« En France , tout commence et tout finit par des chansons » (N°11 Hommes)

Pour prendre à rebrousse-poil (elles ne s’épilent pas) les (amatrices) d’hommes « déconstruits », d’abord une chanson à texte ! « J’ai un faible pour les forts », écrite par Paul Bastia et Pauline Carton, est sortie en 1972 dans un style volontairement rétro. La diction de la comédienne (de 88 ans !) est si rapide qu’il est important de résumer son message :

« Les p’tits chétifs Qu’on prend par les tifs N’ont jamais tâté De mes voluptés ! Tout mon corps Mes trésors N’ont été qu’à des hommes forts ! J’ai un faible pour les forts »

 

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La fascination pour le voyou dominateur peut aller très loin, dit-on. Mistinguett interprète « Mon homme« en 1920, dans la revue« Paris qui jazz» au Casino de Paris. La complainte signée par Albert Willemetz et Jacques Charles sur une musique de Maurice Yvain, prête à certaines femmes un attachement charnel inconditionnel à ceux qui les frappent ( voir chez Molière « et s’il me plaît à moi d’être battue ? »). Ce fut l’un des plus grands succès du temps.  Traduit en anglais, « My man » devint un standard du jazz américain. Ella Fitzerald ou Billie Holiday, par la magie de leur voix, dans une langue qui n’est pas la nôtre, font oublier aux amateurs de blues  la brutalité des bleus infligés aux amoureuses sous emprise. Qui oserait chanter aujourd’hui l’original en français ?

 

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En 1970, les hommes doux et minces aux cheveux longs avaient leur chance, mais il leur fallait tout de même être forts, au moins moralement, pour s’imposer. Or Michel Polnareff l’était. Alors qu’il atteignait une renommée mondiale, il avait été agressé lors de concerts en France et régulièrement traité de « pédé ». Après avoir « montré son cul sur les avenues » avec des affiches qui firent un beau scandale, il concocta une réplique moqueuse avec le parolier Pierre Delanoë, ce fut « Je suis un homme ».

 

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Joliment taillée sur mesure, en 1988, pour une blonde à la voix rauque, la chanson « Mon mec à moi » va à Patricia Kaas comme un gant… de cuir noir. Didier Barbelivien (paroles) François Bernheim (musique) sont à la manœuvre dans une de leurs plus belles réussites, qui fera de la Française, dans un style sensuel, pop-jazz-rock-cabaret, une des plus écoutées dans le monde, surtout en Russie.

 

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La chanson « Je suis un homme » composée et interprétée par Zazie figure sur son album Totem, sorti en février 2007. On a pu y voir une charge contre la virilité, alors dans l’air du temps mais, en réalité, le texte joue de l’ambigüité du mot homme en français. Bien qu’elle accuse l’homme d’être « le roi des cons », la critique vise plus généralement l’homo sapiens et n’exclut donc pas les femmes. Il s’agit d’une interrogation, à la fois drolatique et anxieuse, sur la condition humaine tout entière.

https://youtu.be/oSIoP7h4B_M

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Diane Tell a tout juste 19 ans lorsqu’elle écrit « Si j’étais un homme » pour représenter le Canada à un festival de chansons francophones en Belgique, en 1980. Elle fut éliminée. Le succès venu, les « féministes » ne manquèrent pas de la critiquer. Les cruches ! Elle donne pourtant le mode d’emploi aux hommes pour qu’ils les rendent heureuses, sans être soumises pour autant.

 

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Voici, pour finir, une petite annonce de 1955, intitulée sans détour « Je cherche un homme », on espère qu’elle a eu une réponse depuis ! Ce fut une belle époque pour le style jazzy en français, élégamment décontracté. La chanson, bien française, fut créée par une Américaine, la talentueuse Eartha Kitt. Les paroles sont signées Yves Bruyère, tandis que la musique est de Michel Emer et Georges Pazman. Allez, on vous la fait : un micro, un musicien ami qui improvise au clavier, une seule prise, pas d’autotune, pas de studio et Hop !

Night-club années 50

 

 

 

 

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11 Commentaires

  1. Bonjour et merci Agathe! Pour égayer un peu la rentrée, be manquez pas d’ecouter la chanson de Fréhel que j’ai mis en lien : »tel qu’il est, il me plaît » oú elle nous donne une description peu reluisante de « son homme » je vous promets quelques minutes de fou rire. Bonne journée et bonne fin de semaine à tous!
    https://youtu.be/pqeTZOLDfBQ?feature=shared

    • Merci! Chanson aimee de ma mère et de sa copine de lycee… et merci pour Les Misérables de 34 aussi, avec Charles Dullin en Thénardier, hein ?

      • Oui, oui agathe, avec charles Dullin et la très grande Marguerite Moreno fantastique dans le rôle de sa femme. C’est ma version préférée elle était ressortie il y a quelques temps en dvd et bu ray dans la collection Pathé restauration avec une image à couper le souffle. Bonne journée.

  2. La Pauline, fallait pas qu’elle soit trop difficile, vu son physique. Bon, pour résumer, chacun voit midi à sa porte. Je préfère les femmes minces, jolies de préférence, et pas assommantes comme Tondelière ou Rousseau.

    • Pauline Carton était talentueuse, pleine d’humour, cultivée. J’ai lu ses mémoires, qui témoignent de son esprit curieux de tout et de sa capacité d’autodérision. Elle explique que dans les tournées théâtrales de l’époque, la jolie jeune première devait passer du temps à se préparer, à repasser ses tenues de scène, tandis qu’elle-même, à qui on réservait les emplois de bonniche, ou de copine moche faire-valoir, disposait de toute sa journée pour visiter les villes que la troupe traversait.

      • Vous avez raison Agathe, Pauline carton était une très grande actrice et pleine d’hmour! Celui qui a vu de très grands films qu »elle a interprétée comme les Miserable en trois partie en 1934 avec Harry Baur Gribouille ou encore Louise , une opérette de G.Charpentier filmée ou l’on peut voir en même temps le grand chanteur lyrique de l’époque, adulé à l’opera comme par un public amateur de bonnes chansons: Georges Thill. ceux qui l’on vue disais-je connaissent sa valeur!

        • À noter que Patricia Kaas, Didier Barbelivien et François Bernheim remettront le couvert avec « Les hommes qui passent » en 1990.

      • La beauté étant éphémère, seule la culture reste une valeur sûre. Ma grand-mère Fernande disait que la laideur a toujours sa revanche, l’âge où le temps qui passe. Seules les moches s’en sortent disait-elle car elles n’ont pas à perdre leur beauté, elles sont habituées.

        • Bonjour cher Ami Argo , ta grand mère était d’une grande sagesse! C’est un peu ce que je pense aussi.

        • IL n’y a qu’à comparer la longévité de la carrière de Pauline à celle de la plupart des jolies jeunes premières des années 30