Première partie : Vous marier avec un personnage de fiction, ça vous dit ? 1ère partie, au Japon
Seconde partie : pourquoi plutôt une peluche qu’une vraie femme ?
L’amour ! Le mariage…I Stop ! S’agit-il vraiment d’amour quand vous épousez une peluche, une marionnette ou Ken (le compagnon de Barbie) ?
Ce sentiment « éternel » qui fait battre les cœurs… ferait donc battre les cœurs virtuels ? Vous vous voyez, assis dans votre salon, une peluche d’animal à vos côtés, prononçant des vœux solennels devant un écran qui clignote ? Pas de beaux-parents envahissants, pas de disputes sur la vaisselle, et surtout, pas de risque de rupture – à moins que votre batterie ne lâche.
Bienvenue dans le monde des mariages avec des personnages fictifs, une tendance qui fait fureur au Japon et commence à chatouiller le reste du globe. Mais sérieusement, est-ce l’avenir de la romance ou juste une excuse pour éviter les rencontres réelles, pour éviter le monde réel, pour rester toute sa vie un petit enfant à l’abri du monde et des hommes dans sa tanière ? Une nouvelle forme d’onanisme, de plaisir (je n’ose pas dire bonheur) voué à durer, sans avoir à faire d’effort pour plaire, prendre en considération les différences de l’autre ? J’ai à peine commencé que vous avez deviné ma sévérité, mon mépris de prime abord pour ceux qui refusent leur destin d’homme… Mais je vais essayer de me mettre à la place de ceux qui craquent…
Commençons par les faits, parce que même dans l’humour, on reste informatif. Cette pratique, baptisée « mariages 2D » (pour deux dimensions, comme les dessins animés), a explosé au Japon vers 2018.
Souvenez-vous d’Akihiko Kondo, ce pionnier qui a « épousé » Hatsune Miku, une pop star virtuelle. Depuis, des entreprises organisent des cérémonies symboliques – pas de valeur légale, mais un certificat pour frimer sur Instagram. Coût ? De gratuit (si vous êtes influenceur) à quelques milliers d’euros pour une chapelle kitsch et une peluche en robe de mariée. Encore une mode qui fait circuler les dollars, Yens et Francs… ça doit jouer un rôle dans l’affaire, non ?
Au Japon, plus de 4 000 âmes solitaires ont sauté le pas, souvent des femmes (80 %) chez certains organisateurs . Pourquoi ? Parce que les personnages fictifs sont parfaits. Et l’IA rend ces « partenaires » plus interactifs…
Certes, je veux bien admettre et comprendre qu’il vaut mieux un homme (ou une femme) heureux avec son amoureux fictif, qu’un être déprimé, pleurant sur son sort jour et nuit, qui ne déprime pas devant sa solitude, son impossibilité de plaire à cause de son physique, de son caractère et qui inventé un couple improbable dans la vie de tous les jours mais qui l’empêche de déprimer du premier janvier au 31 décembre. Belle dissertation en 3 parties : Thèse, antithèse synthèse. C’est parti, vous avez 4 heures…
Cet article est ma dissertation. Je pars d’une condamnation quelque peu méprisante mais peut-être qu’en réfléchissant, en argumentant je vais revoir ma copie et faire mon mea culpa ?
Je veux bien être compréhensive pour quelques cas, mais, d’emblée, j’ai quand même envie de rire un peu, excusez-moi, c’est pas méchant. Ma grand-mère disait qu’un fou rire ça faisait autant de bien qu’un beefsteack.

Parce que, quand même j’ai juste un peu l’impression de voir des millions de Narcisse fous passer leur vie à se mirer dans un miroir… Narcisse en est mort noyé.
Désolée, chers adeptes de la fictosexualité, vous qui préférez un waifu pixelisé à un humain en chair et en os, n‘est-ce pas touchant de voir quelqu’un jurer fidélité à un dessin qui n’a même pas d’opinion sur le réchauffement climatique ? Imaginez le dîner de famille : « Maman, je te présente mon mari, il s’appelle Songoku. Non, il ne parle pas, mais il sauve le monde tous les jours ! » Et les anniversaires ? Un gâteau pour deux, mais un seul qui mange – économie garantie !
Sérieusement, si la réalité vous effraie tant, pourquoi ne pas épouser votre réfrigérateur ? Au moins, il est fiable et garde les choses au frais. D’accord, je suis méchante, j’arrête.
Blague à part, je ne peux pas, malgré tous mes efforts, ne pas critiquer cette préférence pour l’imaginaire qui est aux antipodes de ma façon de voir la vie, l’homme, aux antipodes de l’humanisme, des leçons de mes maîtres Grecs et Romains… J’ai le sentiment, à tort ou à raison, que cela révèle un malaise et sociétal et existentiel : solitude galopante, pression du travail, et une génération qui scrolle sur des hologrammes plutôt que sur un site de rencontre…. C’est mignon pour un hobby, mais quand ça devient exclusif, on frôle le syndrome du « couple virtuel » : zéro engagement réel, zéro évolution personnelle. Les experts s’inquiètent d’une « intimité synthétique » qui comble les vides sans les guérir. Et si votre « âme sœur » fictive disparaît parce que le studio annule la série ? Bonjour la thérapie !
Ma première conclusion d’intellectuelle : si épouser un personnage fictif vous rend heureux, foncez, que voulez-vous que je vous dise ? La vie est trop courte pour des relations banales. Mais rappelez-vous : la réalité, avec ses imperfections, offre des surprises qu’aucun algorithme ne peut coder. Sinon, on finira tous mariés à notre Siri, et là, ce sera vraiment la fin du monde ou du moins, de la conversation intéressante.
Complément historique. Mais non, mais non, nous n’avons rien inventé. Le fictosexe existe depuis longtemps en Occident aussi !
- . Pygmalion(mythologie grecque, ~VIIIe siècle av. J.-C., raconté par Ovide au Ier siècle)
Le sculpteur se fabrique une statue de femme parfaite, tombe raide dingue amoureux d’elle, l’embrasse, la caresse… et supplie Vénus de la rendre vivante. Voilà Galatée ! - Les Romantiques du XIXe siècle
Des milliers de lecteurs qui pleurent à chaudes larmes sur Werther (Goethe, 1774) au point de se suicider en masse (le fameux « effet Werther »). Ou qui se pâment devant Lord Byron. Les jeunes filles du XIXe passaient des nuits à rêver de’Edward Rochester (Jane Eyre) … - Quid des statues célèbres aux XIXème et XXème siècle ?
Combien d’hommes et de femmes sont tombés amoureux de la Vénus de Milot, de la Venus d’Arles,
- Quid des passions absolues pour les acteurs/actrices du cinéma débutant, Rudolph Valentino et de la vraie et première « waifu » occidentale, Betty Boop en 1933, des hommes avouaient préférer ses formes à celles des vraies femmes !
Certes, on pourrait également parler des mangas et autres otakus japonais mais ce ne serait plus un article, une encyclopédie !
Finalement j’ai sans doute été bien trop sévère avec les malheureux amoureux d’un objet, tout cela est vieux comme le monde. Et ça évoluera encore, forcément. Le « Fictosexe » est juste une constante humaine. L’homme court derrière l’inaccessible étoile… comme le chantait si bien celui qui fut (et demeure) mon chanteur préféré pendant des décennies (mais je ne me suis jamais mariée avec sa statuette)…
Christine Tasin
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