
Depuis le 1er mars, un silence inhabituel règne dans les vastes entrepôts de dédouanement de l’aéroport de Roissy. Les piles de cartons qui saturent habituellement l’espace ont laissé place au vide. Ce ralentissement soudain s’explique par l’entrée en vigueur d’une taxe de deux euros sur les petits colis d’une valeur inférieure à 150 euros. Le gouvernement a instauré cette mesure pour « lutter contre la concurrence déloyale » des plateformes comme Temu, Shein ou AliExpress, rapporte Le Parisien.
« Depuis le 1er mars, plus un seul petit colis »
L’impact de la taxe a été immédiat pour les entreprises de manutention. Dans un hangar spécialisé, l’activité a cessé quasi instantanément au début du mois. Un cadre de la société témoigne de la situation critique auprès de nos confrères : « Depuis le 1er mars, plus un seul petit colis. Chez les concurrents, c’est pareil : je suis passé devant un entrepôt, les gars étaient tous dehors, installés au soleil. »
Face à cette absence de fret, la direction a dû prendre des mesures d’urgence pour gérer ses effectifs. « On a mis des employés en vacances d’office », poursuit ce même responsable, qui évoque également l’éventualité d’un recours au chômage partiel. Le marasme touche aussi les agences d’intérim locales, où les appels de travailleurs en quête de vacations restent sans réponse.
« Une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires ne se posent plus »
Les chiffres confirment l’ampleur du phénomène. Selon une porte-parole du groupe Aéroports de Paris (ADP), « une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires ne se posent plus à Paris-Charles-de-Gaulle depuis l’entrée en vigueur de la taxe ». Ce déclin massif ne signifie pas un arrêt de la consommation, mais une réorganisation logistique des vendeurs chinois. Les cargaisons ont été déportées vers les aéroports du Benelux, notamment Liège et Amsterdam, afin de contourner la taxe française avant un acheminement routier vers la France.
Christian Delcourt, porte-parole de Liège Airport, porte un regard critique sur cette stratégie nationale. Selon lui, « imposer unilatéralement une taxe, uniquement dans un pays européen, revient à se tirer une balle dans le pied ». Il estime que cette décision rend l’Hexagone « instantanément non compétitif face à ses voisins directs qui attendent la taxe européenne ». Celle-ci, d’un montant de 3 euros par article, entrera en vigueur au 1er juillet 2026.
Une fermeté gouvernementale assumée
Malgré les inquiétudes territoriales, comme dans la Marne où l’aéroport de Bussy-Lettrée craint pour ses emplois, Bercy reste inflexible. Le ministère de l’Économie considère ce contournement comme une étape prévisible d’une « guerre de mouvement ». Pour le gouvernement, l’objectif demeure de peser sur le modèle économique de ces plateformes. « Ces plateformes ont fait du contournement des règles un business model. Mais cela ne veut pas dire que cela n’a pas d’impact sur eux, leur logistique et leur organisation », indique-t-il.
Toutefois, ce contournement permet d’éviter le prélèvement sur les petits envois. L’envolée du prix du carburant pourrait toutefois peser lourdement sur le coût du fret routier. Par ailleurs, l’État évaluait les recettes de cette taxe sur les petits colis à 500 millions d’euros. Ce montant devait initialement financer le renforcement des contrôles sur ces produits importés.
Vive la mondialisation qu’ils disent… Bref ils en sont à inventer des taxes pour financer de nouvelles taxes…
Jeanne La Pucelle
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