Où est notre Lynyrd Skynyrd ? En 1974, une seule chanson suffit pour rendre leur fierté aux gens du Sud

Oui, où est notre Lynyrd Skynyrd ? C’était Johnny chantant la fête du cochon à Hayange…

 

 

Oui, en 1974, il n’aura fallu qu’une seule chanson pour rendre leur fierté aux gens du Sud.

D’Alabama précisément.

Grâce aux frères Van Zant du groupe Lynyrd Skynyrd, les « rednecks » déclassés de l’ancien État confédéré purent enfin s’enorgueillir de leur condition tant raillée par les gauchistes américains.

Par comparaison, c’est comme si Johnny Halliday interprétait, face au mépris de la gauche-caviar parisienne, un hymne aux bouseux du Cantal ou à la fête du cochon d’Hayange.

Lynyrd Skynyrd ? Au-delà d’un nom imprononçable, arborant toujours une croix, c’est un rock’n’roll teinté de country et de blues, entouré de groupies et de choristes légèrement vêtues.

Mais après tout, si RR prend la défense d’Orelsan (seul rappeur blanc ? Et Eminem alors ?), pourquoi ne pas faire la promotion d’un groupe yankee ?

 

 

Alors, c’est vrai, l’Alabama fut longtemps le symbole de l’esclavagisme et de la lutte des Noirs contre la ségrégation. Combat initié en 1955 par le « boycott des bus de Montgomery » mené par son égérie Rosa Parks et un jeune pasteur, Martin Luther King.

Quinze ans après, l’État sudiste est vilipendé par le chanteur Neil Young, du génial CSNY (Crosby, Stills, Nash and Young) qui entendait encore « le fouet claquer » dans « Southern Man » et  « Alabama ».

Chanteur « engagé » de la gauche américaine, Neil Young se battait contre la guerre au Vietnam, Nixon et le racisme des « rednecks ».

En 1971, il avait composé, avec justesse d’ailleurs, « Ohio », en protestation à la fusillade de l’université d’État de Kent : 4 étudiants manifestant contre l’intervention américaine au Cambodge avaient été tués par la garde nationale.

 

 

L’époque était à la répression violente de manifestations pacifiques comme lors du « Bloody Sunday » (14 morts) en Irlande du Nord en janvier 1972, là aussi resté dans les mémoires grâce à la chanson du groupe U2.

 

 

Mais Neil Young avait créé la polémique en amalgamant les habitants de l’État au drapeau confédéré avec les membres du KKK.

C’est que, pendant la Grande Dépression de 1929, nombre de ruraux blancs du Sud avaient souffert de la crise économique et du Dust Bowl (tempête de poussière) de 1936. De cette époque, restent les magnifiques photos de Dorothea Lange et, pour l’Alabama, celles de Walker Evans de la FSA (Farm Security Administration).

 

 

« Migrant Mother » – Dorothea Lange

 

 » Bud Fields and Family in Bedroom », Hale County, Alabama – Walker Evans
« Floyd and Lucille Burrough »- Walker Evans

 

 

« Fleeing a Dust Storm » – Walker Evans
« Frank Tengle, Bud Fields, and Floyd Burroughs, cotton sharecroppers », Hale County, Alabama -Walker Evans

 

Mais la frange gauchiste américaine n’avait d’yeux que pour les Noirs : elle oubliait que des Blancs vivaient dans la misère et l’exclusion. Un peu comme ces associations françaises et leurs dames patronnesses qui passent à côté des SDF bien-de-chez-nous et des paysans en péril.

Car c’est moins rémunérateur.

Notre dernier hymne à la France date, peut-être, de Michel Sardou, mais il est complètement désenchanté :

 

 

Une bonne mélodie, un bon film, un bon texte et d’admirables interprètes peuvent pourtant abattre n’importe quelle idéologie.

Mais nous, Français, attendons toujours, le « guitar hero » qui pourrait nous rendre honneur et fierté.

 

« Simple Man »- Lynyrd Skynyrd

 

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14 Commentaires

  1. MERCI POUR CE MOMENT D’EMOTION. Ces photos nous montrent que tout un chacun peut un jour devenir l’enfant perdu de la destinée.

    Et que le tragique peut atteindre autant le blanc que le noir. IL me semble que « les raisins de la colère » de John Stenbek est un film hommage à ces gens humbles et émouvants. « On achève bien les chevaux » de Horace Mac Coy nous remet aussi en mémoire l’époque de cette gigantesque crise.

    Nous sommes tous fragiles face aux aléas de la vie. Et nous avons trop tendance à penser en individualistes, alors que c’est la solidarité qui peut nous permettre de sortir de l’épreuve.La solidarité, la mise en commun doit être un réapprentissage face aux épreuves qui nous attendent. Car l’engeance d’en haut ne veut pas le bonheur de l’homme.

  2. les carpetbaggers Nordistes se sont conduits en pays conquis après la guerre ( Vae Victis ) avec l’appui et la bénédiction du gouvernement ce qui reste , à juste titre , dans les mémoires des Sudistes

  3. J’adore Neil Young et CSNY mais c’est vrai que je ne « saisi » pas tous leurs textes car peut-être que je serais déçu.
    Ironie de l’affaire, je pensais que Lynyrd Skynyrd était dans la même veine puisqu’ils chantaient aussi l’Alabama.. Par contre j’avais cru comprendre que Neil Young était particulièrement opposé à l’élection de Trump ceci expliquant cela.
    Ce que je n’aime pas c’est l’utilisation faite de certaines chansons que l’on utilise pour tout et n’importe quoi, en les sortant de leur contexte. C’est un peu la mauvaise habitude prise par des politiques et organisations diverses dont l’objectif est de se saisir de tout pour rallier du monde à leur cause un peu à la façon des publicitaires qui se servent d’airs connus pour vendre leur camelote. Par exemple  » a change is gonna come  » de Sam Cooke dont on se sert pour illustrer aussi bien l’apartheid que les migrants alors qu’au départ c’est la condition des noirs dans un endroit et à un moment précis qui donne toute sa force et l’émotion à ce chant
    C’est pareil pour « Strange Fruits » que chantait Billy Holliday et qui a été repris par Nina Simone, une chanson bouleversante qui parle des pendaisons arbitraires d’esclaves d’une façon suggérée et non pas assénée ce qui lui en donne une portée beaucoup plus forte et il me semble que je l’ai entendu lors l’affaire du déboulonnage de la statue du général Lee utilisée par ces gens qui ont fait de l’agit prop après la déconvenue pour eux de l’élection de Trump
    Je dirais de la même façon pour James Brown et son « say it loud I’m black and i’m proud » qui n’est pas un appel pour tout casser mais pour une prise de conscience collective que les noirs Américains ne doivent plus faire de complexe face au blanc et prennent leur destinée en main car ils ont toute leur place dans la société.
    Aujourd’hui on vulgarise et on galvaude ces chanson qui sont autant de marqueurs d’une époque bien précise et par là on leur enlève toute portée symbolique.

    • Bonjour,

      Je crois que Neil Young a avoué qu’il avait été maladroit sur cette chanson et a chanté avec Lynyrd Skynyrd.

      Merci pour les références musicales et littéraires, c’est toujours intéressant d’en savoir plus ! (A Lucide aussi)

  4. Excellent article Yan !
    Il y a quand même chez nous un excellent auteur et interprète, c’est Jean Pax .. En tournée bientôt en province.
    Ce n’est hélas pas de la country-music, mais ça remue les tripes un peu comme les textes de Johnny Cash…
    Et sur les red necks, les bons bouquins d’Alain Sanders …

    • Merci Conan pour ces références qui me sont inconnues, même si j’ai déjà entendu parler de Jean Pax (récemment, par Valeurs Actuelles) et de Johnny Cash. Je vais d’ailleurs aller m’informer sur leurs œuvres.

  5. Sur la scène de Lynyrd Skynyrd: cachez ce drapeau confédéré (« Stars & Bars ») que je ne saurais voir!!

  6. Votre héro, le déchet humain Bertrand Cantat, déjà occupé à essayer de buter une troisième femme.Ce cafard est protégé.
    http://www.leparisien.fr/laparisienne/actualites/people/une-main-courante-contre-bertrand-cantat-18-02-2018-7565571.php#xtor=AD-1481423553
    Lui le jour où on va creuser dans son jardin va falloir rouvrir des catacombes!
    Un petit bonus pour les filles…
    http://afriquefemme.com/fr/112-mariage/vie-de-couple/732-voici-pourquoi-les-femmes-europeennes-aiment-les-noirs

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