
Rhénanie-Palatinat
Révélations exclusives sur la situation dans une caserne de Deux-Ponts par un soldat des lieux
Dans la caserne de la Bundeswehr à Deux-Ponts, des parachutistes sont l’objet de soupçons massifs : on parle de consommation de drogues, d’extrémisme de droite et d’agressions contre des femmes.
Florian Wagner
Une enquête est en cours contre des centaines d’accusés, plusieurs soldats de la Bundeswehr ont déjà été licenciés. Un initié connaissant bien la caserne de Deux-Ponts et désirant garder l’anonymat nous en a fait le récit.
Le Parquet procède à une enquête judiciaire contre 55 accusés à Deux-Ponts. Selon des informations provenant des milieux chargés de l’enquête, 19 cas sont traités par le Parquet, d’autre incidents sont examinés en interne par l’Armée fédérale. Neufs soldats ont d’ores et déjà été démis de leurs fonctions, d’autres licenciements sont possibles. Les accusations sont dirigées contre des membres des forces aéroportées. Il s’agit dans ce cas d’une unité intervenant avec une rapidité particulière en cas d’urgence – souvent aussi à l’étranger.
Les faits en bref :
• Dans la caserne de la Bundeswehr à Deux-Ponts, de sévères accusations sont dirigées contre des membres du 26e Régiment de parachutistes.
• Il s’agit entre autres de consommation de drogues, d’abus d’alcool, de gestes /termes d’extrême droite ainsi que de violence sexuelle et de harcèlement moral à l’encontre de femmes soldats.
• En l’état actuel des connaissances, 55 accusés font l’objet d’une enquête.
• 19 cas sont traités par le Parquet, d’autre incidents sont examinés en interne par la Bundeswehr.
• La Bundeswehr a d’ores et déjà démis neufs soldats de leurs fonctions, d’autres conséquences sont possibles.
• Selon des documents en possession de la chaîne SWR, l’état-major de la Bundeswehr aurait lui aussi connaissance de certains cas depuis février 2025 déjà.
Accusations de violences sexuelles et de harcèlement moral à Deux-Ponts
Un thème principal des accusations concerne le traitement des femmes soldats. Notre informateur souhaite garder l’anonymat, il connaît bien la caserne de Deux-Ponts. Il rapporte que les premières investigations internes ont été lancées dès février 2025. La cause en étaient selon lui des plaintes de femmes soldats. Selon l’enquête, elles parlaient entre autres de harcèlement moral, de paroles sexistes, de stalking et d’agressions corporelles.
Cela concorde avec les recherches menées par la SWR. La rédaction est en possession de documents selon lesquels des cas de violences et de harcèlement sexuels sont connus du ministère de la Défense et de l’état-major de la Bundeswehr depuis février 2025 déjà.
Certains incidents dans la caserne relativisés par l’indic
L’initié confirme l’existence de paroles sexistes dans la caserne. Elles n’auraient cependant pas été prononcées en présence de femmes, et auraient été interprétées comme « plaisanterie » par les camarades. À Deux-Ponts, il y a déjà eu des délits graves par le passé : en 2023, deux soldats y ont été condamnés pour viol.
Plusieurs femmes soldats se sont plaintes de paroles sexistes, de harcèlement moral et de violences présumées
L’informateur parle d’autres incidents, qui auraient été traités disciplinairement en interne : par exemple les publications offensantes ci-jointes sur des sites de discussions ou des comportements inappropriés lors de fêtes : « On a invité une personne de sexe féminin à une „fête d’équipe“, celle-là l’a refusée (…) et alors, on lui a simplement souhaité le pire. Du genre : j’espère qu’un jour, tu te feras violer. » Soldat indic concernant la situation à Deux-Ponts
Un engagé volontaire rend compte de déclarations sexistes
Un ancien engagé volontaire, qui a exercé ses fonctions en 2022 pendant six mois sur le site de Deux-Ponts, rapporte également des déclarations sexistes. Lors d’une interview, il a confié à nos collègues de REPORT MAINZ que des camarades s’étaient moqués de femmes soldats à la cantine. Il rapporte mot pour mot : « Il y avait entre autres une camarade à la caserne, qui claudiquait légèrement, sur quoi sont tombées des paroles du genre : celle-là, je la baiserai avec empêchement. »
Il n’a jamais vécu, dit-il, que des camarades se soient levés à la suite de déclarations de cette nature pour dire que de telles choses ne passaient pas pour eux. Son jugement : « Je suis certain que c’est une horreur absolue pour une femme que de devoir effectuer son service dans de telles conditions. »
Compétitivité dans les troupes aéroportées et dévalorisation des femmes
L’informateur qui s’est exprimé lors de l’entretien avec SWR Aktuell décrit les forces aéroportées comme une unité ayant une image de soi particulièrement rude. En cas de coup dur, il faut pouvoir se faire un confiance mutuelle « aveugle », le ton est d’une rudesse correspondante. Il dit que les personnes non en mesure de faire face sont rapidement marginalisées au quotidien. Des femmes en font partie elles aussi, pour cause selon lui de surcharge physique, par exemple lors de marches de longue durée avec un équipement lourd.*
Suspicion d’extrémisme de droite : une photo prise dans la caserne à Deux-Ponts alimente la discussion
Des accusations d’extrémisme de droite circulent également. L’informateur a mis à disposition de SWR une photo montrant des soldats portant entre autres un brassard rouge. La photo rappelle l’historique symbolique nazie. Lui-même dit qu’il peut exister une « ressemblance », mais conteste toutefois qu’il se soit agi d’une manifestation d’extrême droite. C’était, dit-il, une soirée placée sous la devise censée inoffensive « costume chic ».
* Ce que personnellement, je mets fortement en doute, les femmes étant en règle générale bien plus résistantes et endurantes que les hommes (NdT)
La soirée sous la devise « costume chic »
Selon les comptes-rendus des médias, il y aurait eu également à Deux-Ponts des saluts hitlériens et un jargon d’extrême-droite. La confirmation ou non de ces accusations est également un des éléments de l’enquête en cours.
Pour les soldats s’applique ceci : ils sont tenus de reconnaître l’ordre fondamental libéral-démocratique et ne pas le mettre en doute. Toute tendance extrémiste est passible de sanctions disciplinaires et pénales.
Drogues et alcool : l’enquête à Deux-Ponts concerne manifestement des narcotiques avant tout
D’après les indications des milieux de l’enquête, de nombreuses procédures se concentrent sur des consommations présumées de stupéfiants.
L’informateur a déclaré avoir connaissance de rumeurs correspondantes, mais ne pouvoir le confirmer avec certitude. Il parle de plus d’importante consommation abusive d’alcool, en partie avec des situations dégénératives lors de fêtes.
Les drogues dures sont strictement interdites dans la Bundeswehr. En cas de confirmation des soupçons, des licenciements et des investigations pénales menacent.
Rituels dans les troupes : « bloody wings » comme tradition controversée dans la Bundeswehr
Le soldat décrit également des rituels inhabituels chez les forces aéroportées. En font partie des étoiles dite « bloody wings » : dans ce cas, l’insigne de parachutiste est fixé de telle sorte que des étoiles soient enfoncées dans la poitrine.
Un tel insigne est enfoncé lors du rituel du « bloody wings » à travers la chair de la poitrine
Selon l’informateur, cela est volontaire : mais celui qui y participe bénéficie souvent de plus de reconnaissance au sein des troupes.
Comment cela va-t-il continuer ?
• Les investigations pénales du Parquet se poursuivent.
• Parallèlement ont lieu des investigations internes au sein de la Bundeswehr, y compris concernant des infractions disciplinaires.
• Des licenciements supplémentaires ou des mesures disciplinaires contre des soldats sont possibles.
• Quelles accusations seront confirmées au bout du compte est encore incertain : des interrogations de témoins, des éléments de preuve et les évaluations en cours sont déterminants.
• La Bundeswehr entend réagir aux incidents par un « Plan d’action forces aéroportées » et contrôler des structures dans l’Unité
Politiquement capital : les accusations arrivent au mauvais moment pour la Bundeswehr
Depuis le 1er janvier 2026, un nouveau modèle de service militaires est en vigueur en Allemagne : tous les hommes âgés de 18 ans sont obligés de remplir un questionnaire en ligne concernant leurs motivations et leurs aptitudes, pour les femmes c’est bénévole. Une conscription obligatoire pour hommes commence à partir de mi-2027 pour les millésimes de naissance à partir de 2008.
Le nouveau modèle de service militaire est entré en vigueur en janvier 2026.
C’est pourquoi, les événements à Deux-Ponts soulèvent des questions : comment la Bundeswehr va-t-elle traiter les inconduites dans les propres rangs ? Et de quelle façon déterminée agit-on contre des structures problématiques ?
L’historien militaire voit une « culture menée par la testostérone »
L’historien militaire, Prof. Sönke Neitzel a déclaré à REPORT MAINZ qu’il ne pouvait exister deux avis différents, mais qu’ils l’avaient cependant surpris : « C’est tout simplement une culture très masculine, pilotée par la testostérone. Quand on est parachutiste et quitte de manière artificielle un avion pour sauter dans l’inconnu, cela n’est pas du tout inhabituel. Et intégrer des femmes dans cette culture représente toujours un défi. »
Il demande à la Bundeswehr de ne pas passer à l’ordre du jour. Il est important, assène-t-il, de traiter le scandale et de prendre des mesures plus sévères contre des comportements inadmissibles : « Nous autres des milieux scientifiques qui nous occupons de la Bundeswehr, nous nous adressons en fait comme à un canasson paralysé, y compris avec l’état-major et disons : « Occupez-vous en ! »
Source.
Traduction Jean Schoving pour Résistance républicaine
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