Tempête sous un crâne...
Bruno Retailleau, qu’on a pu applaudir ici ou là, est d’un formalisme inquiétant. Inquiétant et nuisible à la France.
Le même formalisme qui ligote nombre de LR, élus et électeurs, et permet à la Macronie triomphante de continuer, depuis 10 ans, de nous pourrir l’existence, assurée grâce aux LR de rester en place en évitant la vague bleu roi, assimilée à une vague brune grâce aux bons soins de la gauche que relaient trop de prétendus patriotes de centre droit. Seuls Ciotti et ses adhérents est parvenu à franchir la ligne rouge, mais ils ne sont pas nombreux…
Retailleau continue donc de maintenir une ligne très ferme contre le RN qu’il qualifie régulièrement de menace pour les valeurs républicaines et de parti extrême. Cette posture n’est pas nouvelle : depuis des années, il refuse toute forme de rapprochement ou d’alliance, y compris avec Ciotti qui dirige désormais l’Union des Droites pour la République – UDR – en alliance explicite avec le RN.
Pourtant, dans le contexte précis de Nice, Retailleau a pris une décision qui surprend et divise : il a refusé d’apporter un soutien clair à Christian Estrosi, maire sortant Horizons, pourtant théoriquement couvert par l’accord national LR-Horizons.
Coup de tonnerre ! Le 18 mars dernier il a expliqué ce choix par le caractère « délétère » de la campagne locale, pointant notamment les appels d’Estrosi à la gauche et des accusations de « communautarisme » . Il a laissé les électeurs niçois « trancher en leur âme et conscience », sans consigne de vote ni pour Estrosi ni (évidemment) pour Ciotti, dont il a réitéré la condamnation de la stratégie d’alliance avec le RN.
Ce refus a provoqué une vraie crise :
– Gabriel Attal, au nom de Horizons, du Modem etc. a accusé Retailleau de servir de marchepied à l’extrême droite, parlant de choix inacceptable qui mettrait un coup de canif dans les accords nationaux.
– Xavier Bertrand remonté comme une pendule a parlé d’indignité, estimant que ce non-soutien profitait de facto à Ciotti.
– Et Ciotti de se réjouir publiquement, remerciant Retailleau d’avoir retiré son soutien au candidat macroniste .
Est-ce que cela profite vraiment à Ciotti (et donc indirectement au RN) ?
Oui, dans les faits, très probablement. Selon les sondages, Estrosi est largement distancé au premier tour (environ 31 % contre 43 % pour Ciotti) et a (aurait) besoin de tous les reports de voix LR pour espérer renverser la tendance. En ne mobilisant pas explicitement l’électorat LR derrière lui, Retailleau affaiblit objectivement Estrosi, donc renforce les chances de Ciotti. Certains y voient un calcul politicien : Retailleau ne veut pas apparaître comme le fossoyeur d’un sortant de droite/centre, mais il sait aussi que soutenir un Estrosi qui lance des appels aux musulmans (qui le jettent) et à gauche (bien qu’il ait plusieurs LR sur sa liste, ce qui crée une incohérence) serait très mal perçu par la base LR, de plus en plus tentée par les idées de Ciotti ou du RN.
Mais pourquoi continuer à diaboliser le RN dans ce contexte ?
C’est là une sacrée contradiction ! Retailleau maintient une rhétorique anti-RN très dure (qu’il applique aussi à Ciotti), tout en prenant une décision qui, localement, handicape le barrage face à l’alliance RN-UDR.
Va comprendre, Charles… Plusieurs pistes…
– Cohérence idéologique : il refuse de cautionner une alliance avec le RN, même indirectement, et en même temps il ne veut pas blanchir Ciotti en l’aidant à gagner sans ambiguïté.
– Stratégie pour 2027 : LR est en perte de vitesse. En ne s’alignant pas systématiquement sur le camp macroniste/centre (ici Estrosi), Retailleau essaie de préserver une identité « droite décomplexée mais républicaine » , évitant d’être perçu comme un appendice d’Horizons. Mais cela risque de brouiller son message national.
– Conséquence involontaire : objectivement, ce refus profite à la gauche au sens large, car une victoire de Ciotti à Nice serait un symbole fort pour la droite et notamment le RN encore baptisé extrême-droite avant la présidentielle. Inversement, si Estrosi l’emportait de justesse, cela renforcerait le discours du « front républicain » que Retailleau critique souvent quand il s’agit d’accords gauche-LFI.
En résumé, Retailleau semble coincé entre :
– Son refus viscéral de toute compromission avec le RN (y compris via Ciotti),
– La réalité électorale : ne pas soutenir Estrosi affaiblit le camp anti-RN local,
– La nécessité de ne pas aliéner davantage l’électorat LR qui, dans les sondages et les urnes, glisse souvent vers le RN quand la droite molle est perçue comme trop centriste.
Ce positionnement ni-ni est risqué : il préserve une certaine pureté idéologique, certes, mais il sème la zizanie dans son camp et dans les alliances passées, tout en offrant un boulevard indirect à Ciotti. Pour une fois, il ne vole pas au secours d’un collabo macron-compatible comme Estrosi, mais cette fermeté anti-RN pourrait aboutir à un possible cadeau électoral au RN niçois.
Demain soir la réponse…
Christine Tasin
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