de la Damnation, le 6 décembre 1846, fut un échec retentissant. Même chose pour la seconde représentation, le 20 décembre suivant. Il faudra attendre 1877 pour que deux formations concurrentes (Colonne et Pasdeloup) donnent des concerts au même moment, au Châtelet pour les premiers, au Cirque d’Hiver pour les seconds, pour que l’œuvre soit rejouée en France (Berlioz étant mort en 1877) et portée en triomphe ! Ah, ce public versatile !

Mes parents avaient travaillé la Damnation à la fin des années 40, à Angers. Et toute ma jeunesse a été bercée par cette musique. Avant de vous en proposer des extraits, puis deux intégrales fort différentes, 

(Berlioz s’était inspiré de la traduction de Gérard de Nerval, mais les paroles sont du compositeur lui-même) :

Livret Damnation de Faust

On retrouve, dans cette musique, les trois fils conducteurs de toute vie humaine (déjà évoqués avec les Carmina Burana) : la Nature, la bonne chair, l’amour. Berlioz n’hésite pas à faire dans le coquin, ainsi la ronde des paysans dans la première partie :

« – Ne me touchez pas ainsi !

– Paix ! Ma femme n’est point ici !

Profitons de la circonstance ! »

Dehors il l’emmena soudain

Et tout pourtant allait son train.

 

Et encore, je n’ai pas parlé des robes qui volaient en l’air ! Mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Mais revenons à cette ronde des paysans : on entend ensuite la voix de Faust qui regarde une armée s’approcher et c’est la Marche hongroise qui conclut la première partie. Allez, je vous la redonne !

C’est dans la deuxième partie que les choses sérieuses commencent ; le jour de Pâques, Faust décide de se suicider en avalant du poison. Entendant des pèlerins célébrer la résurrection du Christ, il renonce à son projet et c’est là qu’apparaît Méphisto, surgissant comme un diable hors de sa boîte. Il décide de se mettre au service de Faust, lequel demande pourquoi. « Pour connaître la vie et laisse le fatras de ta philosophie« , lui rétorque-t-on. Et voilà nos deux héros dans une taverne où l’on « boit comme une tonne », où des hommes particulièrement éméchés chantent des airs sur n’importe quel sujet, comme Brander avec sa « chanson du rat ». Méphisto y va de son couplet avec la « chanson de la puce ». Mais Faust déteste cette ambiance, son diabolique compagnon l’amène sur un champ de roses et lui apporte un sommeil enchanteur au cours duquel Faust aura un certain nombre de visions, dont celle de Marguerite. Méphisto va utiliser celle-ci comme appât afin d’attirer inéluctablement Faust vers l’Enfer :

 

Une fois réveillé, Faust n’a plus qu’une idée, rencontrer cette Marguerite apparue dans son rêve. Il va demander à Méphisto de l’amener à sa maison. Ils aperçoivent des soldats qui défilent et, non loin, des étudiants qui ne demandent qu’à faire la fête, les deux groupes finissent par se rejoindre. Ici on est face à une page spectaculaire de Berlioz : d’abord les soldats, un choeur à trois voix d’hommes, puis les étudiants, deux autres voix d’hommes. Il faut beaucoup de monde pour chanter et en 1983, trois chorales ont été requises. On pourra remarquer que les paroles du choeur des soldats ont de quoi faire bondir Sardine Ruisseau…Sandrine Rousseau :

« Fillettes sucrées aux malins regards, victoire certaine près de vous m’attend ».

Et plus loin :

« Fillettes et villes font les difficiles, bientôt tout se rend ».

Tout un programme ! Bon, pour tout avouer, je connais une usine de charcuterie près du Mans qui propose des « rillettes en fût », aucun rapport ? Pas si sûr !

Bon je m’égare, revenons à Berlioz : les soldats, puis les étudiants (qui chantent en latin mais je vous ai fait une traduction placée dans le livret), les deux chantent ensemble, c’est absolument grandiose ! Lors de notre deuxième concert à Fontevraud (après celui du Mans), les chœurs ont tout donné dans ce passage, tellement donné que juste après le concert on s’est pris une magistrale remontée de bretelles de la part du chef de chœur ! La raison ? On a commencé à accélérer le tempo et Marc Soustrot, pourtant professionnel confirmé, n’a pas eu d’autre choix que de demander à l’orchestre de nous suivre. Résultat ? La représentation suivante était à Angers. Naturellement avant le concert on a eu droit à une petite répétition. « Messieurs, on va reprendre le chœur des soldats et des étudiants, suivez bien ma battue et surtout ne me refaites pas le coup de la dernière fois ». Chef, oui chef !

Mais il y a une chose encore plus extraordinaire dans ce passage, c’est le mélange de deux rythmes différents. Un peu de solfège ?

  (Lorsque les deux chœurs sont ensemble, celui des soldats n’est plus qu’à deux vois au lieu de trois).

 

C’est Igor Markevitch qui dirigeait l’extrait que je viens de vous proposer (comme le chœurs des paysans au début de cet article). La version de Markevitch porte bien ses soixante-deux ans ! Elle aurait aussi pu être la meilleure version de tous les temps ! Malheureusement, la maison de disques Deutsche Grammophon avait exigé que la Damnation tienne sur deux 33 tours, chose impossible, donc il a fallu effectuer des coupures : le chœur de Pâques est amputé d’un couplet (deuxième partie), une reprise manque au menuet des follets (troisième partie), une partie du duo entre Méphisto et Faust manque dans la quatrième partie. Dommage si on connaît bien l’œuvre ! Sinon, voilà ce que ça donne, quelle énergie dans cette direction !

La suite de la Damnation de Faust au prochain numéro !

Filoxe

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6 Commentaires

  1. Hector Berlioz est un très grand compositeur avec des œuvre comme la Damnation de Faust , l’Enfance du Christ et beaucoup d’autres ont montrer tout l’étendue de son immense talent.

  2. Merci d’élever notre écoute vers autre chose que le boum boum!
    Cela dit: dans le premier extrait une voix de ténor exceptionnelle intervient avec le chœur (tout ça allait bon train ah ha ah !) Un timbre clair ,tendu, à l’aigu facile et avec une diction impeccable. Pouvez-vous me dire qui est-ce? (probablement d’avant guerre!!!) Cela nous change de ces solistes  »étrangers » qui n’ont pas le  »phrasé »naturel du Français . Berlioz a eu quand même du mal à s’imposer en France alors qu’il est un compositeur majeur (symphonie fantastique, Les troyens, Requiem,…..etc!) Je me souviens avoir chanté la Damnation avec nos amis Allemands alors que le chef d’un certain âge découvrait La damnation du docteur Faust de BERLIOZ en 2010. Curieux!!!

    • Merci pour votre commentaire, l’extrait proposé vient de la version Markevitch enregistrée en 1959.
      Le ténor (Faust) est Richard Verreau.
      Méphisto : Michel Roux.
      Marguerite : Consuelo Rubio.
      Choeur Élisabeth Brasseur.
      Orchestre Lamoureux.
      La version intégrale figure en fin d’article.

  3. Vous avez raison, Filoxe, fuyons la Macronie! La musique adoucit les mœurs, dans le cas de Macron et ses sbires, ça ne fonctionne pas!

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