Notre titre n’est pas celui d’Atlantico qui semble ne pas mettre en doute, lui, la baisse de « l’invasion migratoire », ce gros mot. A vous de juger... Il faut dire que lorsqu’on lit l’article on comprend que l’invasion migratoire en Europe baisse partout… sauf en France ! Encore un coup de Macron, forcément ! Et ils disent quoi nos députés et sénateurs qui enculent des mouches à longueur de séance ?
Christine Tasin
Fermeté ou baisse des départs ? : voilà ce qui se cache vraiment derrière les chiffres de Frontex sur la diminution des flux migratoires vers l’Europe
Les chiffres publiés par Frontex témoignent d’une baisse importante des entrées irrégulières aux frontières de l’Union européenne. Faut-il y voir l’effet des politiques de contrôle, des coopérations avec les pays tiers ou des bouleversements géopolitiques récents ?
Atlantico : L’agence européenne Frontex a publié le 15 janvier les chiffres des entrées irrégulières aux frontières de l’Union européenne. Quelles sont les principales évolutions sur les données de Frontex concernant l’évolution de l’immigration irrégulière vers l’UE sur les deux dernières années ? Constate-t-on un recul ?
Nicolas Pouvreau-Monti : Les chiffres qui viennent d’être partagés pour 2025 sont clairement à la baisse. Il y a eu environ 180.000 passages irréguliers de migrants détectés aux frontières extérieures de l’Union européenne. Il s’agit de passages détectés, ce qui signifie qu’il peut y en avoir d’autres qui n’ont pas été repérés par l’agence Frontex. Quoi qu’il en soit, la tendance est à la baisse. Le nombre de passages détectés a diminué d’un quart par rapport à l’an dernier. Plus largement, ces chiffres représentent environ la moitié de ceux observés en 2023. Il s’agit du nombre le plus bas enregistré depuis 2021.
Il s’agit donc d’une baisse globale, plus ou moins marquée selon les régions. Il est possible de constater une baisse particulièrement forte de 63 %, soit quasiment les deux tiers sur un an, sur la route dite ouest-africaine, qui passe notamment par la Mauritanie et par les Canaries.
La route des Balkans occidentaux a enregistré une diminution de 42 %, ce qui constitue une forte baisse.
Cette diminution concerne presque toutes les routes d’immigration en Europe, à l’exception de la route de la Méditerranée occidentale, c’est-à-dire celle qui passe par Gibraltar et par le sud de l’Espagne, qui enregistre une hausse de 14 %, à rebours de la tendance générale.
Dans quelle mesure le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’UE et les accords avec les pays tiers peuvent-ils expliquer cette baisse des arrivées irrégulières ?
Il y a différentes raisons qui permettent d’expliquer les diminutions enregistrées par Frontex. Il est effectivement possible qu’un certain nombre de coopérations renforcées avec les pays de départ portent leurs fruits. Un travail plus étroit est mené avec des pays comme la Mauritanie ou le Sénégal, qui sont fortement représentés sur la route ouest-africaine.
Il faut aussi prendre en compte l’évolution de la situation dans certains pays. En Syrie, la chute du régime de Bachar el-Assad a eu tendance à faire baisser les départs, et notamment les demandes d’asile. Il s’agit donc principalement du résultat d’une géopolitique extérieure.
Pour l’instant, cette baisse est assez peu liée à des changements législatifs majeurs au sein de l’Union européenne, puisque les mesures du Pacte sur la migration et l’asile, notamment celles relatives au renforcement des frontières extérieures, sont loin d’avoir été mises en œuvre dans leur ensemble. Elles sont plutôt prévues pour cette année. Il s’agit donc avant tout d’un effet de causes exogènes.
Quel rôle la situation géopolitique à l’international, notamment la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie comme vous l’évoquiez, joue-t-elle dans la diminution des flux migratoires vers l’Europe ?
La situation géopolitique joue clairement un rôle. Il est possible d’observer une baisse globale du nombre de demandes d’asile de Syriens l’an dernier. Les Syriens étaient, depuis des années, très souvent la principale nationalité des demandeurs d’asile en Europe. Ce n’était pas le cas en France, où il s’agit plutôt des Afghans, et où le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 30 % l’an dernier. Selon les données de Frontex, il y a néanmoins eu une baisse du nombre de Syriens au niveau européen parmi les nouveaux demandeurs, même si la situation reste complexe. En ce qui concerne la demande d’asile, en comparant octobre 2024 à septembre 2025, il y a eu une division par quatre du nombre de Syriens en cours de procédure d’asile en Europe. Cette baisse est d’abord liée à la stabilisation de la situation en Syrie et à la chute du régime de Bachar el-Assad.
La baisse du nombre de demandes syriennes, et donc aussi du nombre de franchissements irréguliers de Syriens, a constitué l’une des principales forces à l’œuvre derrière la baisse globale observée, à la fois du nombre d’entrées irrégulières détectées aux frontières extérieures (–25 %) de l’UE et du nombre de nouvelles demandes d’asile enregistrées (–20 %). Cela faisait une décennie que les Syriens étaient la première nationalité parmi les demandeurs d’asile en Europe. Le changement de la situation en Syrie contribue donc à tirer l’ensemble des indicateurs liés à l’immigration en Europe vers le bas.
Y a-t-il d’autres facteurs qui peuvent expliquer le recul des chiffres, comme des conditions climatiques parfois moins favorables aux traversées ou l’évolution de la politique migratoire au Royaume-Uni qui a pu bouleverser les routes migratoires en Europe, ainsi que les demandes d’asile ?
Les conditions climatiques jouent évidemment un rôle, mais un rôle très ponctuel, d’un jour sur l’autre ou d’une semaine sur l’autre. Il existe des saisons plus propices aux traversées, mais elles sont globalement toujours les mêmes. À l’intérieur de ces saisons, si une semaine n’est pas favorable, la suivante peut l’être. Il n’y a donc pas d’impact structurel du climat, des conditions météorologiques, sur ces dynamiques.
En ce qui concerne les mesures prises par le voisin britannique, elles n’ont pas, pour l’instant, réellement porté leurs fruits. Une série de mesures a effectivement été annoncée par le gouvernement britannique, mais assez tard dans l’année. Cela concernait des restrictions de modalités d’accueil pour les demandeurs d’asile visant à rendre le pays moins attractif. Il n’en demeure pas moins que, malgré ces mesures, le nombre de traversées irrégulières dans la Manche a dépassé les 40.000 en 2025, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente
Les ressortissants du Moyen-Orient ou d’Afrique qui souhaitent se rendre en Grande-Bretagne ont donc continué à franchir les frontières extérieures de l’Union européenne pour atteindre Calais ou Dunkerque et tenter la traversée. Il n’y a pas d’effet britannique significatif sur cette dynamique du recul des chiffres communiqués par Frontex.
Pourquoi la baisse de l’immigration irrégulière n’est-elle pas uniforme selon les différentes routes migratoires (entre la Méditerranée centrale, orientale, les Balkans, l’Afrique de l’Ouest) ?
Il existe tout d’abord un effet lié à la coopération avec les zones et les pays de départ ou de transit. Cette coopération peut être plus ou moins forte, efficace ou avancée, selon les territoires. Il y a également un effet lié aux contextes géopolitiques. Certaines voies migratoires sont empruntées davantage par telles ou telles populations que par d’autres.
Mais il faut aussi prendre en compte l’effet des politiques propres aux États membres de l’Union européenne situés à l’arrivée des différentes routes migratoires. Dans un contexte de baisse globale des entrées irrégulières, le fait que le nombre de passages détectés par la route de l’ouest de la Méditerranée ait augmenté de 14 % ne peut être dissocié de la politique du gouvernement espagnol, qui demeure relativement ouverte en matière migratoire.
À l’inverse, d’autres pays situés au débouché de certaines routes envoient des signaux très différents. La route des Balkans occidentaux, par exemple, débouche notamment sur la Hongrie, qui constitue une frontière extérieure de l’Union européenne. La politique du gouvernement hongrois, marquée par la construction d’un mur le long de la frontière et par la mise en place de moyens législatifs, policiers et techniques très importants pour dissuader et empêcher les traversées, joue évidemment un rôle.
Cela conduit à privilégier des routes perçues comme moins verrouillées que celle des Balkans occidentaux, dans la mesure où cette dernière débouche sur un pays qui fait tout pour empêcher les passages, là où l’Espagne, du fait de son positionnement plus ouvert sur les questions migratoires, envoie des signaux différents.
Cette diminution des flux migratoires peut-elle être considérée comme durable, ou existe-t-il un risque de déplacement de la pression migratoire vers d’autres régions ou routes ?
La pression migratoire est, de toute façon, appelée à durer très longtemps, probablement des décennies en Europe. Les grandes raisons structurelles de cette pression, au-delà des éléments plus conjoncturels comme les guerres dans certains pays, vont demeurer.
Il existe deux raisons majeures à cela. D’une part, il y a un profond déséquilibre démographique entre l’Europe et ses voisins. Notre continent, le plus vieux du monde, se situe à proximité immédiate du continent le plus jeune, l’Afrique, qui devrait gagner un milliard d’habitants supplémentaires d’ici 2050. Il s’agit donc d’une population très jeune.
D’autre part, en miroir de cet écart démographique, il est possible d’observer un écart gigantesque de niveau de vie. Le PIB par habitant dans un pays comme le Mali est, par exemple, cinquante fois inférieur à celui de la France. Ces conditions structurelles font que la pression migratoire, en tant que telle, n’a aucune chance de se tarir d’elle-même dans les années à venir.
En revanche, les politiques publiques produisent des résultats, et on le constate dans le fait que les politiques mises en place par les États membres génèrent des effets différents. Le fait que les flux diminuent par les Balkans occidentaux mais augmentent par l’ouest de la Méditerranée montre que les États européens mènent des politiques différentes, qui produisent des résultats alternatifs.
Si, demain, au niveau européen, des mesures nouvelles et fortes étaient mises en place pour limiter les franchissements irréguliers (par exemple dans le cadre du Pacte sur la migration et l’asile, qui comporte une dimension de fermeté sur les frontières extérieures, ou à travers d’autres mesures comme l’externalisation du traitement de certaines demandes d’asile), ces politiques pourraient avoir un impact. Elles n’ont pas encore été mises en œuvre et n’expliquent donc pas la baisse observée l’an dernier. Elles ne feraient pas disparaître la pression migratoire, mais pourraient la repousser ou, en tout cas, en limiter fortement les effets de manière concrète et perceptible.
Quelles pourraient être les conséquences politiques potentielles des chiffres de Frontex sur l’immigration ? Le net recul de l’immigration irrégulière et de l’asile en Europe peut-il conduire certains pays et dirigeants à durcir, ou à poursuivre, des politiques de restriction migratoire ? Ces chiffres peuvent-ils inciter plusieurs États à opérer une bascule et à démontrer qu’une politique migratoire efficace est possible dans les faits ?
Oui, cela devrait notamment concerner la France. Au niveau européen, l’an dernier, une baisse globale de 20 % des demandes d’asile a été enregistrée, alors qu’il y a eu une hausse en France. Les chiffres définitifs du ministère de l’Intérieur seront connus d’ici une dizaine de jours, mais on s’oriente probablement vers environ 150.000 demandes d’asile l’an dernier, soit quasiment autant qu’en Allemagne.
Or, depuis 2015, l’Allemagne partait d’un niveau bien plus élevé que la France. Pourtant, depuis cette date, le nombre de demandes d’asile reçues par l’Allemagne a été divisé par deux, tandis qu’il a été multiplié par deux en France. Le fait que la France, à rebours du mouvement de diminution globale, voit son nombre de demandeurs d’asile augmenter constitue un signal préoccupant. Cela devrait inciter les gouvernements français à faire ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent, et ce que font un certain nombre de nos voisins : assumer une politique de moindre attractivité pour les demandeurs d’asile.
Cela passe notamment par une révision des modalités matérielles d’accueil des demandeurs d’asile et par une limitation des possibilités de regroupement familial pour les personnes qui obtiennent l’asile. Aujourd’hui, en France, le nombre de bénéficiaires du droit d’asile – sans parler des demandeurs – est proche de 700.000 personnes. Cela représente l’équivalent de la population de la troisième ville du pays, entre Marseille et Lyon. Une telle situation a évidemment des implications de toutes sortes. La France étant, au départ, plus généreuse que ses voisins sur certaines modalités d’accueil, elle devient mécaniquement de plus en plus attractive à mesure que ses voisins durcissent leurs politiques.
Concernant la route des Balkans occidentaux, il y a une forte corrélation avec les relations entretenues avec la Turquie. Il n’y a pas eu de tensions spécifiques avec la Turquie l’an dernier. Ce pays jouait un rôle de garde-frontière sur cette voie. Il existe donc une dimension géopolitique derrière la réalité des chiffres et de la diminution de l’immigration irrégulière.
Nicolas Pouvreau-Monti
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Il faut mettre en place le mouvement inverse : celui des retours au pays… Définitifs.