Face à l’afflux de réfugiés, la Suède franchit un pas de plus dans le contrôle de ses frontières. Depuis lundi, les autorités exigent une pièce d’identité pour franchir le pont de l’Öresund, qui surplombe le détroit séparant la Suède du Danemark et constitue le principal point d’entrée des réfugiés dans le royaume. Désormais, les migrants tentant d’embarquer sans papiers d’identité dans les autocars et les trains qui y circulent sont automatiquement refoulés. De même que ceux en transit vers la Norvège ou la Finlande refusant de déposer une demande d’asile sur place.

La Suède avait déjà rétabli, le 12 novembre, les contrôles à ses frontières, concentrés sur le pont de l’Öresund et les ferries en provenance des ports danois et allemands de la mer Baltique, suscitant la colère des compagnies de ferries. Mais ces vérifications n’étaient réalisées que de façon aléatoire et à des points spécifiques de l’axe.

Désormais, l’ensemble des voyageurs en autocar empruntant l’autoroute située sur le pont, ainsi que les passagers du train qui y circule, doivent présenter une pièce d’identité telle que leur passeport ou leur carte d’identité. Une clôture de deux mètres de haut et plusieurs centaines de mètres de long a par ailleurs été érigée en gare de Malmö afin d’empêcher les migrants refoulés de se précipiter vers les trains en partance pour la Suède. Une clôture avait déjà été installée, côté danois, en gare de Kastrup, desservant l’aéroport de Copenhague.

Une première depuis les années 1950

Un tel dispositif n’avait jusqu’alors jamais été mis en place sur l’Øresundsbron (le nom du pont), inauguré en 1999. Les deux États qu’il relie sont signataires de l’accord de Schengen et, à ce titre, ont abandonné les contrôles à leur frontière commune depuis 1995. Plus globalement, un contrôle drastique des arrivées sur le territoire suédois n’était pas arrivé depuis 1950, souligne le quotidien britannique The Guardian .À cette période, le pays s’était en effet ouvert à une main d’œuvre immigrée, puis avait maintenu une politique d’ouverture aux réfugiés devenue emblématique. Plus de 20% des résidents suédois sont d’origine étrangère.

Lors de l’annonce de cette mesure, parmi d’autres dispositifs destinés à limiter le nombre d’arrivées sur le territoire suédois, la vice-première ministre Asa Romson avait d’ailleurs fondu en larmes. Jusqu’alors, la coalition des sociaux-démocrates et des Verts avait en effet affiché sa volonté d’accueillir le plus grand nombre possible de réfugiés fuyant les conflits, et notamment syriens.

Un «mur de Berlin»

Ces dispositions, conjuguées à un prochain resserrement des conditions de séjour, ont eu un effet immédiat: le nombre de nouvelles arrivées en Suède a fortement diminué à partir de mi-novembre. Le royaume scandinave, qui compte 9,8 millions d’habitants, en a reçu plus de 160.000 cette année et en attend 170.000 l’an prochain. D’après The Guardian, le nombre de demandeurs d’asile a atteint 10.000 par semaine à l’automne. Les autorités entendent réduire ce nombre à 100 par semaines cette année.

Mais ces contrôles auront également des conséquences pour les 8600 Suédois et Danois qui font régulièrement le trajet entre Copenhague, la capitale danoise, et Malmö, troisième ville suédoise dans laquelle débouche le pont. Les trains seront moins nombreux et des retards de 10 à 50 minutes sont prévus par rapport aux horaires habituels. «C’est comme si on construisait un mur de Berlin», s’est indigné le porte-parole d’une association d’usagers du pont, cité dimanche par le quotidien suédois Dagens Nyheter.

La mesure déplaît aussi fortement au Danemark: le pays n’a reçu cette année que 18.000 demandes d’asile, la plupart des réfugiés espérant poursuivre leur trajet vers la Suède, la Norvège ou la Finlande. Le pays craint que les migrants refoulés par la Suède ne restent désormais sur son sol. Lors des ses vœux, le premier ministre danois aainsi affirmé que son pays envisageait d’instaurer des mesures similaires sur sa frontière avec l’Allemagne.