L’anguille en voie de disparition, ce symbole discret de notre patrimoine gastronomique et idiomatique…

Il y a anguille sous roche ; filer comme une anguille

Ces expressions vont-elles devenir inusitées, alors que l’anguille est sur le point de disparaître ?

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de manipuler une anguille.

Cela m’a arrivé souvent, dans les années 1990, quand nous allions à la pêche en eau douce à l’île d’Elle, en Vendée, dans le Marais poitevin, avec mon père et que j’étais un petit garçon.

Mon père avait lui-même appris avec son père qui avait appris avec son père…

Nous revenions chargés d’anguilles et c’était un véritable festin que de les savourer après les avoir fait cuire dans une poêle avec du beurre, de l’ail et des herbes.

L’anguille disparaît de nos assiettes. Je n’ai pas trouvé de restaurant qui propose d’en consommer, comme cela se faisait couramment autrefois.

L’anguille se meurt, elle disparaît de nos cours d’eau, de nos assiettes, de notre vocabulaire. Avec l’intelligence artificielle et la saisie informatique assistée, le vocabulaire s’est appauvri, les expressions se perdent car le correcteur d’orthographe va prendre la main et vous empêcher d’utiliser des mots complexes qu’il ne connaît pas dans son répertoire d’expressions standard. Et quand on ne voit plus d’anguilles, qu’on n’en mange plus, on n’en parle plus. Dans 2 siècles, on ne saura plus ce que c’est. Remarquez, on ne parlera plus français non plus. On traduira الجريث

On nous dit que le réchauffement climatique n’y est pas pour rien. Je n’ai pas d’avis sur le sujet, si ce n’est que ce réchauffement ne me paraît pas vraiment perceptible dans des contrées au climat tempéré comme la Vendée.

Apparemment c’est surtout la pollution qui aurait cette conséquence d’avoir décimé ce poisson qui fait penser à un serpent. La population est de moins en moins respectueuse des cours d’eau. De nombreux déchets plastiques et autres saloperies déversées dans nos rivières peuvent largement expliquer cette disparition. Quand on considère la France comme un hôtel ou une aire d’autoroute sur un grand chemin migratoire, quel respect peut-on avoir pour ce territoire ?

Nos ancêtres qui pêchaient occasionnellement savaient que le poisson contribuait à les mieux nourrir, à une époque où il n’y avait pas d’aides sociales pour remplir son garde-manger. Ils savaient les cuisiner et avaient conscience de la valeur de la gastronomie nationale ; ils prenaient soin de leurs cours d’eau car c’était ce qui leur remplissait l’estomac !

Quand on lit la presse locale, on est écoeuré de voir les dégradations énormes subies par nos cours d’eau, par exemple lorsqu’y sont déversés volontairement des centaines de litres de carburant !

https://www.francebleu.fr/infos/environnement/800-litres-de-carburant-volontairement-liberes-dans-un-ruisseau-a-maspie-lalonquere-juillacq-1484980

Il y a eu des pétitions contre des gens du voyage accusés de polluer l’eau où ils déverseraient leurs lessives et excréments.

https://www.charentelibre.fr/charente/ruelle-un-collectif-lance-une-petition-aux-seguins-contre-des-gens-du-voyage-accuses-d-avoir-pollue-la-touvre-22575730.php

Alors le réchauffement climatique a bon dos, à mon avis, pour expliquer la mort des poissons de nos rivières quand on voit toute la maltraitance subie par une Nature que nos ancêtres, sans être obsédés d’écologie à la caricature comme certains le sont actuellement, respectaient spontanément par tradition.

https://www.observatoire-poissons-migrateurs-bretagne.fr/biologie-et-ecologie-de-l-anguille-europeenne/etat-de-la-population-d-anguille

« Hier » considérée en France comme nuisible, l’anguille européenne, jadis extrêmement abondante, a vu sa population décliner en seulement quelques décennies, au point d’être classée en 2008 en danger critique d’extinction par l’Union internationale de la conservation de la Nature (UICN)…

Seulement 40 ans pour mettre en péril cette espèce

La population d’anguille européenne est en chute libre depuis les 40 dernières années ! Les arrivées de civelles représentent aujourd’hui seulement 5% de leur niveau des décennies 1960-70. Ce déclin continu se répercutent sur le stock d’anguilles jaunes et argentées qui s’estime actuellement à moins de la moitié de ce qu’il était autrefois…

A la perte de ses habitats en eau douce, il faut ajouter que l’anguille doit subir les pollutions (polluants organiques, pesticides, médicaments, plastiques …) des cours d’eau responsables de bouleversements hormonaux compromettant la reproduction des anguilles. Des travaux récents ont d’ailleurs montré que la taille des anguilles européennes femelles a diminué d’environ 25% à cause de ces polluants en moins de 20 ans. Cela représente une perte de civelles de l’ordre de 400 tonnes par an.

(…) A ces dernières s’ajoutent de fortes concentrations de microplastiques, qui seraient confondues avec la neige marine dont les larves se nourrissent. Les conséquences sont sans appel : augmentation du temps de migration, alimentation insuffisante, contaminations…

Ce poisson souvent un peu méprisé, parce qu’il peut rappeler un serpent ou évoquer symboliquement la dissimulation, la fourberie, grâce à son talent de glisser partout où il passe, fait pourtant pleinement partie de l’identité nationale dont il intègre le vocabulaire et les traditions culinaires.

Adieu, amie Anguille, sacrifiée sur l’autel du mépris de la France naturelle et sauvage, de notre territoire et des traditions ancestrales !

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11 Commentaires

  1. Autre commentaire.Dans ma jeunesse j’ai entendu raconter une histoire survenue pendant la guerre.Un soldat allemand a parié qu il mangerait une anguille vivante.Il l’a avalée puis s’est tordu de douleurs horribles et il est mort.L’anguille l’a tué en essayant de s’échapper.Les deux sont morts.

  2. Je suis désolé de contredire l’auteur de l’article mais la disparition des anguilles est exclusivement due à la capture des civelles,alevins des anguilles.La capture se fait légalement et surtout aussi de façon clandestine de nuit.Pour moi il est anadmissible que cette pêche soit autorisée même en quantité limitée.Il est inadmissible que son commerce et sa consommation soient autorisées.Je le pense depuis plus de 40 ans et la disparition des anguilles me donne raison.Je n’ai jamais goûté de civelle et ne le ferai jamais.

  3. De plus le silure stocke des toxines comme les métaux lourds (mercure) ou le polychlorobiphényle dans ses tissus graisseux. Dans certaines zones polluées, comme le Rhône, sa consommation est déconseillée voire interdite, ce qui limite son intérêt culinaire malgré des tentatives de valorisation par des chefs. Encore une bonne idée des écolos dingos.

  4. Ma grand-mère disait qu’elle aimait l’anguille fumée. Vers 1970, j’ai vu un pêcheur ayant attrapé une anguille dans le Rhin; il l’a ouvert tandis que l’anguille vivait encore: du dégoût de ma part.

  5. Oui, il y a le silure qui est une catastrophe inouïe dans tous nos plans d’eau et nos rivières. Sa progression est affolante.
    J’ai une autre hypothèse venant de mes nombreuses observations sur des rivières que je connais depuis très longtemps. Ca va choquer : les stations d’épuration. Elles sont indispensables pour dépolluer nos rejets mais elles rejettent de l’eau « morte », pleine de bactéries et dépourvue d’oxygène.
    J’ai connu des rivières où abondaient perches, brochets, black bass, chevesne, tanches, goujons, perches soleil etc. … On les voyait dans l’eau, on avait des techniques de pêche à vue. C’est fini, ce sont des déserts. Même les bans de hotus ont disparu.

  6. Il nous reste une anguille, celle de l’Élysée, hélas non comestible car venimeuse. Anguille mariée à un silure qui dévore notre pognon.

  7. La pêche à la civelle au filet est aussi responsable de cette écatombe et l’introduction du silure en est une autre car lui il bouffe tous les poissons au point qu’il n’y a plus aucun autre poissons dans nos rivières. Encore une idée lumineuse de certains abrutis écolos avide de pêches sportives avec un très gros poisson qui peut atteindre les 2,50 m et les 100 kg et qui bouffe absolument tout même les pigeons qui viennent boire et les canards. Maintenant classé nuisible, mais trop tard.

    • Merci Christian pour ces informations que l’on ne trouve nulle part ; on comprend tout ! Comme pour le reste tout cela est voulu et organisé

    • Je ne sais si cela est organisé.
      Au moins, deux types de poissons dans cette famille.
      – Les poissons chats, j’en ai péchés tout petit. Originaires d’Amérique du nord.
      Ne sont pas les silures mais sont voraces de petits poissons.
      – Les silures effectivement peuvent être énormes. Désormais ne sont plus à remettre à l’eau après avoir été péchés, on est loin d’une lutte contre eux. Il bouffe effectivement les anguilles, mais aussi les saumons, les aloses (girondines) pas les mêmes proies que pour le poisson chat.

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