David Duquesne: Israël dernier rempart de l’Occident?

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, le monde occidental, et en particulier l’Europe de l’Ouest, est traversé par une crise structurelle qui n’en finit plus de s’aggraver et que beaucoup qualifient de déclin. Pourtant les progressistes, les socio-démocrates et les libéraux, refusent de l’entendre et s’enferment dans un déni qui flirte avec un autoritarisme et une agressivité grandissante à l’égard de leurs peuples tentés par le populisme, seule voie politique de rupture proposée face à cette fuite en avant.

On nous avait promis la fin de l’histoire depuis la chute du communisme et l’avènement du dernier homme avec Francis Fukuyama; la démocratie libérale allait régner définitivement, un homme nouveau surgirait, débarrassé de ses oripeaux historiques, il s’accomplirait dans un libéralisme universel, horizon indépassable de notre temps.

C’était sans compter sur l’émergence de la Chine qui vient disputer le leadership mondial aux USA, le retour des nations dont la grande Russie sortie des décombres de l’URSS effondrée, et du réveil mortifère de l’islam dans sa dimension politique conquérante.

Pourtant la feuille de route progressiste s’est attelée à annihiler les vieilles nations d’Europe de l’Ouest, à nier leur dimension judéo-chrétienne, à ringardiser leur culture, à criminaliser leurs histoires et leurs grands hommes, à offrir une représentation exagérée dans les médias et les universités à des activistes de minorités agressives dont le seul objectif est d’abattre l’homme blanc occidental coupable désigné de toutes les turpitudes de l’humanité.

Face au péril islamiste et aux tensions communautaristes, les élites occidentales n’en finissent plus de faire l’apologie de la diversité et de mettre l’islam sur un piédestal qui doit plus à la haine de soi et à la peur qu’à un réel apport de l’islam aux sociétés occidentales. L’homme blanc occidental est nu et désarmé face à ses ennemis ou rivaux qui n’en espéraient pas tant.

Il fallait faire mentir Samuel Huntington qui opposait le choc des civilisations à la fin de l’histoire, il ne le souhaitait pas mais son réalisme l’amenait à prévenir des risques à venir. En effet des schismes étaient toujours possibles au sein du libéralisme et pouvaient l’affaiblir. Une idéologie puissante pouvait surgir et aiguiser des ambitions de groupes sociaux. Et surtout il prophétisait le retour des identités traditionnelles et était défavorable aux interventionnismes dans les aires de civilisations différentes.

Ces interventionnismes ont eu lieu et ont chauffé à blanc des diasporas en Occident, solidaires de leurs sociétés d’origine et porteuses de leur civilisation, de leurs identités. La fin de la guerre froide a désarmé notre vigilance, mais pourtant la genèse de notre mal remonte plus loin dans le temps.

L’Occident ne s’est jamais remis des totalitarismes issus de son histoire politique et de la tentation née lors de la Révolution Française de créer un homme nouveau, de purifier ses sociétés des contingences identitaires, religieuses, culturelles, traditionnelles et historiques afin d’obtenir un nouvel Adam. Des colonnes infernales par « principe d’humanité » aux camps d’extermination pour préserver la race aryenne en passant par la dictature du prolétariat, l’Occident mène une quête purificatrice. De la Shoah est née la culpabilisation permanente face à « l’autre » qui s’est doublée de la repentance post coloniale.

La colonisation française, sous des ambitions universalistes, fut un choc de civilisation en son temps qui a une incidence majeure sur le temps présent et à venir. Il en va de même pour la découverte de l’Amérique, de l’Australie, le rapport aux peuples autochtones ainsi que de la traite transatlantique. La volonté morbide de l’Occident à purifier ses sociétés, se retourne contre lui-même et surtout contre ses classes moyennes et populaires.

On impose à ces populations de régler l’ardoise historique laissée par des élites passées. Pour réussir ce tour de force, une immigration extra-européenne est privilégiée tout en favorisant le déracinement de la population historique, en détruisant sa mémoire identitaire et en encourageant l’enracinement des cultures autres.

Cette débâcle civilisationnelle de l’Occident s’accompagne de la criminalisation permanente d’Israël, îlot occidental en plein océan islamique. Israël est le paria de l’ONU, entre 1967 et 2009, le Conseil de Sécurité lui adresse 31 résolutions que l’État israélien ne suivra pas. Dans un jeu de miroir inversé totalement stupéfiant, Israël est devenu le réceptacle de toutes les turpitudes passées de l’Occident, il est le colonialisme, l’apartheid et le nazisme réunis et, crime parmi les crimes, l’identitaire paroxystique qui ose déclamer le caractère juif de l’État Nation Israël !

En effet le gouvernement Netanyahu a osé inscrire le caractère pérenne de l’identité juive de l’État hébreu. Depuis 1979 l’islam réveille sa dimension politique et impériale en instrumentalisant ses communautés installées en Occident, pendant que Bruxelles et le Parti Démocrate américain diabolisent les frontières et se vautrent dans le palestinisme rédempteur! Voilà donc Israël devenu le juif des nations, le mauvais exemple de la classe occidentale, sa mauvaise conscience. Ce petit pays entouré de dictatures arabo musulmanes fait de la résistance, tient ses frontières, défend son identité, il est souverain alors que le souverainisme est démonisé. Il ne persécute pas la part religieuse de son identité même s’il se protège des ultra orthodoxes.

Pendant que l’Occident fait la promotion du nomadisme déculturé et conspue les enracinés de ses territoires périphériques, le peuple juif, peuple itinérant durant 2000 ans, n’a jamais oublié qui il était et est revenu à Jérusalem riche de ce qu’il avait préservé scrupuleusement, son identité. Et c’est justement cette identité préservée qui permet de faire peuple depuis plus de 70 ans aux Israéliens de culture et de confession juive.

Israël est comme tous les pays occidentaux, animé des mêmes débats internes entre libéraux, gauche classique et le Likoud parti national conservateur au travers du Premier Ministre Benyamin Netanyahou qui dirige ce pays depuis 2009.

C’est certainement ce qui explique le succès d’Israël et sa volonté de ne pas céder sur l’essentiel afin de ne pas diluer et faire disparaître ce que son peuple avait refusé d’oublier durant 20 siècles. Israël est-il le dernier rempart de l’Occident face à des ennemis qui refusent le grand effacement nihiliste dont s’enorgueillissent les progressistes? Dans les années 70, Raymond Aron écrivait « Les Européens voudraient sortir de l’histoire, la Grande Histoire qui s’écrit en lettres de sang » , « D’autres par centaines de millions souhaitent y entrer ».

Il est vrai que les Européens de l’Ouest ne veulent plus mourir pour défendre leur identité et leur continuité historique. Par contre ils sont prêts à se faire massacrer au nom de leurs valeurs humanistes pour réussir le grand projet de l’ouverture à l’autre qui s’appuie sur une immigration de masse.

Du côté d’Israël, éprouvé par la tragédie de Masada, des pogroms, de la dhimma et de la Shoah, chaque vie humaine de ce petit peuple opiniâtre doit être sauvée, protégée, sacralisée. Cela n’est possible que par la sauvegarde de la mémoire juive qui signe un véritable ADN de la survie et de l’identité, pour ne pas disparaître, pour ne pas sortir de l’histoire. Israël fut à l’origine un projet laïque et socialiste inspiré des Lumières et de la Troisième République, la France fut un modèle pour ses pères fondateurs.

Aujourd’hui Israël a muté et s’est adapté à la menace mortifère qui pèse autour de lui mais aussi en son sein. La France peut-elle s’inspirer de cette évolution et de cette âme juive qui refuse de mourir, qui refuse de répéter Masada ? Tel sera l’enjeu des dix années à venir et il faudra bien du courage pour les affronter, car nos ennemis nous promettent des larmes et du sang, notre État Nation est devenu un tapis de prières, un rotary club pour droitdelhommistes.

© David Duquesne

Par David Duquesne

Tribune Juive 

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