Mitra ingénieur et championne d’échecs, une Iranienne libre

Mitra Hejazipour, 33 ans, incarne la génération des femmes iraniennes qui n’ont pas attendu l’élimination du grand ayatollah pour rejeter le voile et le patriarcat. À leurs risques et périls. Comme Mahsa Amini assassinée en septembre 2022 à Téhéran par des sbires de la police religieuse qui n’aimaient pas sa façon de se vêtir.

Mitra a eu la chance de pouvoir quitter son pays dans lequel les femmes sont perçues comme des êtres inférieurs qui doivent obéir et se taire. D’autant plus qu’elle aggravait son comportement intolérable en battant au jeu des hommes auxquels il manquait une case sur les 64 de l’échiquier.

Il y a dix ans, elle a imaginé toutes les combinaisons possibles pour fuir la prison dans laquelle les mollahs voulaient la retenir, avec la persévérance d’une joueuse de classe internationale.

Longtemps elle a contenu sa colère, caché ses révoltes, retenu la tentation de provoquer un esclandre. Trop risqué. Surtout en Iran où les pasdaran tabassent et assassinent les femmes libres pour moins que ça. Mais à l’étranger peut-être ? Son père, très fier d’elle, a encouragé sa rébellion. Ses parents étaient plutôt tièdes question religion et détestaient les mollahs. Ce n’est pas si rare. Mais les hérétiques restent cantonnés dans un prudent silence. Si les Américains savent y faire, ces opposants pourraient constituer l’ossature d’un futur régime laïc.

Elle écrit : « Je m’imaginais arracher mon voile, le piétiner, le déchirer, le brûler. Tandis que les pièces s’entrechoquaient, je me disais que le moment était venu de gagner ma liberté. » Lors du championnat du monde à Moscou en 2019, elle passe du rêve à la réalité. Arrache son voile et joue, cheveux libres, devant les caméras du monde entier. Stupeur. Ses tuteurs veulent la retirer de la compétition. En vain. Les Russes arguent que le voile islamique est facultatif à Moscou.

Elle dit : « En 2019, j’ai trouvé le courage pour faire ce geste. Mais avec le temps et le recul, j’ai l’impression que je n’ai pas fait ce geste d’un seul coup. Pendant des années, quand j’étais en Iran, c’était quelque chose qui était en train de m’étouffer. Un poids dans mon esprit devenu un fardeau très lourd sur mes épaules et dont finalement j’ai décidé de me débarrasser. »

La sanction tombe. Virée. Disqualifiée. Paria. Elle perd les petits avantages au quotidien que les dictatures accordent aux champions. Mais elle n’est pas lapidée. Sa notoriété internationale la protège. Même si elle subit des menaces de mort de la part des autorités, en plus de multiples vexations. L’ambassade de France aurait aidé à son exfiltration. Malgré les réticences de Fripounette. Pas le genre du paladin à venir secourir l’infortunée prisonnière dans le donjon du diable.

Anticipant les actions de Trump, elle disait en janvier 2026 : « Le peuple iranien demande de l’aide pour se débarrasser de ce régime ».

Les bécasses islamo-gauchistes qui revendiquent le hidjab comme un signe d’appartenance à l’oumma et un moyen de se singulariser devraient lire ou écouter Mitra quand elle explique sa révolte. Ce qu’elle a enduré pour pouvoir s’exprimer librement en dehors de toutes les règles islamiques misogynes qui pourrissent la vie des femmes. Même celles qui ont un mari évolué. À la maison, ça va. Mais à l’extérieur, il faut sans cesse ruser, se cacher, tricher, mentir, se prétendre meilleur musulman que le voisin pour ne pas être soupçonné d’apostasie.

Elle résume : « J’avais construit ma vie, j’avais une carrière, j’étais connue, j’avais tout ce dont j’avais besoin, sauf la liberté. »

Le 21 janvier 2026 elle a publié le récit de sa libération « La joueuse d’échecs » chez Albin Michel. À ne pas confondre avec un roman de Bertina Henrichs de 2005 qui porte le même titre. Une faute du service diffusion de son éditeur. Il fallait l’appeler « Mitra la joueuse d’échecs ».

Elle l’a écrit directement en français. Dans un style fluide et précis. Du muscle et du nerf, pas de gras. À son image. Des extraits sont disponibles. Quand on a un QI autour de 200, la maîtrise des langues étrangères est un jeu d’enfant. Un don de la nature qui fut aussi une malédiction en Iran où la majorité des hommes ne supportent pas qu’une femme soit plus intelligente qu’eux.

En France, la plupart des médias l’ont ignorée. Étouffée par leur silence. Montrer tels qu’ils sont des coraniques décomplexés est très politiquement incorrect. Les loufiats des télés préfèrent assurer la promotion d’ouvrages inspirés par la vie des voyous, des politiciens véreux, des terroristes, des assassins et des sportifs décérébrés. Des bouquins généralement écrits par un nègre. Parfois, invité sur un plateau de connivence, l’auteur putatif découvre son « œuvre » quand le maître de cérémonie évoque tel ou tel passage.

On doit reconnaître à Benjamin Duhamel l’initiative de l’avoir interviewée, pas longtemps certes, mais en la laissant s’exprimer librement. Quoi qu’on pense de ce mecton, c’est à porter à son crédit.

https://www.youtube.com/watch?v=tdQEfX9XOI0

Dans son autobiographie, Mitra exprime son point de vue sur les échecs qui sont bien plus qu’un simple jeu. Ils sollicitent le meilleur des ressources intellectuelles, anticipation, coordination, maîtrise de l’espace et du tempo. Voir en 4D dans sa tête ce qui n’existe pas encore. Et subir une énorme tension nerveuse. Dans une partie longue de plusieurs heures, le cerveau peut consommer dans les 2000 calories et le corps perdre deux kilos de transpiration. Dommage pour les grosses de LFI que ce régime soit inadapté à leurs petites têtes.

Par la compétition, le roi des jeux émule aussi des capacités qui seraient restées en jachère. Il inspire la défiance des tyrans et de leurs directeurs de conscience parce cette activité apparemment inoffensive peut devenir un outil de résistance. Dans la mesure où elle canalise une forte charge d’agressivité et encourage à penser par soi-même sans laisser les autres décider de ce qui est bien ou mal, juste ou injuste.

Une seule exception connue : la fédération d’échecs de l’URSS qui en avait fait un outil de propagande parce qu’elle voyait dans ses champions une preuve de la supériorité du communisme sur le capitalisme. Mais c’était organisé de façon quasi militaire et on arrangeait souvent les résultats en fonction des origines ethniques et sociales des joueurs afin que leurs réussites soient conformes à la doctrine du parti.

Mitra est une grande championne, mais ses capacités ne se limitent pas au jeu, elle est aussi ingénieure spécialisée dans le développement numérique.

Dès son plus jeune âge, elle a remporté de nombreux tournois, couronnés par le titre de championne d’Asie en 2015 à 22 ans. Cette même année, elle a reçu le titre de Grand Maître International féminin. Uniquement. Hélas les échecs sont restés une discipline imprégnée d’un machisme archaïque. Où l’on n’aime pas que les filles battent les garçons. Séparation des sexes au maximum. De quoi ravir les mahométans. Tant qu’une Mitra ne vient pas leur faire avaler leur barbe, leur turban et leur cachabia.

Pourtant Vera Menchik brillait dans les tournois masculins où elle avait battu le champion du monde d’avant-guerre Alexandre Alekhine, ainsi que son challenger Max Euwe. Pourtant Judith Polgar a battu l’ancien champion du monde Boris Spassky et le tenant du titre d’alors Anatoli Karpov, et elle a figuré parmi les 10 meilleurs joueurs mondiaux. Plus récemment en 2019, Kataryna Lagno, une Ukrainienne qui a choisi la Russie (bravo !), a fait jeu égal en blitz avec le quintuple champion du monde Magnus Carlsen.

Mais il se trouve encore des vieux schnoques complexés pour prétendre que les femmes ne jouent pas mieux que les hommes. Elles les distraient, disent-ils, et leur font perdre leur concentration ! Faudrait-il les faire jouer en burqa et sacs de patates pour rétablir l’équilibre ?

Le jeu d’échecs est d’origine perse. Inspiré par le chatrang chinois joué sur un plateau monochrome. Plus tard, les Arabes l’ont accaparé comme les chiffres indiens. Et les Turcs en ont longtemps usurpé la paternité.

« Shah Mât » signifie le roi est mort en langue pahlavi, le proto farsi. Les croisés découvrant ce jeu en Orient l’ont adapté à leur culture. Les éléphants ou les chars sont devenus des tours, les archers des fous du roi, et le grand vizir la reine qui a obtenu tous les pouvoirs. Influence de l’amour courtois qui avait cours chez les chevaliers ? Les règles de mouvement des pièces n’ont plus changé jusqu’à nos jours, à l’exception de la prise en passant ajoutée au XVIe siècle.

Christian Navis

https://climatorealist.blogspot.com

Riposte laïque.com

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