Croisades : quand l’islam menaçait, déjà, la chrétienté, 2

Publié le 31 juillet 2012 - par - 5 commentaires

Deuxième chapitre d’un ensemble de 3 articles  résumant deux ouvrages de Steven Runciman, History of the Crusaders et Thomas Madden, The real History of the Crusades, traduits par Alceste pour le premier et par Marwan al Kindi pour les deux autres.

 Pour lire le premier article, cliquer ici.

Les succès de la première croisade avaient donné à la Chrétienté un point de chute au Moyen-Orient, pour la première fois depuis des centaines d’années, avec la fondation de quatre bastions, connus de nos jours sous le nom de « Etats Croisés » : le Comté d’Edesse et la Principauté d’Antioche, fondés en 1098, le Royaume de Jérusalem, fondé en 1099, et le Comté de Tripoli fondé en 1104. Le vent était-il enfin devenu favorable à la Chrétienté ?

Ce ne fut pas le cas. C’était encore l’ère musulmane, et de nouvelles croisades seraient encore lancées pour faire face au péril islamique. En réalité, il y a eu une multitude de croisades – si l’on inclut les croisades mineures – et ce jusqu’à la fin du 17ième siècle. Cependant, on a coutume d’identifier huit croisades principales, allant de 1096 à 1270, bien que cette datation omette de nombreuses batailles importantes.

La deuxième croisade souleva un grand enthousiasme, alors que le Comté d’Edesse était submergé par les Turcs et les Kurdes en 1144 (Note du traducteur : nomades arrivés d’Asie Centrale, depuis à peine deux siècles). Menée par Louis VII de France et Conrad III d’Allemagne et encouragée par Saint Bernard, cette croisade fut un complet désastre. La plupart des Croisés furent tués avant même d’atteindre Jérusalem, cette campagne fut plus un mal qu’un bien, tandis que les conquêtes musulmanes progressaient.

C’est pour cette raison que Madden écrit : « Les Croisades de la fin du 12ème siècle…devinrent un effort de guerre totale ». Tous devaient contribuer à l’effort de guerre, du notable au paysan, soit en donnant leur vie ou leur fortune pour la défense de la Chrétienté, soit par les prières ou les aumônes, pour assurer la victoire. Hélas, c’était l’époque du grand chef musulman, Saladin, et en 1187 il détruisit les armées chrétiennes et reprit les villes chrétiennes les unes après les autres. Finalement, après un siècle sous le gouvernement chrétien, Jérusalem capitula le 2 octobre.

La perte de la Ville Sainte suscite la troisième croisade. Menée par des personnages légendaires tels que Richard Cœur de Lion d’Angleterre, l’empereur allemand Frederick Barberousse, le roi Philippe II de France, elle fut parfois appelée la Croisade des Rois. Ce ne fut pourtant pas une mince affaire. Les armées de l’empereur abandonnent la campagne en 1190 suite à la noyade de l’empereur âgé qui traversait une rivière à cheval, le roi Philippe se retire après avoir repris la ville d’Acre, à cause de frictions continuelles avec Richard. Le roi anglais parvient à tenir la place, malgré tout. Faisant preuve d’un sens du commandement hors pair et de compétences stratégiques, il poursuit vers le sud et finalement reprend toute la côte de la Terre sainte. Cependant, le joyau de la couronne, Jérusalem, échappe à son emprise. Pensant qu’il ne parviendrait pas à tenir la place (car de nombreux Croisés rentraient chez eux), il se contente de conserver ses places fortes, sans plus, et signe avec Saladin un pacte pour permettre aux pèlerins l’accès aux lieux saints. Richard retourne alors chez lui et ne revoit plus la Terre sainte, il meurt des suites d’une blessure lors d’une bataille en Europe en 1199.

L’enthousiasme pour les croisades se maintenait toujours au 13ème siècle et les croisades étaient plus importantes en organisation et en  financement, mais leurs résultats devinrent moindres. En fait, en 1291, le Royaume des Croisés était rayé de la carte.

La dernière croisade : nos livres d’Histoire

Etant donné que les croisades n’avaient pas atteint leurs objectifs elles ont été  considérées comme des échecs, ce qui nous amène à l’un des mythes sur les Croisades. On prétend que ces campagnes médiévales seraient la raison des sentiments anti occidentaux au Moyen-Orient de nos jours, or cela n’a aucun sens. En réalité, comme le souligne Madden dans Zenith  « Si vous aviez demandé au 18ième siècle à un musulman ce qu’il pensait des Croisades, il aurait répondu qu’il ne comprenait pas de quoi vous parliez ». Et c’est logique : pourquoi se seraient-ils rappelé les Croisades ? Du point de vue musulman, elles n’étaient que des victoires de routine – comme tant d’autres – des évènements qui s’oublient au fil du temps. Par contre, ce qui suscite la cause du ressentiment anti occidental du 19ème siècle est la propagande pro Occident, soit quand la France et l’Angleterre ont finalement colonisé les terres musulmanes en voulant y imposer leur propre impérialisme. Dans ce but, ils ont enseigné aux musulmans, dans les écoles coloniales, que les Croisades avaient été un exemple d’impérialisme apportant la civilisation à un Moyen-Orient attardé. Ce n’est que plus tard, lorsque l’impérialisme devient discrédité que les Croisades furent du même coup discréditées. Les musulmans ont alors utilisé cette falsification de l’Histoire contre l’Occident.

Il y a encore de nombreux mythes sur les Croisades, comme celui de l’anti sémitisme des Croisés. S’il est vrai qu’il y eut deux massacres de Juifs pendant les Croisades, il y a une explication à l’Histoire comme le souligne Madden dans  Zenith :

Aucun Pape n’a jamais demandé une croisade contre les Juifs. Pendant la première croisade, une bande de vauriens, non associés avec l’armée, (la croisade du peuple)  a fondu dans les villes de  la Vallée du R pour piller et tuer des Juifs… Le Pape Urbain II et les papes suivants ont fermement condamné ces attaques contre les Juifs. Les évêques locaux, le clergé et les laïques ont essayé de protéger ces Juifs, avec un succès assez limité. De même, pendant  le début de la deuxième croisade, un groupe de renégats a tué beaucoup de Juifs en Allemagne avant que Saint Bernard ne parvienne à mettre fin à de tels agissements.

Nous y voyons plus clair : dans chaque guerre il se trouve des éléments qui commettent des transgressions. Les Etats-Unis ont eu les massacres de My Lai au Viet-nam, et d’Abu Graib en Irak. Cependant, pour faire écho à Madden, il serait injuste de dire que l’objectif final des Forces américaines était de tuer des civils innocents et de commettre des viols.

Les Croisés ont commis d’autres crimes, il est vrai. Pendant la seconde croisade, les guerriers ont stupidement attaqué la ville de musulmane de Damas, qui avait toujours été une alliée des Chrétiens. Pire encore, lors de la quatrième croisade, ils ont mis à sac Constantinople – la ville des Chrétiens d’Orient qu’ils étaient venus défendre – et les Croisés ont aidé un imposteur à monter sur le trône Byzantin, qui leur refusa ensuite l’aide qu’il leur avait promise, juste retour de bâton. Innocent  III, le pape de l’époque, condamna ces attaques (il avait auparavant excommunié ces Croisés) mais le mal était fait, et ceci a contribué à élargir hors de proportions réparables la faille du Grand Schisme.

Là encore, il convient de  remettre les choses dans leurs justes perspectives.  Les armées médiévales n’avaient pas la discipline et l’ordre des armées modernes, elles étaient avant tout, médiévales. Il était impossible en ces temps-là de mettre des milliers d’hommes sur un champ de bataille sans qu’il y ait des horreurs, mais en fait, on ne le pourrait pas non plus de nos jours.

Malgré tous ces échecs et tribulations, on peut se demander pourquoi les Européens ont continué les croisades bien après la fin du 13ème siècle. On peut se demander : pourquoi diable tous ces morts et ces fortunes englouties ? Alors la réponse tient dans un seul mot : survivre. Les menaces mentionnées plus tôt n’avaient rien de théorique. En effet, les armées musulmanes ont finalement éradiqué l’empire Byzantin, et Constantinople a été nommée Istanbul. Elles ont traversé le Bosphore et pénétré dans les Balkans et leurs lointains descendants se sont, de nouveau, heurtés à l’Occident, dans les années 90. Les Turcs Ottomans ont pris la ville d’Otranto en Italie en 1480, précipitant l’évacuation de Rome. Les Ottomans ont occupé la Hongrie pendant 158 ans et en 1529 et 1683, ils ont même menacé les portes de Vienne.

Finalement, le vent a tourné contre le Dar al Islam. Les Ottomans ont perdu la bataille de Vienne en1683, et l’Europe était dans une ascension fulgurante. Elle a dépassé le monde de l’islam, sur les plans technologiques, et dans sa marche vers la modernité, les chrétiens  « barbares »  deviennent une civilisation éblouissante. En fait, ils deviennent enfin assez dominants pour oublier à quel point leur place au soleil est récente – et peut-être de courte durée.

Alors finalement, les Croisades ont-elles été un désastre ? Il n’y a eu aucun Charles Martel ni un Duc de Wellington pour changer le cours de choses, aucune action accomplie pour affirmer ensuite : « Ce jour-là, nous avons tué le dragon » ou « C’était leur heure de gloire ». Ils n’ont atteint aucun de leurs objectifs. Mais l’ère des Croisades a permis de tenir tête à une époque où la Chrétienté était repoussée vers les abîmes, et où bon an mal an, parvint à les repousser. Bien évidemment ces vues ne sont pas à la mode du temps. Mais il est facile, aujourd’hui, d’accuser ces guerriers médiévaux de ce que l’on veut, car ils ne sont plus là pour se défendre. Cependant, s’ils n’avaient pas vaillamment défendu l’Occident, nous ne serions plus troublés par le passé, car ne serions tout simplement pas présents.

Traduction de Marwan al Kindi

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5 réponses à “Croisades : quand l’islam menaçait, déjà, la chrétienté, 2”

  1. Avatar Philippe dit :

    La conclusion est très juste.
    La question maintenant est de savoir si nous sommes prêts à défendre notre laïcité plutôt tolérante envers les religions qui restent à leur place, ou si nous allons nous enfoncer encore dans les accommodements « raisonnables »
    J’ai un peu peur de l’avenir, nous (nos élus) avons offert un projet qui etait plutôt beau, l’autre pouvait venir sans trop de contraintes, persuadés que nous étions que notre modèle serait adopté par cet autre avec joie. Tout comme nous pensions qu’une mosquée etait un simple lieu de prières et que le « aime ton prochain comme toi meme » etait partagé par les musulmans.
    Naïfs que nous fûmes.
    Et combien de Francais devant notre présent désastre disent désormais « c’est comme ca on y peut rien, le monde à changé » etc etc sans admettre ou savoir que l’islam est l’islam qu’il soit dans les grottes d’afghanistan ou le confort d’un quatre étoiles.

  2. Avatar Manishie dit :

    Effectivement Philippe l’islam reste l’islam et ses desseins sans équivoques ..petit exemple de ce qui circule sur la toile posté par un internaute en Algérie ..et ce genre de message est bien loin d’être isolé..

    « Ô peuple adorateur d’idoles, adorateur de flammes, peuple des ténèbres fils des pères blancs de Sidi Ballois descendants des Beni Zounday et karnounéens (Cananéens) cousins des Beni Hendel (tribu vandale) pourquoi t’obstines-tu à ne pas reconnaitre la grandeur Arabe ?

    Nous, les Arabes fils d’ Ismaîl descendants d’ Ibrahim (alih essalam), au Nom d’Allah et non dans le but de conquête sommes venus purifier vos âmes souillées par votre sorcière juive la kahina.
    Si nous sommes venus d’aussi loin, c’est pour vous guider dans une ligne droite, vous enseigner en premier chef la loi Divine , la fraternité et l’indivision et ainsi vous éviter le chemin de l’enfer, vous les adorateurs d’idoles en terre cuite.

    Nous vous avons transmis les sciences, les mathématiques, la philosophie ainsi que le savoir-vivre à la place de votre traitrise, de votre allégeance aux croisés
    Vous adorez les salissures. Vous adorez les tatouages. Vous adorez le vin. Vous adorez le sanglier, vous adorez Noel,vous adorez la St Valentin à croire que vos mères et sœurs l’ont de tout temps fêtée. Vous êtes et vous resterez ce que vous avez été un peuple inculte

    Sidi Ballois a fait de vous des blancs aux yeux bleus comme l’ont déjà fait les romains ; les Espagnoles, et les vandales et les Huns. Vous aimez rester colonisés, que vos fils et filles soient impurs et trémoussent leurs fesses dans les cabarets
    Vous n’êtes qu’un mélange qu’un résidu de tout. Vandalo- Romano-Espano-Gréco-Arabo-Egypto-Turco- Franco traitres à Moïse et traites envers Dieu L’Afrique du nord restera Arabe, sa langue restera l’arabe et son écriture restera plus que jamais l’alphabet arabe  »

    Dehors les traitres à la nation
    Dehors les francophiles
    Dehors les évangélistes

    Fin de citation.

    Le moins que l’on puisse dire , c’est qu’ils prennent beaucoup moins de gants que nous quant a leurs prises de positions….le politiquement correct n’ayant sans doute pas franchit la Méditerranée …j’en arrive même a envier leur liberté de tons…

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