Hypertension : ce que trop de médecins ne vous disent pas ; seconde partie

Première partie ici 

 

Evolution surprenante des recommandations concernant les valeurs saines de pression artérielle

L’hypertension artérielle est devenue une préoccupation majeure voire une mode en médecine dans les années 1960-1970, contrairement à la médecine traditionnelle chinoise. Les médecins ont abandonné la définition classique de la pression artérielle systolique normale de 100 + l’âge et l’ont remplacée par des seuils plus bas, en particulier sous l’impulsion commerciale de diurétiques actifs introduits dans les années 1950-1960.

Vu que des médecins pas assez bien formés et ayant une expérience clinique insuffisante se caractérisent par un biais cognitif, ils font preuve de biais de confirmation et de surconfiance dans leurs connaissances médicales et pharmacologiques mais aussi d’ancrage et de clôture prématurée : tel médecin reste focalisé sur sa première impression (ancrage) et ne cherche pas d’autres causes ou d’autres alternatives dès que sa première explication lui a semblé tant soit peu plausible. Cette façon de penser s’est ancrée en médecine occidentale, et malgré les observations et les preuves qui s’y opposaient, les seuils de pression artérielle n’ont cessé d’être abaissés afin que des médecins, adeptes de la Via positiva, prescrivent à de plus en plus de patients des antihypertenseurs, cela à vie.

N’oubliez pas qu’une baisse excessive de la pression artérielle entraîne une diminution du flux sanguin vers certaines parties du corps, en particulier certains de nos organes qui ne peuvent pas fonctionner sans un apport sanguin riche en oxygène suffisant. Un traitement médicamenteux qui abaisse tellement votre pression artérielle qu’il vous fait perdre conscience et tomber, est-ce un choix thérapeutique logique?

Cette marche inexorable vers la généralisation de prescriptions d’antihypertenseurs et d’autres médicamentss’explique par une combinaison des facteurs suivants :

  • Des financements sont mis à disposition pour ces domaines, par exemple, de la part des fabricants de médicaments.
  • Cela illustre la Loi de l’instrument ou Marteau de Maslow » popularisée par Abraham Maslow en 1966, selon lequel quand on a un marteau tous les problèmes ressemblent à des clous. Ainsi le corps médical a une volonté de trouver davantage de justifications à lutilisation de ses outils.

Les recommandations en matière de pression artérielle ont évolué au fil des ans. Les  avant dernières recommandations de 2017 obligent à traiter toute pression artérielle systolique  supérieure à 130 mm de Hg et toute pression diastolique supérieure à 80 mm de Hg, ce qui fait que la moitié de la population adulte est considérée comme souffrant d’hypertension artérielle.

Le Professeur allemand de psychologie du Max-Planck-Institut Gerd Gigerenzer a rappelé une règle heuristique toute simple que les médecins eux-mêmes appliquent régulièrement  lorsqu’ils consultent un confrère mais pas assez les patients: ne demandez jamais au médecin ce que vous devez faire; demandez-lui, ce quil ferait (Via positiva) ou ce quil ne ferait pas  (Via negativa) lui, sil était à votre place. La différence de réponse risque bien de vous étonner. Si vous me le demandez je vous répondrai que ma pression artérielle systolique  varie beaucoup: parfois au repos que 110 systolique ou moins mais sans signes cliniques en particulier des étourdissements, parfois même entre 180 et 200 mg de Hg, par exemple lors d’exercices physiques faisant transpirer, valeurs de pression qui sont courantes même chez les octogénaires ayant dépassé l’âge de l’espérance de vie de leur pays! Ma pression diastolique habituellement respecte les normes 2017 de 80 mm de Hg. J’estime que 80 mg de valsartan quotidien (antagonistes de l’angiotensine II,abrégé ARA II, soit un seul hypertenseur, introduit en Suisse par Novartis au milieu des années 1990, donc bien connu) est suffisant. J’évite les facteurs de risques, je bois du jus de grenade, je fais ma gym quotidienne et nage une demi-heure chaque jour parce que je suis convaincu que l’activité physique est le meilleur moyen de lutter contre l’inflammaging qui caractérise le vieillissement.

Les effets des médicaments antihypertenseurs

Les médicaments antihypertenseurs agissent en combinant plusieurs mécanismes:

  • En relâchant les parois artérielles les antagonistes du calcium réduisent la contractilité cardiaque, diminuant ainsi la pression artérielle, le travail du cœur et les besoins en oxygène
  • En réduisant le volume total du sang en circulation, les diurétiques agissent en augmentant l’élimination de l’eau et du sodium par les urines, réduisant ainsi le volume sanguin et la pression artérielle.
  • En affaiblissant les contractions du cœur (bêtabloquants).
  • Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) bloquent la formation d’angiotensine II, une substance qui rétrécit les vaisseaux sanguins, entraînant ainsi une dilatation artérielle et une baisse de la tension. Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA II ou sartans) eux bloquent directement l’action de l’angiotensine II sur les récepteurs vasculaires.

Dans de nombreux cas, le mécanisme d’action réel d’un médicament diffère considérablement de celui qui est supposé, ce pourquoi on observe chez les patients des degrés de bénéfice très variables lors de leur utilisation, même s’ils entraînent la même baisse de la pression artérielle. Cela tend à prouver que leurs bienfaits ne seraient pas dus à la baisse de la pression artérielle qu’ils provoquent, mais plutôt à la manière spécifique dont chacun d’entre eux agit sur l’organisme. À titre d’illustration:

  • Un article publié en 1997 dans le JAMA a passé en revue la littérature et a constaté des bénéfices significativement différents des médicaments antihypertenseurs selon le type utilisé.
  • Une revue de 1998 a révélé que les bénéfices cardiovasculaires connus des inhibiteurs de l’enzyme de conversion n’étaient pas observés avec les inhibiteurs calciques, bien que ces derniers aient un effet plus significatif sur la pression artérielle.
  • Une étude menée en 2000 auprès de 3`577 diabétiques a révélé qu’un inhibiteur de l’enzyme de conversion spécifique, bien qu’il ne réduisait que de manière minime la pression artérielle avait un effet considérable soit une réduction de 25 % sur le risque de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou de décès d’origine cardiovasculaire.
  • Une étude en double aveugle de 2007, a révélé que lorsque deux types différents de médicaments contre l’hypertension étaient utilisés, il n’y avait aucune différence dans leur effet sur la pression artérielle, mais que leur taux de prévention de l’insuffisance cardiaque variait de 18 % à 80 % selon le médicament, ce qui a conduit les chercheurs à conclure : « la réduction de la pression artérielle est un marqueur de substitution inadéquat pour évaluer les bénéfices pour la santé dans l’hypertension. »

Effets indésirables des médicaments contre l’hypertension

La prise en charge d’une pression artérielle trop élevée combine régulièrement plusieurs médicaments pour atteindre les niveaux cibles, tout en changeant de traitement lorsque des effets secondaires intolérables apparaissent. Cette approche est problématique, plus un patient prend de médicaments différents plus il risque de souffrir d’interactions médicamenteuses et chaque antidépresseur a des effets pharmacologiques et physiques nettement différents et devrait être choisi en fonction des besoins individuels du patient.

Les effets secondaires les plus courants sont dus à une mauvaise perfusion sanguine d’organes et de tissus.Les médicaments contre l’hypertension augmentent le risque d’évanouissement et provoquent fréquemment des vertiges et des chutes chez les patients âgés présentant des artères dures et calcifiées, qui ont justement besoin d’une pression artérielle plus élevée pour assurer leur perfusion cérébrale. Par exemple, une étude publiée en 2014dans le JAMA portant sur des adultes de plus de 70 ans souffrant d’hypertension a révélé qu’en trois ans, 9 % d’entre eux avaient subi des chutes graves et 16,9 % étaient décédés.

Comme médecin anesthésiste confronté à des patient prenant une collection de médicaments et ne pouvant pas les anesthésier sans recourir à plusieurs agents parmacologiques, j’aime cette importante étude israélienne qui a révélé que l’arrêt d’une prise moyenne de 2,8 médicaments par patient âgé réduisait leur taux de leur mortalité à un an de 45 % à 21 %. Je pense qu’une raison clé était la réduction des chutes, les antihypertenseurs étant l’un des médicaments dont l’arrêt a été le plus efficace dans cette étude.

La médecine d’urgence reconnaît qu’un traitement agressif de l’hypertension artérielle peut altérer le flux sanguin cérébral et déclencher des accidents vasculaires cérébraux ischémiques. En outre, les médicaments contre l’hypertension augmentent le risque de lésion rénale aiguë de 18 %, et chez les patients atteints d’une insuffisance rénale terminale, l’hypotension augmente la mortalité de 39 %.

Toute hypotension est particulièrement nocive pour les organes sensibles à une diminution du flux sanguin, en particulier le cerveau. Le cerveau reçoit 15 % à 20 % du débit cardiaque total chez un adulte au repos. Bien que représentant seulement 2 % du poids corporel, il consomme une part disproportionnée de sang (environ 750 ml/min) pour assurer un apport constant en oxygène. C’est pourquoi l’hypotension est fortement liée au déclin cognitif.

Sous-estimation des effets secondaires des antihypertenseurs

Les chiffres des effets secondaires sont préoccupants et sous-estimés, parce qu’une grande partie de ces données proviennent d’essais cliniques financés par l’industrie qui a de bonnes raisons commerciales pour chercher délibérément à minimiser ces effets secondaires. Les enquêtes honnêtes offrent une perspective plus fiable, à l’exemple de cette enquête suédoise de 1995, qui a révélé qu’environ 1 patient, sur 5 qui prenaient des antihypertenseurs, souffrait deffets secondaires.

De même, une étude portant sur 370’000 patients âgés de moins de 65 ans a révélé que 23,5 % dentre eux avaient arrêté de prendre leurs médicaments dans les 270 jours suivant le début du traitement, tandis que 40,2 % de ceux qui avaient poursuivi leur traitement omettaient souvent de prendre leurs médicaments. Cet article reconnaissait que les effets secondaires étaient une raison d’abandon, mais insistait sur le fait que cela était dû à l’ignorance des patients quant à l’importance de ces médicaments! Cette autre étude de 1982, (étude qui ne serait pas renouvelée dans le climat politique actuel post-covid-19), a comparé le sentiment des patients, de leurs familles et de leurs médecins quant aux effets bénéfiques et aux effets secondaires des antihypertenseurs: les patients et leurs proches avaient des conclusions bien différentes, plus objectives  et plus pessimistes que leurs médecins!

Conclusion

De nombreux problèmes en santé découlent de croyances illogiques qui se transforment en dogmes « religieux ». Le Dr Malcolm Kendrick, a résumé ainsi le cœur du problème: à tort la médecine part du principe que la baisse de la pression artérielle s’accompagne toujours d’un bénéfice linéaire, bien qu’il soit largement reconnu qu’une pression artérielle inférieure à 90 systolique est un risque pour un patient hypertendu. Le monde médical continue de s’en tenir à cette croyance, bien que cette étude portant sur 415’980 patients, obtenus à partir de leurs dossiers médicaux, montrent une fois de plus qu’il n’y a pas de relation linéaire, mais qu’il existe un seuil dépendant de l’âge qui n’est absolument pas pris en compte par les recommandations.

Lorsque Midwestern Doctor a publié cet article pour la première fois en juillet 2024, il se demandait sincèrement si ses confrères experts allaient encore abaisser les seuils de pression artérielle, alors que les seuils en vigueur de 2017 provoquaient des complications chez beaucoup de patients. En 2025, c’est ce qu’ils ont pourtant fait. Désormais, toute pression artérielle systolique supérieure à 120 est considérée comme trop élevée et pathologique. Ce seuil universel de 120/80 pour commencer un traitement avec des antihypertenseurs est bien différent du seuil classique de 100 + âge et, selon ces dernières normes, certains patients considérés à haut risque sont encouragés à se traiter avant même d’atteindre 120/80. Heureusement qu’il y a aujourd’hui quelques médecins  qui prennent leur distance de ces recommandations, s’éloignent de la prescription systématique d’antihypertenseurs pour tous les patients âgés et qui soulignent l’importance de soins personnalisés qui tiennent compte des divers facteurs de risque  de ces patients.

Cette politique aberrante met en lumière une vérité profonde et oubliée: la complexité de tous les êtres vivants. Chaque être humain est très différent et très compliqué, la physiologie, la biologie et la biochimie de l’être humain sont beaucoup plus compliquées, chaque pathologie a de multiples causes et est caractérisée par de multiples effets physiopathologiques. Tant que la médecine les simplifie et les réduit à quelques variables fixes au sein dun algorithme rigide, elle infligera inévitablement des soins inappropriés qui nuiront à beaucoup de patients.

Grâce au mouvement MAHA  lancé par le Secrétaire à la Santé Robert Kennedy Jr., les Etats-Unis sont enfin parvenus  à un stade où non seulement la corruption qui est à lorigine de  politiques désastreuses fait lobjet dune attention généralisée, mais où la véritable solution, qui consiste à donner à chacun les moyens de prendre en main sa santé et dadopter une approche qui répond à ses besoins spécifiques, est désormais encouragée.

PS: Il s’agit d’un résumé. Si vous désirez ma version française complète avec les images, le tableau historique des normes.., je vous l’enverrai en PDF: dominiqueschwander@icloud.com

 

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