Irlande : c’est une révolte ou une révolution ?

« Irish lives matter ! »

La police irlandaise face aux manifestants et aux camions bloquant les rues du centre de Dublin 

Tracteurs et manifestants à Dublin, avec le monument dédié aux victimes de la Grande Famine en arrière-plan.

Petit complément à l’article de Durandurand du 10 avril/

Depuis le 7 avril, l’Irlande est secouée par un mouvement de protestation d’une ampleur inhabituelle. Des agriculteurs, des routiers, des entrepreneurs agricoles et des transporteurs bloquent les routes, les dépôts de carburant et même la seule raffinerie du pays (Whitegate, qui fournit environ 40 % du pétrole national). À Dublin, des convois de tracteurs et de poids lourds ont paralysé le centre-ville, notamment l’emblématique O’Connell Street, pendant plusieurs jours. Des opérations escargot  ont aussi ralenti la circulation sur les autoroutes.

Les causes : une hausse brutale liée à la géopolitique
Le déclencheur est clair : la flambée des prix du carburant provoquée par la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le diesel est passé d’environ 1,70 € à plus de 2,17 € le litre en quelques semaines. Pour les agriculteurs et les transporteurs, qui consomment énormément de « green diesel »  (diesel agricole), cette hausse est insoutenable. Ils dénoncent aussi les taxes carbone et estiment que le gouvernement n’a pas fait assez avec le paquet d’aides de 250 millions d’euros annoncé précédemment.

Je ne peux pas me permettre de bouger ! 

 

Les manifestants, souvent organisés de manière spontanée via les réseaux sociaux (sans les grands syndicats agricoles ou routiers officiels), réclament principalement :
– le plafonnement des prix du carburant.
La suspension ou la réduction des taxes carbone.
-Des aides directes plus importantes pour éviter la faillite de nombreuses exploitations et entreprises de transport.

Certains parlent déjà d’impact sur la production alimentaire : Pas de fermes, pas de nourriture  !

Quid de l’’ampleur de la paralysie ?

Au pic du mouvement (jours 4 à 6), plus de 100 à 500 stations-service étaient à sec dans plusieurs régions, notamment à l’ouest du pays, situation aggravée par la ruée des automobilistes. Les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées, avec des craintes pour les services d’urgence et les livraisons. Le gouvernement a qualifié certaines actions d’illégales  et de prise du pays en otage. La police est intervenue, parfois avec l’armée, pour dégager la raffinerie de Whitegate et certaines rues de Dublin. Des arrestations ont eu lieu, et des gaz poivrés ont été utilisés.

Ce n’est pas (encore ? ) une révolution au sens historique (pas de renversement du pouvoir, pas de violence généralisée), mais une révolte sectorielle très visible et disruptive, qui a touché le quotidien des Irlandais.

 Réactions du gouvernement
Le gouvernement irlandais (coalition centriste) a engagé des discussions avec des représentants des agriculteurs et routiers. Un nouveau « paquet de soutien carburant » est en cours de finalisation, avec des aides ciblées pour les secteurs les plus touchés (agriculture, transport, pêche).

Le cabinet s’est réuni en urgence. Des mesures temporaires (réductions de taxes, subventions directes) sont attendues pour calmer la grogne. Cependant, le Premier ministre et les ministres refusent pour l’instant un plafonnement pur et simple des prix, craignant des conséquences budgétaires et économiques plus larges.

 Révolte sans lendemain ou révolution possible ?
Pour l’instant, cela ressemble davantage à une révolte sectorielle forte mais probablement temporaire. Les blocages ont été en partie levés à Dublin et dans d’autres points critiques grâce à l’intervention policière, et les négociations avancent. Les organisateurs (comme John Dallon ou James Geoghegan) ont indiqué qu’ils pourraient maintenir la pression une ou deux semaines si rien de concret n’est obtenu, mais le mouvement reste fragmenté et non centralisé.

Cependant, il révèle un malaise plus profond : dépendance énergétique de l’Irlande, coût de la vie élevé, tensions entre politique climatique (taxe carbone) et réalités rurales, et frustration face à une classe politique perçue comme déconnectée. Certains commentateurs parlent d’un profond malaise dans le pays, et des voix sur les réseaux ou dans des vidéos YouTube  y voient les prémices d’une colère plus large, comparable à d’autres mouvements européens de gilets jaunes  ou de contestations agricoles.

Pour l’heure, apparemment, les Irlandais ne sont pas partis pour faire une révolution  qui renverserait le système. L’Irlande reste un pays stable, avec une économie dynamique (notamment grâce aux multinationales). Mais si les prix du carburant restent élevés et que les aides sont jugées insuffisantes, ce mouvement pourrait inspirer d’autres secteurs ou resurgir à l’automne, avec les hausses possibles ou plutôt probables du coût de la vie.

 

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