Tout le monde n’a pas la « chance » d’avoir un beauf communiste !

A la manière de Balzac, les portraits d’Argo.

TOUT LE MONDE N’A PAS « LA CHANCE» D’AVOIR DE LA FAMILLE COMMUNISTE.

Avoir de la famille communiste procure parfois de grandes joies. Le sectarisme des membres des adorateurs  de la faucille et du marteau m’a toujours fort diverti. Les voir persister dans leurs erreurs durant des décennies pour ma part, a embelli ma vie.
Témoin, un beau-frère, encarté  au  PCF, ardent défenseur de l’égalité pure et dure, adepte  de la lutte des classes sans merci, génocideur potentiel de la bourgeoisie et accessoirement de tous ceux qui ne dorment pas avec les ouvrages de Marx et d’Engels sous leur oreiller, partisan de la  collectivisation  totale, admirateur inconditionnel de Staline, Lénine, Thorez,  Georges Marchais, et de plusieurs autres.
J’ai fait connaissance de  ce défenseur éminent de la dictature du prolétariat en 1971. Pendant quelque quarante ans, j’ai eu le temps d’étudier ses traits de caractère, qui m’ont rendu quelquefois perplexe. Cet homme est une énigme. Il est totalement et farouchement opposé à  la propriété privée, par contre il a fait l’acquisition d’un pavillon, ce qui me semble quelque peu contradictoire. Tous les signes extérieurs de richesse, je dirais d’une honnête aisance, sont pour lui à proscrire. Mais, à la suite d’un petit héritage, il s’est empressé de faire l’acquisition d’une grosse berline Renault. Il hait tous ceux qui occupent une position supérieure à la sienne et méprise ouvertement  ceux qui lui sont inférieurs.
Il me déteste cordialement depuis qu’il a appris que mon père était militaire de carrière, et qu’à ce titre il a combattu en Algérie. Ce collectiviste pur et dur n’a cessé d’affirmer que l’armée française  a torturé odieusement les malheureux Algériens pendant tout le conflit, que ces mêmes Algériens étaient des victimes, etc. D’ailleurs, dans la ville où il réside, il fréquente ostensiblement les membres de cette communauté. Il ne faisait pas partie d’une unité combattante, mais était affecté aux services médicaux en tant que brancardier. Quand il affirme être un ancien combattant, je suis quelque peu sceptique. Un de mes cousins, affecté dans une unité combattante, lui,  est mort torturé par le FLN, et là, il s’agissait vraiment de torture. La gégène est sans commune mesure avec ce qu’il a subi. D’ailleurs, je soupçonne le beauf  d’avoir été un sympathisant du FLN. Il a tout à fait le profil du traître, de Judas, enfin de l’idée que je m’en fais..
Nos routes se sont séparées depuis les élections présidentielles de 2012. Il avait décidé de voter Mélenchon au premier tour, puis Hollande au deuxième. Je m’étais, gentiment, moqué de lui. Mélenchon le pro-migrants, et la nouille Hollande? Plutôt crever!  «Rendez-vous dans cinq ans, lui avais-je dit, et tu m’en diras des nouvelles». Depuis, nous nous sommes perdus de vue. La déception a été sans doute trop forte.
J’aurais dû être plus compréhensif et plus charitable avec lui, je pense. Cet homme a toujours été un éternel déçu. Songez donc,  jamais un communiste n’est  parvenu à la magistrature suprême, ni  au poste de premier ministre. Ils ont obtenu quelques portefeuilles sous De Gaulle, Mitterrand, mais à chaque fois, ils n’ont pu changer le cours de l’Histoire. Et même carrément  faits cocus sous Mitterrand.  Rajoutez à ça la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne, l’effondrement de l’URSS, et vous comprendrez le désespoir de ce malheureux. Je pense, au contraire de Marx, que ce n’est pas la religion qui est l’opium du peuple, mais la doctrine communiste. Opium qui permet de traverser les années en espérant toujours le grand soir de la dictature prolétarienne, qui a quand même causé 107 millions de morts et des poussières. Mais quand on  aime, on ne compte pas.
Le deuxième communiste que j’ai connu, c’est un de mes oncles, le frère aîné de mon père. Mais pour lui, je suis enclin à me montrer indulgent. Nullement parce que c’était un membre de ma famille — il est décédé — , mais parce que c’était un honnête homme.
Il devint communiste à la suite de son entrée dans le maquis, où il s’est battu, faisant preuve de bravoure et d’audace. Il a même participé à l’attaque d’une prison, dans le but de délivrer des résistants qui y étaient détenus. À la libération, il a refusé tous les postes administratifs, les aides, les honneurs, les crédits qu’on lui proposait  pour améliorer son retour à la vie civile, aides qui étaient proposées à ces combattants de l’ombre. Il a repris en main sa petite affaire de plomberie. Il est entré au service des Eaux, quelque dix ans après, par la petite porte. Il est devenu chef de station de traitement des eaux à la fin de sa vie professionnelle, en ne demandant rien à personne, par son seul mérite.
Ce n’était pas un communiste pur et dur, on pouvait dialoguer avec lui. D‘ailleurs, des bruits couraient que derrière le rideau de fer, ça n’était pas tout à fait ça, le paradis communiste. Tonton évolua. Disons qu’il devint un communiste modéré. Il bascula définitivement dans l’opposition au marxisme le jour où il épousa en secondes noces une transfuge des pays de l’Est, originaire de Pologne. Ce que lui relatait son épouse allait  à l’encontre de ce qu’il imaginait. Il put s’en rendre compte  lorsqu’il se rendit en Pologne pour rencontrer sa belle-famille, après moults difficultés. La misère des campagnes polonaises de cette période, il faut l’avoir vue de près pour s’en rendre compte.  Ce fut en août 1968, qu’il vira définitivement sa cuti.
Quittant la famille polonaise, lui et sa moitié, histoire de faire du tourisme, décidèrent de passer par la Tchécoslovaquie, juste avant  le 21 août 1968, date à laquelle les troupes soviétiques envahirent  ce pays. Le tonton avait une manie bizarre qui faillit lui coûter cher. Jugez-en : il ne roulait que dans de bonnes grosses Ford Taunus.  Il se retrouva coincé dans la campagne tchécoslovaque par un détachement de l’armée rouge. Le gradé qui lui demanda ses papiers lorgnait la Ford d’un mauvais œil; pour lui c’était carrément un capitaliste qu’il avait en face de lui. Une bagnole du pays de l’ennemi héréditaire!  Pour faire le malin, tonton sortit sa carte de membre du PCF.  L’officier soviétique vit rouge, c’est le cas de le dire; il déchira la carte, jeta les morceaux par terre, cracha dessus, et l’oncle fut amené au gnouf pour vérification. On le retint deux jours. Son épouse fit des pieds et des mains pour le faire libérer. Quand il sortit, c’était un autre homme.
Revenu en France, il nous rendit visite un soir et nous conta son histoire. Communiste, il ne l’était plus. « J’ai beaucoup rosi, nous disait-il.» Et comme il racontait partout son périple en pays soviétique; , je pense que les membres de la cellule communiste du coin ont dû le maudire. Lui n’a pas dû beaucoup pleurer le jour de la chute du mur de Berlin, encore moins lors de l’effondrement  du bloc  soviétique. C’était un honnête homme, c’était mon oncle. Qu’il repose en paix, il l’a bien mérité.

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5 Commentaires

  1. Belles histoires
    Stupides énergumènes.
    Beau recit.
    A peine croyable.
    Maintenant preservons nos derniers communistes avant empaillements 🤣🤣🤣

  2. Si la religion fut, un temps, l’opium du peuple, depuis lors, l’opium est devenu la religion du peuple … Churchill disait « Si, à vingt ans, vous ne votez pas à gauche, vous manquez de cœur. Si, à quarante ans, vous ne votez pas à droite, vous manquez de cervelle … » L’histoire de votre oncle illustre bien cette définition.

  3. On a tous ce genre de personnage dans son entourage.
    Personnellement, c’est mon frère, ex délégué CGT de l’EN à la retraite, un camping-car de 120000 euros et une Mercedes 600 Classe S, d’occasion et pas récente, certes, mais ce n’est tout de même pas la voiture que l’on attend chez un ouvrier encarté….camarade! Révolution!
    Dans un autre style, j’ai souvenir d’un collègue, CGT, encarté, qui distribuait des tracts pour acheter Français dans les années 80 au volant de sa ….Lada…no comment!

  4. Tout comme Antiislam, merci Argo pour le portrait de votre oncle.
    cela fait beaucoup de bien d’entendre évoquer la mémoire de personnes de cette intégrité. Ces récits nourrissent l’espoir.

  5. Bonjour,

    Merci de ces belles tranches de vie, Argo.

    Mon père a vécu sa jeunesse dans la Corrèze, autrefois ultra-stalinienne , que vous avez dû connaître.

    Peu avant sa mort, il m’a confié en avoir beaucoup souffert …

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