Le 4 mai 2021, Sylvie Brunner, âgée de 51 ans, est retrouvée morte au pied de son immeuble à Téhéran, après une chute du 17e étage. Premier secrétaire et numéro deux de l’ambassade de Suisse en Iran, elle occupait une position hautement stratégique : elle gérait les intérêts des États-Unis en Iran, la Suisse agissant comme puissance protectrice américaine à Téhéran depuis la rupture des relations diplomatiques en 1980. Ce rôle sensible place les diplomates suisses sous une surveillance accrue des autorités iraniennes.
Les autorités iraniennes ont rapidement conclu à un suicide, une thèse reprise initialement par Berne. La justice suisse a même classé l’affaire sans suite fin 2024, faute d’éléments suffisants pour une poursuite pénale.
Pourtant, l’affaire n’a jamais cessé d’alimenter les doutes et a refait surface avec force en 2025 grâce à des enquêtes journalistiques menées par la RTS (émission mise au point, diffusée fin juin 2025) et la SRF.
Les éléments qui contredisent la thèse du suicide
– Témoignages familiaux et sentiment de menace : Le frère de Sylvie Brunner, Vincent, a toujours affirmé croire à un meurtre. Selon ses déclarations à la SRF, sa sœur se sentait menacée et surveillée par les services iraniens. Elle avait signalé des intrusions répétées dans son appartement. Des empreintes de bottes suspectes y auraient été laissées intentionnellement comme un avertissement clair avant sa mort.
– Irrégularités médico-légales : Lors du rapatriement du corps en Suisse, plusieurs organes majeurs (cerveau, cœur, reins notamment) manquaient, rendant impossible une toxicologie complète. Un expert médico-légal mandaté par la Suisse a conclu que le suicide était plausible , mais il n’a pas pu exclure l’intervention d’une ou deux personnes qui auraient pu la pousser. depuis le balcon.
– Témoignage explosif d’un ex-membre des Gardiens de la Révolution : Dans l’enquête SRF/RTS de 2025, un ancien officier des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), aujourd’hui en exil, affirme que la chute de Sylvie Brunner résulte d’une opération de surveillance des Gardiens qui aurait mal tourné. Selon lui, elle aurait été poussée du balcon. Il lie cela à la suspicion iranienne que certains diplomates suisses collaboreraient avec la CIA, en raison du rôle de représentation des intérêts américains.
– Autres indices troublants : Dès 2021, des sources d’urgence iraniennes (secours) avaient contesté la thèse du suicide sur place, affirmant qu’aucun signe ne pointait vers cela initialement. Une note de suicide a été trouvée, mais elle était non signée.
Un contexte plus large d’incidents autour de l’ambassade suisse
La mort de Sylvie Brunner s’inscrit dans une série d’événements troublants touchant des Suisses en Iran ces dernières années : un attaché militaire grièvement blessé en 2023, d’autres décès inexpliqués (dont un touriste), et des attaques contre du personnel diplomatique. En juillet 2025, les services de renseignement suisses ont publiquement averti d’une menace croissante d’espionnage iranien visant les diplomates suisses, précisément en raison de leur rôle de relais avec Washington.
L’ambassade suisse à Téhéran a été partiellement évacuée suite à ces incidents cumulés.
Conclusion : suicide ou assassinat ?
Officiellement, il s’agit d’un suicide. Mais les enquêtes de 2025 de la RTS et SRF, appuyées par des témoignages directs et des expertises médico-légales partielles, ont ravivé les soupçons d’un assassinat ciblé, potentiellement lié aux Gardiens de la Révolution et à la paranoïa du régime vis-à-vis de la « section américaine » de l’ambassade. La famille Brunner envisage désormais une action civile, l’enquête pénale suisse étant close.
Cette affaire illustre les risques extrêmes encourus par les diplomates dans un pays comme l’Iran, où la neutralité suisse ne protège plus forcément quand elle sert d’interface avec les États-Unis.
Dominique Schwander
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