
« Le Journal d’un curé de campagne » (1951)

Un très grand film de Robert Besson, fidèle au roman de Georges Bernanos. Claude Laydu et Nicole Ladmiral sont excellents.

Le livre numérique intégral ici
Le film en visionnage en ligne ici
S’attaquer à l’œuvre de Bernanos était un pari risqué. Comment filmer l’invisible ? Comment rendre compte des tourments d’une âme et de la présence de la grâce ?
Robert Bresson l’a fait, non pas en surchargeant son film d’effets, mais en inventant un langage cinématographique d’une pureté presque ascétique.
Le film suit l’arrivée d’un jeune prêtre (Claude Laydu) dans sa première paroisse à Ambricourt. Faible, souffrant de l’estomac, il se heurte à l’indifférence, voire à l’hostilité d’une paysannerie âpre et d’une noblesse locale en décomposition.
Pourtant, ce n’est pas un film social. C’est un drame intérieur. Bresson utilise le journal intime du curé pour créer une proximité troublante avec le spectateur. Nous n’observons pas le prêtre ; nous habitons ses doutes.

Dans la narration, Bresson a choisi de suivre l’écriture du journal sur un cahier d’écolier
Le génie de ce film réside dans son refus du spectaculaire.

Claude Laydu offre ici une performance habitée, faite de retenue et de regards fixes, capturant une intensité spirituelle rare.

Le bruit d’une charrette, le crissement d’une plume sur le papier ou le silence d’une église deviennent plus éloquents que de grands discours.
La voix off double souvent l’image, créant une résonance poétique qui force le spectateur à la méditation.
« Tout est grâce. » — Ces derniers mots du film résument l’ascension tragique et lumineuse de ce « petit curé » qui, dans sa déchéance physique, trouve la paix absolue.

A propos du » Journal … » ; Bresson dit : « Les larmes du saint curé d’Ambricourt sont dues autant à un excès de pitié envers l’espèce humaine qu’à la nostalgie d’un monde révélé qui, continuellement, lui échappe. ». A propos du cinéma : « l’action dans un film doit être et sera de plus en plus intérieure. ». Il regrette que la plus souvent le mouvement au cinéma, ne soit que de l’agitation… Il dit aussi : « Le silence est la grande découverte du cinéma sonore.»
Au-delà de sa dimension religieuse, le film est une méditation universelle sur la solitude, la persévérance et la beauté de la fragilité. Le dénouement est tragique et sublime.
C’est une œuvre qui demande du temps, du silence, et qui récompense le spectateur par une émotion d’une profondeur inégalée. C’est, selon de nombreux critiques (dont Jean-Luc Godard), l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma français.
Le prêtre face à la comtesse
Dans le château froid et austère, la Comtesse vit emmurée dans une dévotion de façade, mais son cœur est en réalité dévasté par une haine sourde envers Dieu. Elle ne pardonne pas la mort de son jeune fils, survenue des années plus tôt.
Extrait :
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Le prêtre, malgré sa timidité maladive et sa santé déclinante, fait preuve d’une autorité surnaturelle. Il ne vient pas pour consoler, mais pour provoquer la vérité.
Il perçoit que l’attachement idolâtre de la comtesse à la mémoire de son fils est une forme de révolte contre l’ordre divin.
Bresson filme cet échange comme un duel de regards. Le prêtre semble presque absorber la souffrance et le péché de la comtesse. Il n’est plus un homme de 24 ans, mais un instrument de la Grâce.
La comtesse finit par jeter au feu le médaillon contenant la photo de son fils, geste symbolique d’un abandon total. Elle ne renonce pas à son amour pour son enfant, mais elle renonce à sa guerre contre Dieu.
La phrase choc : « L’enfer, c’est de ne plus aimer. » En lui jetant cette vérité au visage, il brise l’armure de cette femme qui s’était réfugiée dans l’amertume.
L’acte d’aimer est le plus puissant qui soit. Réécoutons une merveilleuse chanson :
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J’ai lu le roman, mais attention il ne faut pas l’acheter, car le petit-fils de l’auteur est un antifa parmi les pires. Il faut éviter d’enrichir cette famille.
Lisez plutôt Huysmans !
https://www.lefigaro.fr/flash-actu/antonin-bernanos-figure-de-la-mouvance-antifasciste-condamne-pour-violences-lors-d-une-manifestation-20220421