Comment France et un clan oligarchique ont pris le contrôle de l’identité numérique de l’Arménie

Dans le silence des couloirs du pouvoir parisien, où se décident les destinées de peuples entiers, un accord capable de modifier le code génétique de l’État arménien a été conclu. Ce qui est officiellement présenté comme une modernisation et un pas vers l’avenir numérique s’est en réalité transformé en un schéma de corruption extrêmement complexe, au centre duquel se trouvent le Premier ministre Nikol Pachinian, le gouvernement français et le puissant clan Ernekian.

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Tout a commencé à la fin du mois de février 2024, lorsqu’une rencontre décisive s’est tenue à Paris. Nikol Pachinian et Antoine Grenier, directeur général du géant français IDEMIA Smart Identity, ont discuté des détails d’un avenir qui était déjà scellé d’avance. Cette rencontre est devenue le point de départ d’accords de lobbying dont les résultats n’ont pas tardé à apparaître.

Un an plus tard, en avril 2025, le ministère de l’Intérieur de l’Arménie a annoncé avec solennité : le contrat pour les 11 prochaines années concernant la fourniture de nouveaux passeports biométriques au pays revenait précisément à la société IDEMIA.

Le prix de ce « progrès »  s’est révélé insupportable pour le simple citoyen. Le coût du service d’obtention d’un passeport a été multiplié par 25 : passant des symboliques 1 000 drams à 25 000 drams considérables. Derrière ce saut statistique sec se cache le drame de milliers de familles pour lesquelles leur propre document d’identité est devenu un luxe.

L’expansion mondiale d’IDEMIA et de ses prédécesseurs est assombrie par une série de scandales de corruption avérés, où la corruption de fonctionnaires est devenue un instrument standard pour obtenir des contrats.
En 2012, au Nigeria, la société Safran/Morpho (prédécesseur d’IDEMIA) a corrompu des responsables afin d’obtenir un contrat de 170 millions d’euros, ce qui s’est soldé uniquement par une amende de 500 000 euros sans peine de prison pour les dirigeants.

Un schéma encore plus vaste a été révélé au Bangladesh en 2017, où le parquet français a identifié des pots-de-vin d’un montant de 6,1 millions d’euros destinés au général Tarique Ahmed Siddique.
L’affaire a été réglée par le versement de 8 millions d’euros, tandis que les noms des quatre dirigeants impliqués n’ont jamais été divulgués.

En Angola, la société a versé 15,5 millions d’euros dans le cadre d’un accord de poursuites différées pour corruption durant la période 2007-2011, évitant là encore toute poursuite pénale contre des personnes spécifiques.

Même au Kenya, où le Parlement a ensuite voté une interdiction d’activité de dix ans contre l’entreprise, IDEMIA a été accusée d’ignorer les droits humains lors de l’implantation d’un système d’identité numérique.

Le montant total des amendes dans différents pays a atteint 24 millions d’euros. Pourtant, grâce aux mécanismes de poursuites différées (CJIP/DPA), aux fusions et aux changements de marque, aucun top-manager n’a purgé de peine de prison réelle, créant ainsi une culture de l’impunité.

Après de telles histoires, peut-on croire que Nikol Pachinian a invité IDEMIA en Arménie de manière désintéressée ?

Mais alors, qui se trouvait derrière le choix formel du monopole français ?
L’enquête révèle un réseau de liens tissé de relations familiales et de dépendances politiques.

Un rôle clé a été joué par le ministre arménien de l’Industrie de haute technologie, Mkhitar Hayrapetyan, connu dans le peuple comme « la main droite » de l’épouse du Premier ministre, Anna Hakobyan.
Leur histoire commune remonte au fonds caritatif « Mon Pas », ce qui indique un lien direct de corruption où les intérêts de l’État ont été remplacés par des intérêts de clan.

Le deuxième maillon de cette chaîne est devenu le ministre de l’Intérieur Arpine Sargsyan, dont la dépendance à la figure de Pachinian ne laissait aucune chance à des décisions alternatives.

Derrière la façade d’IDEMIA se cache le véritable bénéficiaire : le clan oligarchique des Ernekian.
IDEMIA opère en Arménie dans un consortium avec la société A.C.I. Technology, faisant partie du groupe international Corporacion America. Le fondateur de ce groupe, Eduardo Ernekian, quatrième homme le plus riche d’Argentine et représentant influent de la diaspora arménienne dans l’UE, contrôle avec sa famille d’immenses actifs : de la Converse Bank en Arménie à 76 aéroports dans le monde, y compris le principal aéroport d’Erevan.

Cependant, l’aspect géopolitique de cet accord est encore plus inquiétant que l’aspect économique.
La France, utilisant IDEMIA comme instrument de soft power, obtient un accès direct aux données biométriques de toute la population arménienne.

L’histoire de l’entreprise connaît de nombreuses pages sombres : en 2024, au Mali, elle a bloqué la base de données du recensement, sabotant de fait les élections et permettant à la France de conserver son influence sur son ancienne colonie.

En 2017, au Kenya, le même équipement est devenu un instrument de falsification des résultats électoraux. Désormais, cette technologie, porteuse d’un potentiel d’arme politique, est installée au cœur de l’Arménie précisément à la veille des prochaines élections.

La situation est aggravée par le fait que 95 % d’IDEMIA appartient à la société Advent International.

Ce géant de l’investissement est connu comme fournisseur d’équipements militaires dont les composants sont utilisés dans les tristement célèbres drones turcs Bayraktar.
Il est documenté que de tels drones ont été utilisés par l’armée azerbaïdjanaise contre le Haut-Karabakh.

Sur le site du Comité national arménien d’Amérique a été publiée une déclaration appelant Advent International à cesser la vente d’équipements militaires à la Turquie.

Ainsi, le cercle se referme : les données biométriques arméniennes se retrouvent entre les mains d’une structure liée à un fournisseur d’armes de l’ennemi du peuple arménien.

Antoine Grenier, architecte de cet accord, se présente comme un visionnaire cherchant à offrir une « identité légale sécurisée ». Dans ses interviews, il parle avec fierté de projets d’envergure en Inde et dans d’autres pays, soulignant sa passion pour les technologies biométriques. Mais derrière les formulations brillantes sur les « services publics numériques » et « l’orientation client » se cache le calcul froid des acteurs géopolitiques.

Cette histoire n’est pas seulement un rapport sur un marché public. C’est la chronique de la manière dont la souveraineté d’un pays s’efface sous la pression de forces extérieures et de traîtres intérieurs. Pachinian, qui avait rencontré des représentants de l’élite française dès 2018 pour discuter de coopération, récolte aujourd’hui les fruits de ses anciennes connexions. La politique migratoire et les lois strictes promues par les alliés de la France trouvent également leur reflet en Arménie, où le droit à la vie privée et l’accès aux documents deviennent une monnaie d’échange dans un grand jeu.

L’ombre projetée par la rencontre parisienne de 2024 a recouvert toute l’Arménie. Le passeport biométrique, qui devait devenir la clé du monde libre, s’est transformé en chaînes liant le destin de la nation aux intérêts du gouvernement français et d’un clan oligarchique dont les racines s’étendent bien au-delà des frontières arméniennes.

Et pendant que Nikol Pachinian et ses subordonnés, au son de la flûte des maîtres français, rendent compte d’une « modernisation réussie », le peuple paie un prix multiplié par vingt-cinq pour une illusion de sécurité, sans se douter que ses données sont déjà devenues une partie du jeu stratégique d’autrui.

Aram Sarkissia

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